Pour nos enfants — le programme intégral

PREMIÈRE PARTIE — INSTRUIRE, SOIGNER, UNIR

CHAPITRE IV — LA SANTÉ QUI SOIGNE

La France dépense pour sa santé parmi les sommes les plus élevées du monde, et ses soignants n’ont jamais été aussi épuisés, ses patients aussi inquiets, ses urgences aussi pleines. Le diagnostic est le même qu’à l’école : ce n’est pas l’argent qui manque, c’est l’organisation qui dévore l’argent. Notre règle tient en une formule : moins d’État-administration, plus d’État-service. Nulle part elle ne s’applique mieux qu’à l’hôpital.

Proposition 18 — Rendre l’hôpital aux soignants

Ce qui existe. Un médecin ou une infirmière d’hôpital consacre une part considérable de son temps à autre chose que les soins : saisies, codages, comptes rendus en plusieurs exemplaires, certifications, tableaux à remplir pour des agences qui ne soignent personne. Au-dessus, des strates (administrations centrales, agences régionales, directions) qui produisent de la norme plus vite que l’hôpital ne produit du soin.

Ce que l’on constate. Les soignants ne fuient pas leur métier : ils fuient ce qu’on en a fait. Les démissions et les postes vacants ne sont pas une crise des vocations, mais une grève silencieuse contre la paperasse.

Ce qui nous menace. Un système qui paie des soignants à ne pas soigner finira par ne plus avoir ni les soignants, ni les soins. À dix ans : des services entiers fermés faute de bras, dans un pays vieillissant qui en aura davantage besoin.

Ce que nous ferons. Chaque heure administrative arrachée au soin sera traquée comme une dépense indue. L’intelligence artificielle prendra en charge la saisie, le codage, la circulation des dossiers entre l’hôpital, la Sécurité sociale et les mutuelles (un seul flux, une seule saisie). Les services seront dirigés par des binômes médecin-cadre responsables de leurs résultats ; les agences et directions redondantes maigriront au rythme des départs en retraite, sans un licenciement. Plusieurs dizaines de personnes responsables du 100% santé à l’AP-HP, ce n’est plus possible ! L’IA est là pour ça !

Qui y perd, qui y gagne. Y perdent : la technostructure sanitaire, les producteurs de tableaux de bord que personne ne lit. Y gagnent : les soignants, rendus à leur vocation ; les patients, mieux pris en charge ; le contribuable, qui paie enfin du soin.

Pourquoi tout le monde y gagne. Le même budget, débarrassé de ce qui ne soigne pas, soigne davantage. C’est la réforme la moins coûteuse et la plus rentable de tout ce chapitre : elle ne demande pas un euro, elle demande du courage.

Les chiffres. Coût : nul — une réorganisation de la gouvernance, pas une dépense. Rapport : du temps de soin rendu, l’intelligence artificielle absorbant la saisie, le codage et la circulation des dossiers (un seul flux hôpital-Sécu-mutuelle, une seule saisie). Inaction : les démissions et les postes vacants ne sont pas une crise des vocations mais une grève silencieuse contre la paperasse ; à dix ans, des services fermés faute de bras. Trajectoire : neutre pour la dette. Concrètement : des dizaines d’agents mobilisés pour le seul « 100 % santé » à l’AP-HP — ce que l’IA fera désormais —, et des binômes médecin-cadre responsables de leurs résultats.

Proposition 19 — Investir 7,5 milliards supplémentaires dans l’hôpital en cinq ans

Ce qui existe. Le financement de la santé est piloté chaque année dans l’urgence, rallonge après rallonge, tandis que l’investissement hospitalier manque de la visibilité longue dont ont besoin les bâtiments, les équipements lourds et les systèmes numériques. On éteint des incendies ; on peine à bâtir pour dix ou vingt ans.

Ce que l’on constate. Les bâtiments vieillissent, les équipements doivent être renouvelés et le numérique hospitalier reste trop fragmenté, insuffisamment interopérable et trop consommateur de saisies pour les soignants malgré les investissements déjà engagés. Quand l’investissement manque ou arrive par à-coups, le fonctionnement finit par payer : matériel vieillissant, temps perdu, transformations repoussées.

Ce qui nous menace. Le vieillissement de la population est une certitude démographique majeure des prochaines décennies. Un système hospitalier qui aborde cette vague sans capacité d’investissement stable subira les besoins au lieu de les anticiper.

