CHAPITRE IX — LES RETRAITES ET LE CAPITAL DES FRANÇAIS
Le socle du régime général français a été posé en 1945, pour un pays de plein emploi industriel où l’on vivait beaucoup moins longtemps après avoir cessé de travailler. Ce monde n’existe plus. Plutôt que de rafistoler tous les cinq ans un édifice fissuré — en dressant à chaque fois les Français les uns contre les autres —, ce chapitre propose autre chose : rendre aux Français la propriété d’une partie de leur avenir. Leur retraite cessera d’être seulement une promesse collective perpétuellement renégociée ; elle deviendra aussi un capital qui leur appartient.
L’Allemagne porte déjà progressivement son âge légal à 67 ans d’ici 2031. En juin 2026, sa commission des retraites a proposé d’aller plus loin après 2031, en liant désormais l’âge de départ à l’espérance de vie. La réalité démographique s’impose à tous les pays européens ; la France n’y échappera pas.
C’est ici que la doctrine de l’« État-prévoyance » de Claude Tendil et Augustin de Romanet, que nous avons faite nôtre, s’applique avec le plus de force. Son principe : cesser de tout traiter pareil. La vieillesse n’est pas un coup du sort qui frappe au hasard quelques-uns — c’est un âge de la vie que chacun, sauf accident, atteindra. Elle relève donc d’abord de droits constitués au fil de la carrière, complétés par la solidarité pour ceux que la vie aura empêchés de les constituer. Distinguer clairement les deux, c’est rendre à la retraite ce que quarante ans de rafistolage paramétrique lui avaient ôté : sa lisibilité.
Proposition 52 — Achever l’extinction des régimes spéciaux et fermer l’ancien système aux générations futures
Ce qui existe. Le régime général repose sur un édifice né en 1945, profondément transformé depuis, mais toujours fondé presque entièrement sur la répartition. Plusieurs régimes spéciaux ont déjà été fermés aux nouveaux entrants — SNCF auparavant, puis RATP, Banque de France, industries électriques et gazières, clercs de notaire et CESE après la réforme de 2023 — tandis que d’autres subsistent encore.
Ce que l’on constate. La démographie a inversé l’équation : moins d’actifs relativement aux retraités, des retraites versées plus longtemps, et des réformes paramétriques périodiques qui déplacent le problème sans changer l’architecture. La fermeture des régimes spéciaux a commencé ; nous voulons l’achever sans remettre en cause les pensions déjà liquidées.
Ce qui nous menace. Les générations 2030-2040 affronteront simultanément le vieillissement, la transformation du travail par l’IA et la robotique, l’investissement climatique et une dette déjà élevée. Elles ne peuvent dépendre uniquement d’un système dont chaque génération renégocie les paramètres avec la suivante.
Ce que nous ferons. L’ancien système sera fermé progressivement aux générations futures, avec des droits acquis intégralement protégés, et les régimes spéciaux encore ouverts seront éteints. La transition sera longue, assumée et conçue pour ne pas faire payer deux fois les mêmes générations.
Qui y perd, qui y gagne. Y perdent : les avantages particuliers qui subsisteront encore au moment de la réforme. Y gagnent : les jeunes actifs, qui voient enfin une architecture durable et lisible se substituer à la réforme permanente.
Pourquoi tout le monde y gagne. Fermer proprement un système ancien ne signifie pas renier la solidarité : cela signifie garantir les droits acquis tout en construisant une architecture capable de durer cinquante ans.
Les chiffres. Coût : transition longue et droits acquis préservés. Rapport : les économies de retraites proviendront principalement du recul de l’âge effectif, de la transition actuarielle et de l’extinction progressive des régimes particuliers — pas de la seule fermeture administrative des régimes spéciaux. Trajectoire : le chiffrage de −10 milliards à terme reste une hypothèse du moteur à décomposer. Concrètement : l’Allemagne atteint déjà progressivement 67 ans en 2031 et envisage d’aller plus loin ensuite ; nous changeons l’architecture plutôt que de déplacer périodiquement un âge couperet.
Proposition 53 — La fin de l’âge légal : la retraite au volontariat, par les droits
Ce qui existe. Un âge légal uniforme, déplacé de force à chaque réforme, qui traite identiquement le maçon entré en apprentissage à seize ans et le cadre entré dans la vie active à vingt-cinq.
