Pour nos enfants — le programme intégral

DEUXIÈME PARTIE — TRAVAILLER ET PRODUIRE

CHAPITRE XI — INDUSTRIE, PME ET ETI : FAIRE GRANDIR CEUX QUI PRODUISENT

La France ne manque pas d’entrepreneurs ; elle manque d’entreprises qui deviennent suffisamment grandes pour exporter massivement, investir durablement, automatiser leurs usines et résister aux crises. La « réindustrialisation » ne peut plus être un sac dans lequel on range une usine inaugurée, une subvention, une relocalisation et trois communiqués de presse.

Notre objectif est plus concret : faire de la France le pays européen où une PME a le plus de chances de devenir une ETI et une ETI un champion international sans quitter son territoire. Le Mittelstand allemand n’est pas une catégorie statistique équivalente à nos ETI : il désigne d’abord une structure de propriété et de direction indépendante. Nous nous inspirerons de son esprit — capital patient, ancrage territorial, export, transmission — sans prétendre copier un chiffre qui ne compare pas la même chose.

Proposition 69 — Faire grandir les PME jusqu’à l’ETI

La France comptait 7 296 ETI en 2023 sur le champ Insee des entreprises non agricoles et hors finance et assurance. Elles emploient plusieurs millions de personnes et jouent un rôle disproportionné dans l’industrie et l’export.

Nous suivrons chaque année les PME qui franchissent réellement un seuil de taille : chiffre d’affaires, emploi, export, investissement et internationalisation. Les outils publics existants — Bpifrance, Business France, aides à l’innovation, garanties, fonds de croissance — seront organisés autour d’un parcours de changement d’échelle plutôt que de guichets séparés. Le KPI gouvernemental sera le nombre d’entreprises qui ont grandi, pas le nombre de dossiers accompagnés.

La transmission deviendra une politique industrielle. Une entreprise viable qui ferme faute de repreneur détruit autant de capacité productive qu’une délocalisation. Fiscalité, épargne productive et fonds de pension devront faciliter les reprises durables et éviter la vente par morceaux de sociétés stratégiques.

Proposition 70 — Faire de l’export un réflexe des PME françaises

La France ne retrouvera pas une balance commerciale durablement équilibrée en vendant seulement davantage aux Français. Business France, Bpifrance, chambres de commerce, diplomatie économique et réseaux français à l’étranger devront fonctionner comme un même réseau commercial. Les grands groupes soutenus par la puissance publique seront incités à emmener davantage leurs PME et ETI fournisseurs dans leurs marchés internationaux.

Nous suivrons surtout le nombre d’entreprises qui exportent durablement et la valeur exportée par les PME/ETI, plutôt que les primo-exportateurs d’une seule année. Une entreprise de Cholet, Roanne ou Besançon qui passe de 80 à 600 millions de chiffre d’affaires et vend dans quarante pays vaut davantage qu’une centième annonce de « réindustrialisation ».

Proposition 71 — Dépasser l’Italie en robotisation et mettre l’IA dans les usines

La France automatisera davantage son industrie. L’objectif 2032 sera symbolique et mesurable : dépasser l’Italie en densité robotique industrielle, puis réduire fortement l’écart avec l’Allemagne. L’indicateur sera actualisé chaque année à partir des données comparables de l’International Federation of Robotics.

L’effort sera concentré sur les PME et ETI, pour lesquelles le premier robot, la première ligne automatisée ou le premier système de vision représentent un risque beaucoup plus important que pour un grand groupe. Amortissement accéléré, prêts, garanties et plateformes d’essai permettront d’investir dans robotique, machines numériques, maintenance prédictive, contrôle qualité, jumeaux numériques et IA de production.

Chaque projet important intégrera la formation des salariés. Automatiser n’est pas produire sans Français ; c’est permettre à un salarié équipé de produire suffisamment pour que l’activité reste compétitive en France.

Budget et rendement. Cette politique ne reposera pas sur un nouveau plan massif de subventions : la France finance déjà l’industrie, l’innovation, l’export et la transition. Les moyens seront réorientés vers trois résultats — croissance PME→ETI, export et automatisation — avec un recours préférentiel aux garanties, prêts et amortissements plutôt qu’aux subventions intégrales. Les baisses d’impôts de production et de prélèvements sur le travail prévues ailleurs ne seront jamais recomptées ici.

Le coût de l’inaction. Ce sont les PME qui restent trop petites pour exporter, les entreprises rentables sans repreneur, les industriels qui renoncent à automatiser et les inventions françaises industrialisées ailleurs. La désindustrialisation finit toujours par devenir une affaire de niveau de vie.

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