Ce que nous ferons. Nous ajouterons progressivement 7,5 milliards d’euros d’investissement et de transformation hospitalière sur le quinquennat : +500 millions en 2028, +1 milliard en 2029, +1,5 milliard en 2030, +2 milliards en 2031 et +2,5 milliards en 2032. Cette enveloppe financera les bâtiments, les équipements lourds, l’imagerie et la robotique, l’interopérabilité, la cybersécurité, l’intelligence artificielle sous contrôle médical, ainsi que les coûts ponctuels de transformation et de formation qui rendent ces outils réellement utilisables. Elle ne servira ni à financer des dépenses courantes de personnel, ni à boucher les déficits d’exploitation, ni à créer une dépense de fonctionnement permanente. L’investissement avant le fonctionnement : ici, la règle d’or devient une ligne budgétaire.

Qui y perd, qui y gagne. Y perdent : le saupoudrage, les investissements sans stratégie et la tentation de transformer une enveloppe d’avenir en rallonge de fonctionnement. Y gagnent : les hôpitaux, qui retrouvent un horizon ; les soignants, des outils dignes et du temps rendu ; les patients, un système qui anticipe au lieu de subir ; et l’industrie française et européenne de santé, quand la commande publique permet de bâtir des capacités durables.

Pourquoi tout le monde y gagne. Investir au bon endroit peut éviter des pannes, des séjours inutilement longs, des actes redondants et des prises en charge tardives ; surtout, cela donne à l’hôpital les moyens de se transformer au lieu de gérer chaque année l’urgence. La santé n’est pas seulement une charge à contenir : c’est un capital à entretenir.

Les chiffres. Coût : 7,5 milliards supplémentaires cumulés sur 2028-2032, avec une montée en charge de +0,5 milliard par an jusqu’à atteindre +2,5 milliards annuels en 2032 (levier « santé » du moteur). Affectation : investissement et transformation uniquement — bâtiments, équipements, numérique, cybersécurité, robotique, IA, interopérabilité et coûts ponctuels de déploiement ; pas de financement du déficit courant. Rapport : gains de qualité, de productivité et de temps médical à mesurer projet par projet, sans multiplicateur d’économies promis à l’avance. Inaction : un hôpital qui vieillit au moment où les besoins augmentent. Trajectoire : +0,5 Md€ en 2028 ; +1 Md€ en 2029 ; +1,5 Md€ en 2030 ; +2 Md€ en 2031 ; +2,5 Md€ en 2032, soit 7,5 Md€ cumulés. Concrètement : l’investissement avant le fonctionnement, avec une enveloppe sanctuarisée qui ne pourra pas être utilisée pour combler un déficit d’exploitation.

Proposition 20 — Afficher le prix réel des soins et des médicaments

Ce qui existe. Personne, en France, ne sait ce que coûte sa santé. Le patient voit un reste à charge ; le vrai prix, celui que paient la Sécurité sociale, la mutuelle, c’est-à-dire lui-même par ses cotisations, demeure invisible. La gratuité apparente est le seul produit dont le prix est caché à celui qui le paie.

Ce que l’on constate. Ce qui n’a pas de prix visible n’a pas de valeur perçue : rendez-vous non honorés, examens redondants, médicaments accumulés dans les armoires puis jetés. Le gaspillage n’est pas une faute morale des Français ; c’est la conséquence logique d’un système qui leur cache l’addition.

Ce qui nous menace. Un système dont personne ne voit les coûts est un système que personne ne défend quand il faut les maîtriser. L’opacité d’aujourd’hui ne prépare pas aux déremboursements de demain.

Ce que nous ferons. Le prix réel et complet sera affiché partout : sur chaque boîte de médicament, sur chaque décompte de soins, à l’hôpital comme en ville, ce que cela coûte, qui le paie, ce que la solidarité nationale a pris en charge. Rien ne change au remboursement : tout change dans la perception.

Qui y perd, qui y gagne. Y perdent : le confort de l’opacité, et ceux dont les marges prospèrent dans l’ombre des prix invisibles. Y gagnent : les patients, traités en adultes ; les soignants, dont le travail cesse de paraître gratuit ; la Sécurité sociale, défendue par des assurés qui savent enfin ce qu’elle leur donne.