Ce que l’on constate. La leçon de la fin 2019 n’a pas été apprise : un accord sur la réforme des retraites était à portée de main, et c’est l’âge pivot qui l’a tué. Les Français n’acceptent pas la contrainte uniforme ; ils acceptent l’équité. Toutes les enquêtes le redisent : ce n’est pas travailler qui révolte, c’est être traité en numéro.
Ce qui nous menace. Une nouvelle décennie de réformes paramétriques imposées, de blocages, de défiance… pendant que le déficit, lui, ne fait pas grève.
Ce que nous ferons. La logique sera inversée : non seulement la fin de l’âge pivot, mais la fin de l’âge légal de départ lui-même, s’il le faut ! Le volontariat comme principe. Plus de couperet uniforme : le départ s’ouvre dès que les droits sont constitués. Une carrière longue donnera une retraite pleine, quel que soit l’âge où elle s’achève ; une carrière courte débouchera sur une retraite partielle, strictement proportionnée (c’est cette proportionnalité, actuarielle et transparente, qui rend le système soutenable et décourage les départs prématurés). Chacun connaîtra ses droits, simplement, et choisira son moment : celui qui aime son métier continuera, celui qui s’est usé partira. Sans pour autant mentir, il n’est pas impossible que nous soyons sur une courbe identique à celle de l’Allemagne et que l’âge réel de départ en retraite se situe autour de 67 ans ! « Couvrez ce sein que je ne saurais voir ! »
Qui y perd, qui y gagne. Y perdent : ceux qui ont peu cotisé et comptaient sur un âge couperet pour obtenir une pension complète -leur pension sera proportionnée à leur carrière, et il faut l’assumer. Y gagnent : ceux qui ont commencé tôt, enfin reconnus ; ceux qui veulent travailler au-delà des bornes actuelles, enfin autorisés à le faire.
Pourquoi tout le monde y gagne. Le volontariat réconcilie ce que l’âge pivot opposait : la liberté individuelle et l’équilibre collectif. Quand chaque année travaillée crée un droit visible, travailler plus longtemps cesse d’être une punition — cela devient un choix qui rapporte, à soi et au pays.
Les chiffres. Coût : nul en propre — un mode de calcul des droits, compté avec la proposition 18. Rapport : l’équité (carrière longue, retraite pleine) lève le blocage qui a tué la réforme de 2019 ; le travail prolongé volontaire nourrit l’emploi des seniors et les cotisations. Inaction : une décennie de réformes paramétriques imposées et de défiance — pendant que le déficit, lui, ne fait pas grève. Trajectoire : portée par le levier « retraites » de la proposition 52, sans double compte. Concrètement : pas d’âge couperet, une proportionnalité actuarielle transparente ; l’âge réel de départ pourrait converger vers 67 ans comme en Allemagne — mais par choix, pas par contrainte.
Proposition 54 — Un fonds souverain pour les retraites des Français
Ce qui existe. Les Français épargnent énormément. Le PER a dépassé 150 milliards d’euros d’encours en 2026, l’assurance-vie pèse bien davantage encore, l’épargne salariale existe, et le Fonds de réserve pour les retraites constitue déjà une brique collective. Le problème français n’est donc pas l’absence d’épargne retraite : c’est l’absence d’un étage collectif obligatoire, massif, peu coûteux et orienté sur plusieurs décennies vers la croissance.
Ce que l’on constate. Deux expériences nous intéressent, pour deux raisons différentes. La Norvège pour la gouvernance : un mandat politique clair, une gestion professionnelle indépendante, une discipline qui interdit de transformer le fonds en caisse courante. Le Japon, non comme modèle d’allocation actuelle du GPIF, mais pour sa stratégie historique de projection du capital depuis les années 1980 : après l’appréciation du yen, les entreprises japonaises ont massivement investi en Asie dans les usines, les infrastructures, l’immobilier et les chaînes de valeur, construisant autour d’elles un espace économique dont elles ont capté une partie de la croissance. C’est cette logique de capital patient placé dans les zones de croissance qui nous intéresse.
Ce qui nous menace. Une France qui possède l’épargne mais la laisse financer prioritairement la dette, l’immobilier ou la croissance des autres, pendant que ses futurs retraités restent presque entièrement dépendants de la répartition.
