Pour nos enfants — le programme intégral

QUATRIÈME PARTIE — DÉFENDRE ET RAYONNER

CHAPITRE XX — LA PAIX SE PRÉPARE

La guerre est revenue en Europe, et notre moteur de simulation comporte un scénario que nous aurions préféré ne jamais écrire : un choc géopolitique majeur avant 2030. Nous ne le souhaitons pas ; nous nous y préparons. Car c’est la préparation qui rend la guerre moins probable ; la paix n’est pas un acquis, c’est un travail.

Proposition 142 — La LPM en euros vrais : transformer les milliards votés en stocks et en cadence

Ce qui existe. La LPM 2024-2030 représentait initialement 413,3 Md€. Son actualisation adoptée en 2026 ajoute 36 Md€ de ressources nouvelles sur 2026-2030, notamment +8,5 Md€ pour les munitions, +2 Md€ pour drones et munitions téléopérées, +3,9 Md€ pour l’espace, ainsi que des moyens supplémentaires pour défense sol-air, préparation opérationnelle et frappes profondes.

Ce que l’on constate. Le débat n’est plus seulement « mettre plus d’argent » : il faut empêcher l’inflation et les retards industriels de manger les crédits et mesurer ce qu’un milliard produit réellement en jours de stocks, disponibilité et cadence.

Ce que nous ferons. Sanctuariser l’actualisation 2026 en euros constants, publier les indicateurs de cadence industrielle et de disponibilité, et garantir après 2030 un plancher de progression réelle compatible avec la menace. Les stocks sensibles resteront classifiés ; le Parlement disposera de métriques agrégées sur leur profondeur et leur reconstitution.

Les chiffres. Base : +36 Md€ sur 2026-2030, dont +8,5 Md€ munitions, +2 Md€ drones/MTO, +3,9 Md€ espace. MCO : 49 Md€ étaient déjà prévus dans la LPM initiale. Concrètement : plus de milliards abstraits ; des stocks, des heures de vol, des jours de disponibilité et des cadences.

Proposition 143 — Deux porte-avions : garantir la permanence, garder le commandement français

Ce qui existe. Le successeur du Charles-de-Gaulle, désormais nommé France Libre, est entré en réalisation et vise une mise en service autour de 2038. Environ 310 mètres, 78 000 tonnes, propulsion nucléaire et catapultes électromagnétiques : il constituera le cœur de la puissance aéronavale française.

Ce que l’on constate. Un seul porte-avions ne garantit pas une permanence à la mer : arrêts techniques majeurs, entretien, entraînement et préparation créent inévitablement des périodes sans groupe aéronaval disponible. Cela ne signifie pas « six mois sur douze » d’indisponibilité ; cela signifie qu’une seule coque est une capacité intermittente.

Ce que nous ferons. Décider suffisamment tôt une seconde coque pour profiter de la continuité industrielle de France Libre, sous réserve d’un chiffrage complet. L’ordre de grandeur public autour de 10 Md€ pour le premier programme donne une base ; l’ancien chiffre de 17–18 Md€ pour deux ne sera pas présenté comme acquis tant qu’un devis industriel ne l’a pas établi.

Le porte-avions, sa propulsion nucléaire et la décision d’emploi resteront français. En revanche, le groupe aéronaval peut être profondément européen : escortes, ravitailleurs, ISR, munitions, aviation, logistique et exercices.

Les chiffres. Mise en service France Libre : cible 2038. Coût deuxième coque : à expertiser, avec effet de série mais sans chiffre inventé. Concrètement : deux coques françaises pour une permanence crédible ; un groupe aéronaval beaucoup plus européen autour d’elles.

Proposition 144 — Le paradigme ukrainien : la masse frugale qui complète le haut de gamme

Ce qui existe. L’Ukraine a démontré qu’un drone ou une munition relativement bon marché peut neutraliser un blindé, un radar ou une infrastructure de plusieurs millions d’euros. Mais ce rapport coût-effet dépend d’un système complet : renseignement, communications, guerre électronique, opérateurs, logiciel et production de masse.

Ce que l’on constate. Une armée uniquement constituée de plateformes rares et parfaites peut être technologiquement brillante et stratégiquement épuisable. La masse attritable, produite rapidement, est redevenue une variable de puissance.

Ce que nous ferons. Ajouter au haut de gamme français une véritable économie de la masse : drones, leurres, munitions téléopérées, guerre électronique, capteurs et systèmes consommables. Dans les marchés de défense, la capacité de montée en cadence et la souveraineté de la supply chain pèseront autant que le prix et la performance.

Les chiffres. L’actualisation LPM 2026 ajoute déjà 2 Md€ pour drones/MTO et 8,5 Md€ pour les munitions : nous voulons transformer cette inflexion en doctrine industrielle permanente. Coût : pas « neutre » ; meilleur rapport coût-effet et capacité à recompléter les stocks. Concrètement : du très sophistiqué quand il le faut, du frugal en masse quand il suffit.