Pourquoi tout le monde y gagne. La transparence est le plus doux des régulateurs : elle économise sans interdire, elle responsabilise sans punir. Un peuple qui connaît le prix de sa solidarité est un peuple qui la protège.

Les chiffres. Coût : nul. Rapport : la transparence est le plus doux des régulateurs — rendez-vous honorés, examens non redondants, armoires à pharmacie non gaspillées —, sans rien interdire ni rembourser de moins. Inaction : un système dont personne ne voit les coûts est un système que personne ne défend le jour où il faut les maîtriser. Trajectoire : neutre, voire des économies diffuses. Concrètement : sur chaque boîte et chaque décompte, ce que cela coûte, qui le paie, et ce que la solidarité nationale a pris en charge — rien ne change au remboursement, tout change à la perception.

Proposition 21 — Reconquérir les déserts médicaux

Ce qui existe. L’accès aux soins reste profondément inégal selon le territoire : certaines zones rurales, périurbaines et certains quartiers cumulent faible densité médicale, difficulté à trouver un médecin traitant et délais élevés pour les spécialistes. La liberté d’installation demeure le principe, malgré des années d’incitations, de zonages et de contrats territoriaux qui n’ont pas suffi à corriger toutes les inégalités.

Ce que l’on constate. La Drees mesure désormais commune par commune cette inégalité d’accès par l’accessibilité potentielle localisée. Quand les soins de proximité se raréfient, le suivi, le dépistage et la prévention deviennent plus difficiles ; une partie des patients se reporte vers les urgences faute d’alternative. L’égalité devant la santé est devenue, trop souvent, une affaire de code postal.

Ce qui nous menace. Une France coupée en deux : celle qui choisit son spécialiste et celle qui renonce ou attend trop longtemps. Aucune promesse républicaine ne survit à cela, et les urgences paient aussi la facture d’un premier recours insuffisant — y compris dans certaines grandes zones urbaines.

Ce que nous ferons. Une stratégie d’État-service, sans créer une administration de plus : consultations avancées des hôpitaux dans les territoires sous-dotés ; télémédecine réellement équipée dans les maisons de santé ; protocoles de coopération et délégation accrue d’actes aux pharmaciens et aux infirmiers lorsque la sécurité des soins le permet ; et un contrat donnant-donnant avec les jeunes médecins — installation accompagnée, assistants et outils numériques qui retirent la paperasse, en échange d’un premier exercice là où la nation a besoin d’eux. Enfin, nous accélérerons les procédures de reconnaissance et d’autorisation d’exercice pour les professionnels formés à l’étranger dont les compétences sont jugées équivalentes, avec la même exigence de langue et de qualité clinique.

Qui y perd, qui y gagne. Y perdent : le statu quo qui sacralise la liberté d’installation sans regarder ses effets, et les rentes de situation des zones surdotées. Y gagnent : les habitants des territoires délaissés, les jeunes praticiens libérés de la solitude administrative, les hôpitaux et les urgences désengorgés.

Pourquoi tout le monde y gagne. Renforcer les soins de proximité évite une partie des recours aux urgences liés à l’absence d’alternative médicale et permet de soigner plus tôt. La République ne connaît pas de territoires de seconde zone.

Les chiffres. Coût : les équipements, la télémédecine et le numérique relèvent de l’investissement sanitaire de la proposition 29 ; les dépenses récurrentes d’accompagnement relèvent du levier santé. Rapport : davantage de soins accessibles au bon endroit et une partie des passages aux urgences évitables réduite. Inaction : des écarts territoriaux d’accès aux soins toujours mesurés par la Drees en 2026, malgré les dispositifs déjà engagés. Trajectoire : investissement ciblé et dépenses de fonctionnement identifiées séparément. Concrètement : consultations avancées, télémédecine équipée, délégation d’actes sécurisée, contrat territorial avec les jeunes médecins et reconnaissance accélérée des professionnels étrangers qualifiés.

Proposition 22 — Le grand chantier du grand âge et de la fin de vie

Ce qui existe. La France dispose désormais d’une stratégie décennale des soins d’accompagnement engagée en 2024 et d’une loi, promulguée le 26 mai 2026, garantissant l’égal accès à l’accompagnement et aux soins palliatifs. Le cadre existe donc. Mais il n’est pas encore partout un service : tous les départements ne disposent pas de la même offre, des familles affrontent seules la dépendance d’un parent, et le droit proclamé reste inégalement accessible.