Ce que nous ferons. Créer un fonds souverain de retraite articulé au PER et aux dispositifs existants, avec un étage collectif obligatoire minimal. Sa gouvernance sera inspirée de la Norvège : le politique fixe le mandat et le risque acceptable ; des professionnels indépendants gèrent ; personne ne pioche. Son allocation sera mondiale et diversifiée, avec une part assumée vers les zones de forte croissance, une part européenne stratégique et une poche consacrée aux grands projets français et européens — énergie, infrastructures, industrie, IA — dans des limites compatibles avec la diversification du risque. Le fonds ne confondra jamais politique industrielle et portefeuille retraite : l’une oriente une poche, l’autre protège le rendement global.
Qui y perd, qui y gagne. Y perdent : les produits d’épargne chers, opaques ou excessivement stériles et les Trésors étrangers qui captaient mécaniquement une partie du bas de laine français. Y gagnent : les futurs retraités, propriétaires d’un capital, et l’économie productive qui gagne un investisseur de long terme.
Pourquoi tout le monde y gagne. Nous ne partons pas de zéro : nous partons de plus de 150 milliards de PER, d’une épargne financière immense et d’une expérience publique avec le FRR. Le projet consiste à mettre de l’échelle, de la gouvernance et du temps long là où nous avons déjà les briques.
Les chiffres. Amorçage : les 30 milliards devront provenir d’actifs et de flux juridiquement transférables clairement identifiés ; ni l’or de la Banque de France ni l’épargne privée ne seront traités comme une caisse gratuite. Collecte : un étage obligatoire minimal, calibré en part du revenu ou du PIB et articulé aux PER existants. Rapport : projection du moteur autour de 285 milliards d’actifs en 2037 sous hypothèse de rendement et de versements — prévision, non fait acquis. Concrètement : gouvernance norvégienne ; diversification mondiale ; capital patient dans les régions et secteurs de croissance selon une logique inspirée de la projection japonaise en Asie depuis les années 1980.
Proposition 55 — La garantie du capital : l’État ne jouera pas vos retraites
Ce qui existe. La peur du krach est l’obstacle politique principal à une capitalisation populaire. Elle n’est pas irrationnelle : une personne proche de la retraite ne peut porter le même risque qu’un épargnant de trente ans.
Ce que nous ferons. La loi garantira, à l’âge normal de liquidation, le capital nominal effectivement versé dans l’étage collectif, et ce plancher seulement. La garantie ne pourra pas être utilisée pour sortir opportunément lors d’un krach. Une poche de réserve, alimentée par une fraction des rendements en période favorable, absorbera les premiers chocs ; l’État n’interviendra qu’en dernier ressort.
Pourquoi tout le monde y gagne. Le risque de marché reste réel, mais le risque de ruine nominale à l’horizon retraite est borné. Le rendement appartient à l’épargnant ; la collectivité garantit seulement le plancher nécessaire à l’acceptabilité du système.
Les chiffres. Coût : pas de dépense immédiate, mais un engagement contingent réel de l’État, qui devra être évalué, plafonné et provisionné. Trajectoire : la garantie porte sur le capital nominal à l’échéance normale, pas sur le rendement ni sur toute sortie anticipée. Concrètement : réserve de garantie d’abord, État en dernier ressort.
Proposition 56 — La souveraineté patrimoniale des Français
Ce qui existe. Le débat sur les retraites est enfermé depuis trente ans dans un duel de caricatures : la répartition, présentée comme la solidarité éternelle ; la capitalisation, comme la jungle néolibérale. Pendant les rounds de ce duel stérile, rien ne se construit.
Ce que l’on constate. Les Norvégiens, peuple social-démocrate s’il en est, possèdent collectivement le premier fonds souverain du monde. Les Néerlandais, les Danois, les Canadiens ont fait de leurs caisses de retraite des puissances financières au service de leurs citoyens. Aucun de ces pays n’est pour autant devenu néolibéral : ils sont en revanche devenus propriétaires de leur avenir !
Ce qui nous menace. Que la France reste le seul grand pays dont les habitants travaillent toute une vie sans jamais accumuler de capital est un scandale : les français sont locataires de leur retraite, dépendants de chaque loi de finances, spectateurs des rendements que leur épargne offre aux autres.
Ce que nous ferons. Faire de la souveraineté patrimoniale des Français une politique nationale : chaque personne active se constituera, au long de sa carrière, un capital qui lui appartient, garanti dans son montant, géré souverainement, investi dans la croissance mondiale et dans les grands projets du pays. La répartition demeurera le socle de solidarité ; le capital deviendra l’étage de liberté. Ni démantèlement, ni statu quo : un patrimoine pour tous, en glissement progressif.
