CHAPITRE XVIII — L’OUTRE-MER : LES FRANCE D’AILLEURS
La France n’est pas seulement hexagonale. Des Caraïbes à l’océan Indien, de la Guyane au Pacifique, elle possède des territoires qui font d’elle une puissance maritime sur tous les océans et qu’elle traite trop souvent comme des problèmes lointains plutôt que comme des trésors. Nous changerons le regard : rapprocher les métropolitains de ces France d’ailleurs, casser la vie chère qui les étrangle, et ramener l’État là où il a reculé -Mayotte, Guyane- par l’exécution et non par la promesse. La Réunion, la Guadeloupe, la Guyane, la Nouvelle Calédonie sont des paradis sur terre ; il est temps de les traiter comme tels.
Proposition 129 — Rapprocher les France d’ailleurs : une vraie continuité territoriale
Ce qui existe. La continuité territoriale existe déjà entre l’Hexagone et les outre-mer, dans les deux sens, avec des aides variables selon les territoires et les ressources. En 2026, l’enveloppe budgétaire dédiée aux outre-mer représente environ 76,8 millions d’euros en crédits de paiement. À titre de comparaison, la continuité territoriale corse bénéficie d’environ 187 millions d’euros.
Ce que l’on constate. La distance des outre-mer est immense et le prix du billet reste un obstacle matériel à la circulation des familles, des étudiants, des actifs et des touristes. La République est juridiquement une ; elle reste parfois très éloignée dans le prix d’un aller-retour.
Ce que nous ferons. Changer d’échelle : aides plus lisibles, billets sociaux mieux ciblés, soutien aux étudiants et familles, contrats pluriannuels avec les transporteurs lorsque cela permet de stabiliser les prix, et politique touristique visant aussi les visiteurs de l’Hexagone. Nous ne confondrons pas cohésion et gratuité universelle : les dispositifs seront ciblés sur les ménages et usages où le coût de la distance crée une vraie rupture d’égalité.
Les chiffres. Base 2026 : ~76,8 M€ de continuité territoriale outre-mer contre ~187 M€ pour la Corse. Coût : dépense publique réelle, à assumer comme investissement de cohésion et d’attractivité. Rapport : fréquentation, mobilité étudiante, liens familiaux et retombées touristiques mesurés territoire par territoire. Concrètement : appartenir à la même République ne doit pas se mesurer au prix d’un billet d’avion.
Proposition 130 — La vie chère : ouvrir les marchés, protéger les communes, rendre les prix lisibles
Ce qui existe. Les écarts de prix sont massifs mais doivent être décrits correctement. Dans les comparaisons Insee disponibles, le niveau général des prix est environ 9 à 16 % plus élevé dans les DOM concernés qu’en Hexagone ; sur l’alimentaire, les écarts atteignent environ 30 à 42 %, jusqu’à +42 % en Guadeloupe.
Ce que l’on constate. La cherté résulte d’un mélange de distance, fret, petite taille des marchés, concentration de la distribution, importations, énergie, fiscalité et faiblesse de certaines productions locales. L’octroi de mer participe à la hausse de certains prix, mais finance aussi près d’un tiers des ressources communales en moyenne, parfois davantage localement. Le supprimer sans remplacement créerait une crise des collectivités.
Ce que nous ferons. Transparence obligatoire sur la formation des prix et les marges des filières essentielles ; action de concurrence contre les positions dominantes ; mutualisation logistique et ouverture des chaînes d’approvisionnement ; soutien aux productions locales lorsque leur coût est compétitif. L’octroi de mer sera progressivement simplifié et réduit sur les produits essentiels lorsque son impact prix est démontré, avec compensation à l’euro près des communes par une ressource nationale identifiée dans la loi de finances.
Les chiffres. Diagnostic : +9 à +16 % sur le niveau général selon les territoires ; +30 à +42 % sur l’alimentaire. Octroi de mer : près d’un tiers des ressources communales en moyenne. Coût : toute réduction fiscale doit être compensée explicitement ; pas de magie budgétaire. Concrètement : casser les rentes sans casser les communes.
Proposition 131 — Mayotte : quatre milliards promis, l’exécution comme urgence nationale
Ce qui existe. La loi de programmation pour la refondation de Mayotte prévoit 4 milliards d’euros jusqu’en 2031. Après Chido, la question n’est plus de savoir si l’État a annoncé de l’argent : il l’a fait. La question est celle de la vitesse réelle à laquelle cet argent devient école, eau, logement, voirie, santé et protection.
Ce que l’on constate. À ce stade, l’ordre de grandeur des crédits effectivement engagés ou décaissés sur le terrain reste de l’ordre de 0,6 % de l’enveloppe totale annoncée. Ce chiffre varie selon le périmètre exact — engagements, paiements, programme pluriannuel — et devra être actualisé au bouclage budgétaire ; mais il dit une chose politiquement incontestable : entre l’annonce de 4 milliards et la transformation visible de Mayotte, l’écart d’exécution est encore immense.
Un deuxième verrou est encore plus physique : les auditions sénatoriales de 2026 estiment que près de 60 % du territoire pourrait ne pas être couvert par un titre foncier juridiquement incontestable. On ne reconstruit pas vite lorsqu’on ne sait pas toujours qui possède juridiquement le sol.
Ce que nous ferons. Une mission de refondation avec pouvoir d’exécution, calendrier public et tableau de bord trimestriel : crédits ouverts, engagés, payés, chantiers commencés, équipements livrés. Sécurisation foncière accélérée, maîtrise d’ouvrage renforcée, procédures d’urgence, priorité à l’eau, à l’école, au logement et aux infrastructures. Le contrôle migratoire reste indispensable, mais il ne sera pas présenté comme la solution unique à une crise qui est aussi foncière, sanitaire, scolaire, hydraulique et urbaine.