Ce que l’on constate. Le quatrième âge est la grande affaire démographique du demi-siècle. La France a enfin un plan ; son défi est maintenant de l’exécuter à la vitesse du vieillissement : établissements à rénover, aidants épuisés, métiers du grand âge sous-payés et insuffisamment reconnus, offre palliative encore inégale selon les territoires.

Ce qui nous menace. Des centaines de milliers de personnes très âgées supplémentaires dans les vingt prochaines années, avec un système qui subirait leur arrivée au lieu de l’avoir préparée. L’inaction d’aujourd’hui, ce sont les scandales de demain — et nous en avons déjà eu l’avant-goût.

Ce que nous ferons. D’abord un mandat d’effectivité : appliquer intégralement la loi de mai 2026 et aller plus loin en garantissant au moins une unité de soins palliatifs dans chaque département, avec calendrier public de couverture et responsable identifié. Ensuite, un chantier national du troisième et du quatrième âge : domicile adapté en priorité, établissements rénovés, métiers du grand âge revalorisés et professionnalisés, aidants reconnus. On juge une civilisation à la manière dont elle traite ses vieillards ; la nôtre sera jugée sur pièces.

Qui y perd, qui y gagne. Y perdent : les opérateurs qui ont fait de la dépendance un gisement de marges au détriment des soins, et l’hypocrisie des droits sans service réel. Y gagnent : les personnes en fin de vie, les familles, les aidants et les soignants du grand âge.

Pourquoi tout le monde y gagne. Des soins palliatifs disponibles au bon moment peuvent éviter certaines hospitalisations ou prises en charge agressives inutiles ; surtout, ils garantissent qu’un droit existe réellement partout. L’essentiel n’est pas comptable : un pays qui accompagne dignement ses morts dit à ses vivants qu’ils ne seront pas abandonnés.

Les chiffres. Coût : réel — la stratégie décennale finance déjà une montée en charge ; notre engagement porte sur son effectivité et sur une couverture territoriale complète, avec les moyens supplémentaires nécessaires comptés dans le levier « fragiles ». Rapport : davantage de soins palliatifs accessibles, moins de recours hospitaliers par défaut et des aidants mieux soutenus, sans inscrire d’économie automatique avant qu’elle soit constatée. Inaction : une loi nationale appliquée de manière inégale et un vieillissement qui accélère. Trajectoire : dépense sociale et sanitaire assumée, articulée avec les propositions 27 à 29. Concrètement : au moins une unité de soins palliatifs par département, un calendrier public et un responsable nommé — notre engagement va au-delà de la seule lettre de la loi de 2026.

Proposition 23 — L’hôpital de pointe : CHU d’excellence, robotique et IA au service du soin

Ce qui existe. La France a inventé des pans entiers de la médecine moderne et garde des équipes hospitalières de rang mondial. Mais ses centres hospitalo-universitaires vieillissent, l’équipement de pointe est inégal d’un établissement à l’autre et certains grands centres étrangers investissent plus vite dans la robotique, l’imagerie et l’intelligence artificielle clinique. Dans la compétition mondiale pour les praticiens-chercheurs, l’excellence scientifique ne suffit pas si les outils ne suivent pas.

Ce que l’on constate. On a tant parlé de réparer l’hôpital qu’on a oublié de le rendre conquérant. Or l’excellence n’est pas un luxe : pour certaines interventions et dans des équipes expérimentées, la chirurgie robot-assistée peut réduire les pertes sanguines, les conversions vers la chirurgie ouverte et parfois la durée d’hospitalisation ; des intelligences artificielles validées cliniquement peuvent améliorer le dépistage ou le diagnostic dans certaines indications ; un centre de référence attire essais cliniques, chercheurs, brevets et talents. La technologie n’est pas une fin : elle vaut lorsqu’elle améliore réellement le soin.

Ce qui nous menace. Une médecine française qui reste excellente humainement mais décroche technologiquement, avec des équipes de pointe qui choisissent les établissements capables de financer leur recherche et leurs outils — et des patients qui finissent par suivre les talents.