Qui y perd, qui y gagne. Y perdent : les marchands de peur des deux camps — ceux qui agitent le krach pour ne rien changer, et ceux d’en face, qui rêvent de tout privatiser. Y gagnent : les salariés modestes, premiers privés de patrimoine aujourd’hui, premiers servis demain.
Pourquoi tout le monde y gagne. Un peuple de propriétaires de leur avenir n’est pas seulement plus riche : il est plus libre, plus stable, plus confiant. La retraite cessera d’être la question qui fracture la France tous les cinq ans pour devenir le patrimoine commun qui la soude. Et le modèle social, transformé, s’en trouvera raffermi !
Les chiffres. Coût : nul en propre — la doctrine qui relie les propositions 20 et 21. Rapport : un peuple propriétaire de son avenir, plus riche, plus stable, plus libre ; la répartition reste le socle, le capital devient l’étage de liberté. Inaction : rester le seul grand pays dont les habitants travaillent une vie sans accumuler de capital — locataires de leur retraite, dépendants de chaque loi de finances. Trajectoire : hors solde (patrimoine), effet de cohésion et de stabilité. Concrètement : Norvégiens, Néerlandais, Danois, Canadiens l’ont fait sans cesser d’être sociaux — ni démantèlement, ni statu quo, un patrimoine pour tous en glissement progressif.
Proposition 57 — Un indice technologique européen de référence : rendre à l’Europe le goût du risque
Ce qui existe. L’Europe n’est pas dépourvue de marchés technologiques : Euronext rassemble plus de 700 sociétés tech cotées et son programme Tech Leaders réunit déjà plus d’une centaine de valeurs de croissance ; à Francfort, Deutsche Börse et STOXX disposent de l’infrastructure d’indices la plus puissante du continent, avec notamment le TecDAX. Ce qui manque n’est pas une Bourse de plus : c’est un repère technologique paneuropéen aussi évident, liquide et identifiable que le Nasdaq.
Ce que l’on constate. La fragmentation reste notre faiblesse. Paris, Amsterdam, Milan et Francfort possèdent des valeurs, des investisseurs et des indices ; New York possède en plus un aimant mondial. L’Europe doit agréger sa profondeur plutôt que demander à ses places de se neutraliser entre elles.
Ce qui nous menace. Une Europe qui invente mais dont les grandes entreprises de croissance cherchent la profondeur de marché, la liquidité et la visibilité ailleurs — entraînant avec elles une partie des profits, des sièges et des centres de décision.
Ce que nous ferons. Porter un rapprochement entre Euronext et l’écosystème Deutsche Börse/STOXX, sans imposer une fusion institutionnelle préalable : création d’un grand indice technologique paneuropéen commun, règles d’éligibilité harmonisées, visibilité mondiale, ETF et produits de retraite adossés, régime de cotation simplifié par le droit européen. Euronext Tech Leaders, TecDAX et les grandes valeurs technologiques européennes fourniront les briques ; l’objectif sera de fabriquer le benchmark, la liquidité et l’histoire commune qui manquent aujourd’hui. Paris et Francfort n’ont pas à se battre pour savoir qui sera le Nasdaq : elles doivent ensemble empêcher que le Nasdaq reste le seul endroit où l’Europe rêve de grandir.
Qui y perd, qui y gagne. Y perdent : la fragmentation nationale et l’État actionnaire omniprésent. Y gagnent : les épargnants, les fonds de pension, les fondateurs européens et les places financières elles-mêmes.
Pourquoi tout le monde y gagne. Euronext apporte la première communauté technologique cotée d’Europe ; Francfort apporte Deutsche Börse/STOXX, le TecDAX et une puissance institutionnelle majeure. Le rapprochement ne crée pas artificiellement des entreprises : il crée un marché capable de leur donner une profondeur et une identité européennes.
Les chiffres. Coût : marginal pour les finances publiques — harmonisation, réglementation, coordination des places. Rapport : Euronext revendique plus de 700 sociétés technologiques cotées et environ 1,4 billion d’euros de capitalisation tech fin 2025 ; le fonds souverain et les retraites capitalisées fourniront une partie de la demande institutionnelle de long terme. Trajectoire : neutre budgétairement, effet attendu sur le financement du scale-up européen. Concrètement : un benchmark tech paneuropéen co-construit par les grandes infrastructures de marché de l’Union, plutôt qu’une copie française du Nasdaq.