Les chiffres. Programme : 4 Md€ jusqu’en 2031. Exécution actuelle : ordre de grandeur autour de 0,6 % de la somme annoncée déjà engagée/décaissée à ce stade, à actualiser selon la définition comptable exacte. Foncier : près de 60 % du territoire potentiellement sans titre incontestable selon les auditions sénatoriales. Concrètement : on ne juge plus Mayotte au nombre de milliards annoncés mais au nombre d’écoles, de canalisations, de logements et de routes livrés.
Proposition 132 — Guyane : industrialiser Harpie, empêcher la réimplantation et frapper l’argent
Ce qui existe. L’État mène déjà depuis des années l’opération Harpie avec les forces armées et la gendarmerie. En 2025, 1 348 patrouilles ont été conduites et les destructions/saisies ont représenté un préjudice estimé à 148,8 millions d’euros pour les orpailleurs illégaux. Les Forces armées en Guyane comptent plus de 2 100 militaires, qui assurent toutefois plusieurs missions simultanées — Centre spatial, souveraineté maritime, frontières et Harpie.
Ce que l’on constate. La stratégie existe et produit des résultats, mais les réseaux se réimplantent. Le vrai enjeu n’est donc pas seulement de détruire un site : c’est d’empêcher son retour, couper le ravitaillement, saisir l’argent, coopérer avec le Brésil et le Suriname et réduire le dommage sanitaire au mercure.
Ce que nous ferons. Renforcement ciblé après audit capacitaire : hélicoptères, fluvial, drones, renseignement, moyens financiers, coopération transfrontalière et justice patrimoniale. Chaque opération sera évaluée aussi six mois après : le site est-il revenu ? les flux logistiques ont-ils changé ? les commanditaires ont-ils perdu leurs avoirs ?
Les chiffres. Base 2025 : 1 348 patrouilles ; ~148,8 M€ de préjudice infligé. Objectif : réduction durable des sites et de leur capacité de réimplantation, pas simple compteur de destructions. Concrètement : Harpie fonctionne ; on passe de la répétition des raids à l’étouffement du modèle économique.
Proposition 133 — Nouvelle-Calédonie : la présence, le nickel, le dialogue — et aucun vide offert aux puissances extérieures
Ce qui existe. L’accord de Bougival du 12 juillet 2025, complété par l’accord Élysée-Oudinot du 19 janvier 2026, dessine une nouvelle architecture institutionnelle, économique et sociale. Le compromis n’est pas unanimement accepté — le FLNKS n’a pas signé Élysée-Oudinot — et l’économie demeure affaiblie par la crise du nickel et les conséquences des émeutes de 2024. KNS a cessé son activité et la SLN reste fragile.
Ce que l’on constate. La Nouvelle-Calédonie est à la fois un territoire français, un archipel du Pacifique et un détenteur d’une ressource stratégique mondiale : le nickel. Dans une région où la Chine construit depuis des années son influence par le commerce, les infrastructures, le financement, les réseaux politiques et la maîtrise des chaînes de minerais critiques, un affaiblissement durable de la présence française créerait un espace d’influence que Pékin serait naturellement tenté d’occuper.
Le risque n’est pas une flottille chinoise venant « prendre Nouméa ». Il est plus diffus et plus réaliste : soft power, dépendance économique, contrats miniers, débouchés, financement, réseaux d’influence et contrôle progressif de la chaîne de valeur du nickel. La Chine a déjà profondément transformé le marché mondial du nickel via ses investissements massifs en Indonésie ; la Nouvelle-Calédonie ne peut devenir une simple réserve stratégique dont la valeur serait décidée ailleurs.
Ce que nous ferons. Soutenir le compromis politique tant qu’il garantit la présence française, la paix civile et les libertés locales ; mettre le pacte économique Élysée-Oudinot à l’épreuve de résultats ; reconstruire une stratégie nickel permettant extraction, transformation, énergie compétitive et débouchés européens/alliés. La France et l’Europe doivent être capables d’offrir capital, marché et technologie pour éviter qu’une industrie calédonienne en crise ne devienne dépendante d’un acheteur ou financeur dominant extérieur.
Nous renforcerons en parallèle la présence française dans le Pacifique : marine, logistique, partenariats avec Australie, Nouvelle-Zélande et États insulaires, coopération économique et scientifique. Un port militaire renforcé peut être étudié comme infrastructure de souveraineté ; toute évolution de la posture nucléaire française dans le Pacifique relèverait d’une décision stratégique distincte, pas d’une sous-ligne budgétaire.
Qui y perd, qui y gagne. Y perdent : la dépendance à un acteur extérieur unique et l’abandon économique qui nourrit tous les séparatismes. Y gagnent : Calédoniens, salariés du nickel, France, Europe et partenaires indo-pacifiques.
Pourquoi tout le monde y gagne. La souveraineté territoriale ne tient pas avec un drapeau si l’économie, les minerais, les débouchés et le financement sont contrôlés ailleurs.
Les chiffres. Coût : pacte économique, énergie, nickel et présence stratégique à chiffrer dans le cadre Élysée-Oudinot. Rapport : emplois, nickel transformé localement, part de débouchés européens/alliés, diversification des financeurs. Concrètement : pas de fantasme naval — une bataille d’influence, d’industrie et de minerai stratégique.