Ce que nous ferons. Faire de l’hôpital public une ambition, pas seulement une charge. Une part dédiée de l’enveloppe d’investissement et de transformation de la proposition 29 ira à l’équipement de pointe : robots chirurgicaux lorsque le bénéfice clinique est démontré, imagerie de dernière génération, intelligence artificielle diagnostique validée et déployée sous contrôle médical. Nous concentrerons l’excellence dans un réseau de centres hospitalo-universitaires de référence, quelques pôles par grande spécialité, dotés pour la recherche, les essais cliniques et l’attraction des meilleurs, articulés aux soins de proximité de la proposition 31 : l’excellence au cœur, l’accès partout. Et la carrière de praticien-chercheur sera revalorisée pour retenir et attirer les cerveaux médicaux.

Qui y perd, qui y gagne. Y perdent : le saupoudrage qui équipe mal partout au lieu d’équiper très bien là où c’est utile, et l’achat de prestige sans bénéfice clinique. Y gagnent : les patients, les soignants, la recherche française et l’industrie de santé qui vit autour des centres d’excellence.

Pourquoi tout le monde y gagne. Un pays qui soigne à la pointe attire les talents, les essais cliniques, les brevets et les patients. Certaines technologies économisent des journées d’hospitalisation ; d’autres coûtent davantage mais améliorent fortement les résultats de santé. Dans les deux cas, elles seront évaluées sur leur bénéfice clinique et le coût complet du parcours. Réparer ne suffit pas ; il faut de nouveau conquérir.

Les chiffres. Coût : une part fléchée de l’enveloppe de la proposition 19, qui atteint +2,5 milliards d’euros annuels en 2032 — pas d’enveloppe nouvelle. Rapport : bénéfice mesuré indication par indication — réduction de certaines complications ou durées de séjour lorsque la preuve existe, diagnostic amélioré pour les IA validées, essais cliniques et talents retenus. Inaction : un équipement inégal et une compétition internationale pour les équipes de pointe. Trajectoire : investissement de long terme, intégré aux 7,5 milliards d’euros cumulés de la proposition 19. Concrètement : l’excellence concentrée dans un réseau de CHU de référence — l’excellence au cœur, l’accès partout.

Proposition 24 — La souveraineté du médicament : produire, négocier, ne plus manquer

Ce qui existe. Début 2025, près de 400 médicaments d’intérêt thérapeutique majeur manquaient en France, du cœur au système nerveux, des antibiotiques aux traitements digestifs, et la durée moyenne d’une pénurie a plus que doublé, de 100 jours en 2022 à 220 en 2024. La cause est connue : nous avons délocalisé la production des principes actifs en Asie pour quelques centimes d’économie par boîte.

Ce que l’on constate. Un pays qui ne sait plus fabriquer ses médicaments essentiels n’est pas souverain : il est à la merci d’une rupture d’usine à l’autre bout du monde.

Ce qui nous menace. La répétition des hivers sans antibiotiques, sans anticancéreux, sans anesthésiques et la dépendance stratégique d’une nation sur la santé-même de ses citoyens.

Ce que nous ferons. Une souveraineté du médicament en trois temps. Produire : relocaliser en France et en Europe la fabrication des principes actifs critiques, par la commande publique (chapitre IX) et des contrats de long terme garantissant les volumes ; la logique même de la souveraineté sanitaire de la proposition 53. Stocker : des stocks stratégiques obligatoires pour les médicaments essentiels, comme on stocke le carburant. Négocier : peser sur les prix à l’échelle européenne, en cessant de surpayer l’innovation tout en sous-payant les génériques au point d’en provoquer la pénurie. La transparence de la proposition 30 dira ce que cela coûte ; cette proposition garantit que cela existe. Sans se laisser impressionner par l’administration Trump.

Qui y perd, qui y gagne. Y perdent : la marchandisation à courte vue qui a délocalisé l’essentiel pour quelques centimes, et la dépendance qui en a résulté. Y gagnent : les malades, qui trouvent leur traitement ; les soignants, qui cessent de rationner ; l’industrie pharmaceutique européenne et ses emplois ; et la souveraineté nationale.

Pourquoi tout le monde y gagne. La santé est le premier des sujets régaliens : un pays qui produit ses médicaments protège ses citoyens comme il protège ses frontières. Relocaliser coûte quelques centimes par boîte produite ; manquer de médocs coûte des vies. Le calcul est vite fait.