Proposition 58 — Le réemploi sans piège : taxer le capital qui sort, pas le capital qui circule
Ce qui existe. Quand un Français vend des titres avec une plus-value, l’État prélève aussitôt près d’un tiers : la « flat tax », portée à 31,4 % au 1er janvier 2026. Un seul dispositif permet d’y échapper en réinvestissant : le report d’imposition de l’article 150-0 B ter. Mais il exige un montage (apporter ses titres à une holding que l’on contrôle avant de les vendre), réservé de fait à ceux qui ont les conseils pour le faire.
Ce que l’on constate. Ce dispositif, que la loi de finances 2026 vient encore de durcir -soixante-dix pour cent de la vente à réinvestir, en trois ans, conservés cinq-, souffre de deux vices que tout praticien connaît. D’abord, comme l’argent transite par des sociétés (holding, SPV, SAS), l’épargnant perd la trace de sa plus-value en report et « oublie » de la déclarer : il devient fraudeur sans le vouloir. Ensuite, quand il joue le jeu et réinvestit dans de jeunes entreprises (dont 9 sur 10 échouent), le capital part en fumée, mais l’impôt sur le gain d’origine, lui, reste dû. Double peine : il a tout perdu, et il paie quand même — parfois majoré d’une amende pour l’erreur de déclaration.
Ce qui nous menace. Une épargne abondante qui fuit le risque pour le livret garanti, faute d’un chemin simple vers l’investissement productif — exactement le mal que la place boursière de la proposition 81 entend guérir, et qu’aucun « écrin fiscal » ne guérira tant qu’il restera un piège pour initiés.
Ce que nous ferons. Retour aux règles et proportions d’avant la LF de 2026 sur le 150 0 B Ter. Généraliser le réemploi et le rendre simple, par trois gestes, sans toucher au taux. Un : le suivi de la plus-value en report passera du particulier au véhicule, et l’administration préremplira la déclaration, comme elle le fait déjà pour le plan d’épargne en actions : on ne peut pas ‘oublier’ ce que le système suit automatiquement. Deux : la plus-value en report sera nette des pertes réelles de la chaîne réinvestie -on taxe l’enrichissement réel, jamais un gain de papier sur un capital détruit. Trois : aucune amende pour l’omission d’une somme dont aucun impôt n’est encore dû : un report n’est pas une fraude, et le droit à l’erreur s’y appliquera. À ce socle simplifié s’ajoutera un bonus au capital patient : un abattement qui allège la facture finale à mesure que l’argent reste investi -dix ans, quinze ans. Garde-fou : véhicules agréés, déclaration automatique au fisc, impôt nul réservé aux pertes économiques constatées -jamais aux pertes de papier.
Qui y perd, qui y gagne. Y perdent : les monteurs de la complexité, dont le maquis du 150-0 B ter faisait le fonds de commerce ; et le Trésor étranger qui captait l’épargne française faute de chemin local. Y gagnent : l’investisseur honnête, enfin protégé de la double peine ; le fondateur, qui trouve des financeurs ; et l’État lui-même, dont le suivi automatique récupère les « oublis » qui lui échappaient.
Pourquoi tout le monde y gagne. On ne baisse pas l’impôt sur le capital ; on cesse de frapper le capital qui reste au travail. L’impôt attendra qu’il sorte pour être consommé — et il sera alors acquitté, plein. Entre une taxe immédiate qui pousse à la rente et un report qui pousse au risque, le pays a tout à gagner au second. Attention à coupler ça d’une dynamique des fonds de croissance : sans quoi, le 150 0 B Ter est un handicap tout court : honni par les investisseurs US, l’investissements défiscalisé localise une startup… mais si elle ne trouve pas de second souffle en France, alors elle part et les avantages fiscaux disparaissent aussi !
Les chiffres. Coût : faible et de trésorerie — c’est un report d’imposition, non une baisse de taux (la flat tax reste à 31,4 %) ; l’impôt est dû plus tard, à la sortie pour consommer. Rapport : quasi neutre pour les recettes, voire positif — le suivi automatique récupère les « oublis » de déclaration qui échappent aujourd’hui ; on ne renonce qu’à des amendes et à un impôt sur un gain fantôme. Inaction : une épargne abondante qui fuit le risque pour le livret garanti, faute d’un chemin simple vers l’investissement productif. Trajectoire : neutre pour le solde (report), positive pour le financement des entreprises. Concrètement : la plus-value en report suivie par le véhicule et préremplie par le fisc, nette des pertes réelles, sans amende sur une somme pas encore due — plus un bonus au capital patient.