Les chiffres. Coût : un surcoût modéré par boîte (relocalisation, stocks stratégiques), en partie compensé par la fin des achats d’urgence ; porté par la commande publique. Rapport : la fin des ruptures (près de 400 médicaments essentiels manquants début 2025, durée de pénurie passée de 100 à 220 jours en deux ans) et l’accès maintenu à l’innovation. Inaction : des hivers sans antibiotiques ni anticancéreux ; et, sous la pression du « deal » entre Trump et les laboratoires, des firmes qui retardent leurs lancements en France faute d’un prix jugé suffisant — notre pays ne prend déjà en charge qu’une minorité des médicaments autorisés en Europe. Trajectoire : surcoût modéré, neutre à positif. Concrètement : produire les principes actifs critiques par contrats longs, constituer des stocks stratégiques obligatoires, et négocier les prix en bloc européen — le juste prix du médicament, ni bradé ni surpayé.

Proposition 25 — Faire bouger la France : le sport comme politique de santé, de cohésion et de puissance

Le sport n’est pas un supplément d’âme réservé aux champions. C’est une politique de santé, d’éducation, de cohésion sociale, d’aménagement du territoire et de rayonnement international.

La priorité commencera à l’école : davantage d’activité physique quotidienne, sans jamais remplacer l’EPS ; des conventions simples avec les clubs locaux ; l’apprentissage de la natation comme compétence fondamentale. Les communes pourront privilégier une vraie activité physique dans le temps périscolaire lorsque l’alternative n’apporte rien de plus qu’une garderie décorée d’un nom d’atelier.

Le cœur du sport français restera constitué des clubs, associations, éducateurs et bénévoles. Les financements publics seront davantage liés au nombre de pratiquants, aux jeunes accueillis, à l’ouverture aux filles, au handicap, aux publics éloignés du sport et à la qualité du projet qu’à la capacité de produire des dossiers administratifs. Les équipements scolaires et publics seront davantage ouverts le soir, le week-end et pendant les vacances lorsque des clubs manquent de créneaux.

Un Plan Nager 2032 identifiera les bassins de vie où l’apprentissage de la natation est matériellement difficile. Nous privilégierons rénovation, bassins d’apprentissage plus simples, mutualisation intercommunale et modèles économiques mêlant mission scolaire, pratique publique, clubs et activités payantes lorsque cela permet de financer l’exploitation. Construire une piscine énergivore et déficitaire pour quarante ans n’est pas une politique sportive.

Le sport féminin bénéficiera d’objectifs mesurables de pratique, de diffusion et d’accès aux équipements. Les grands clubs et institutions françaises pourront devenir des porte-drapeaux. Les nouvelles pratiques — padel, Hyrox, trail, escalade, fitness, basket 3x3, sports urbains — seront intégrées aux équipements futurs plutôt que de figer la carte sportive des années 1980. L’e-sport assumera sa double nature, sportive et culturelle, avec soutien à la filière et vigilance sur santé, mineurs, paris et temps d’écran.

La ville et la campagne seront conçues pour permettre de bouger : coulées vertes, parcours de course, arbres, cheminements, bords de route sécurisés, continuités piétonnes. Une politique de santé publique qui conseille de courir mais construit des espaces où courir est pénible manque légèrement son sujet.

La France donnera toutes ses chances aux Jeux olympiques et paralympiques d’hiver 2030, avec une règle : les investissements devront avoir un usage après les Jeux. Roland-Garros, le Tour, les grandes compétitions de football et de rugby resteront des instruments d’image et de fête nationale ; la sécurité distinguera le supporter du casseur et préparera les grands rassemblements en amont. Les prises de contrôle de clubs professionnels feront l’objet de contrôles renforcés de solvabilité, d’origine des fonds et de financement pluriannuel afin qu’un patrimoine sportif centenaire ne dépende plus d’un propriétaire qui n’a pas les moyens de ses promesses.

Investissement 2027-2032. L’effort supplémentaire de l’État pourra monter autour de 300 à 400 millions d’euros par an en régime de croisière, principalement en CAPEX : équipements territoriaux, piscines et natation, coopération école-clubs, sport féminin, parasport et sport-santé. L’argent devra provoquer un effet de levier avec collectivités, fédérations, Europe et privé.

Le coût de l’inaction. Il se lit dans la sédentarité des enfants, le décrochage des filles à l’adolescence, les maladies évitables, les équipements publics fermés quand ils pourraient servir, les territoires où le club est parfois le dernier lieu collectif et les grands événements dont la fête est gâchée par ceux qui viennent pour autre chose que le sport. En 2032, nous mesurerons moins le budget du sport que le nombre de Français qui bougent réellement.

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