Proposition 59 — La succession qui libère : taxer le capital figé, exonérer le saut de génération
Ce qui existe. La France taxe l’héritage à des taux parmi les plus élevés d’Europe (jusqu’à 45 % en ligne directe) mais criblés d’échappatoires pour les mieux conseillés : l’assurance-vie transmet 152 500 euros par bénéficiaire hors barème, le démembrement allège les gros patrimoines, tandis qu’un foyer de classe moyenne, lui, paie plein pot. Et une absurdité couronne l’édifice : un petit-enfant qui hérite directement de son grand-parent, ses parents vivants, n’a droit qu’à 1 594 euros d’abattement — contre 100 000 pour un enfant. Le saut de génération est fiscalement puni.
Ce que l’on constate. Les Français héritent de plus en plus tard, souvent après cinquante-cinq ans, à l’âge où l’on place et où l’on fige, bien après l’âge où l’on entreprend, où l’on actionne et investit. L’argent arrive quand il ne sert plus l’économie réelle : il dort en immobilier de rapport et en contrats, au lieu d’irriguer les projets d’une génération active. À trente ans, on achète un logement, on crée une entreprise, on prend des risques ; à soixante, on conserve.
Ce qui nous menace. Un pays où le patrimoine se transmet trop tard pour être utile, où les grandes fortunes liquides s’échappent et où les classes moyennes paient — l’exact contraire d’une fiscalité à la fois juste et féconde.
Ce que nous ferons. Inverser la logique : taxer le capital qui dort, libérer celui qui passe à la jeunesse. Le saut de génération, du grand-parent au petit-enfant, ou de l’enfant qui transmet aussitôt, sera exonéré, à une condition : que le bénéficiaire en fasse un usage actif : se loger (devenir propriétaire ou louer), étudier, créer ou reprendre une entreprise, réinvestir dans le productif au sens de la proposition 83. En face, le capital figé sera réellement taxé : liquidités dormantes, valeurs mobilières non réemployées, immobilier au-delà de la résidence principale, et les fuites de l’assurance-vie et du démembrement, qui font aujourd’hui payer la maison plutôt que la fortune, seront refermées. Un plafond de 150 000 euros par petit-enfant bornera l’exonération (l’ordre de grandeur de l’abattement aujourd’hui réservé à l’assurance-vie, que nous refermons), pour qu’elle reste un coup de pouce aux familles et non un tunnel dynastique : au-delà, le barème ordinaire s’applique.
Qui y perd, qui y gagne. Y perdent, et nous le disons sans détour : les très gros patrimoines liquides, qui s’exonéraient par l’assurance-vie et paieront désormais leur part. Et il faut l’assumer aussi : cette réforme ne profite qu’à ceux qui ont de quoi transmettre — elle reproduit, en partie, les écarts qu’elle ne corrige pas. Y gagnent : les petits-enfants jeunes et actifs, à qui le capital arrive à l’âge où il fait des projets ; et l’économie réelle, qu’une transmission précoce irrigue mieux qu’un héritage tardif.
Pourquoi tout le monde y gagne. L’État ne taxe pas moins ; il taxe autrement (davantage le capital figé, moins celui qui saute vite une génération pour se remettre au travail. Une fois les fuites des grandes fortunes refermées, c’est une réforme qui pèse plus sur la rente dynastique qu’aujourd’hui, tout en rendant l’héritage à sa vocation : non pas dormir, mais servir.
Les chiffres. Coût : l’exonération du saut de génération, compensée par la taxation du capital figé et la fermeture des fuites (assurance-vie, démembrement) — net voulu neutre pour les recettes. Rapport : du capital qui passe plus tôt à une génération active (à 30 ans on entreprend, à 55 on conserve), donc mieux réinvesti ; et, fuites fermées, davantage de rendement sur les grands patrimoines liquides qu’aujourd’hui. Inaction : un héritage transmis trop tard pour être utile, des grandes fortunes liquides qui s’échappent, des classes moyennes qui paient plein pot. Trajectoire : neutre pour le solde (somme nulle voulue), positive pour l’activité. Concrètement : exonéré sous condition d’usage actif et plafonné à 150 000 euros par petit-enfant (l’ordre de grandeur de l’abattement assurance-vie que l’on referme) ; en face, liquidités dormantes et immobilier au-delà de la résidence principale taxés.