Proposition 145 — La dissuasion française, une sécurité européenne plus large

Ce qui existe. Depuis le Brexit, la France est la seule puissance nucléaire de l’Union européenne ; le Royaume-Uni reste une puissance nucléaire européenne hors UE. En 2026, la dissuasion française représente environ 7,4 Md€, soit de l’ordre de 13 % de la mission Défense. Son financement nucléaire reste aujourd’hui exclusivement français.

Ce que l’on constate. La garantie américaine demeure une composante centrale de l’OTAN, mais l’incertitude politique américaine rend irresponsable l’idée que l’Europe peut éternellement déléguer sa sécurité ultime.

Ce que nous ferons. Ouvrir avec les alliés volontaires un dialogue formel sur la dimension européenne des intérêts vitaux français, sans partager le bouton nucléaire ni diluer la souveraineté de décision. La force et son financement nucléaire restent français ; les partenaires renforcent les couches conventionnelles qui rendent la garantie crédible : défense aérienne, bases, communications, protection, capacités de frappe, renseignement et logistique.

En crise majeure, la montée de l’effort de défense pourra aller très au-delà du niveau de paix ; les scénarios à 6 % du PIB relèvent de la simulation de guerre, pas d’une cible permanente.

Les chiffres. Dissuasion 2026 : ~7,4 Md€. Cyber : la résilience ne se mesure pas en « trois fois les attaques des JO », mais en temps de détection, confinement, restauration et continuité des services critiques — voir proposition 137. Concrètement : décision nucléaire française, sécurité européenne renforcée autour d’elle.

Proposition 146 — L’espace, la cyber et l’intelligence artificielle : gagner la guerre à plusieurs étages

Ce qui existe. La guerre moderne ne se joue plus seulement sur terre, en mer et dans les airs. Elle se joue dans l’orbite, les réseaux, les capteurs, le spectre électromagnétique et les modèles d’intelligence artificielle. La France dispose déjà d’une base : Commandement de l’espace en montée en puissance vers environ 500 postes en 2030, programmes YODA, EGIDE et TOUTATIS, capacités cyber militaires, satellites souverains et accès européen à l’espace. IRIS² doit fournir ses premiers services à partir de 2029 ; l’Allemagne développe en parallèle sa propre constellation militaire, ce qui rend la coordination européenne d’autant plus urgente.

Ce que l’on constate. Les JO de Paris 2024 ont été un exercice grandeur nature. L’ANSSI a recensé 548 événements cyber dont 83 incidents sur la période olympique, avec extorsion, espionnage stratégique et surtout opérations de déstabilisation hacktivistes. Aucune n’a perturbé les Jeux. Le bon enseignement n’est donc pas « il y avait peu d’attaques » : c’est que la préparation exceptionnelle a absorbé une pression exceptionnelle.

Le panorama ANSSI 2024 identifie les acteurs cybercriminels ainsi que des acteurs réputés liés à la Russie et à la Chine parmi les principales menaces systémiques. D’autres puissances comme l’Iran ou la Corée du Nord disposent également de capacités offensives connues. Nous ne prétendrons pas qu’elles ont toutes coordonné une attaque commune contre Paris 2024 sans preuve ; nous partons d’un fait plus solide : les grandes crises attirent simultanément États, proxies, hacktivistes et criminels.

Ce qui nous menace. Une France capable de créer une bulle cyber exceptionnelle pour six semaines, puis de revenir au rythme administratif normal. Or hôpitaux, réseaux électriques, transports, satellites, défense, cloud et administrations critiques sont des JO permanents.

Ce que nous ferons. Transformer le dispositif exceptionnel des Jeux en capacité nationale permanente de cyber-résilience pour les infrastructures critiques : exercices réguliers multi-acteurs, red teams, continuité d’activité, sauvegardes isolées, restauration testée, partage de renseignement temps réel et capacités offensives sous contrôle politique et juridique. L’indicateur ne sera jamais « trois fois plus d’attaques » ; il sera : temps de détection, temps de confinement, temps de restauration, proportion d’actifs critiques testés et capacité à continuer la mission sous attaque.

L’espace. Accélérer YODA, EGIDE, TOUTATIS et les futurs patrouilleurs orbitaux ; mutualiser IRIS² et les constellations nationales plutôt que payer plusieurs souverainetés concurrentes ; garantir accès au lancement, observation, communications et capacité à protéger ou remplacer rapidement un satellite perdu.

L’IA militaire. Modèles souverains ou maîtrisés pour renseignement, imagerie, guerre électronique, logistique, planification et cyber. Les décisions létales restent sous responsabilité humaine et dans le droit des conflits armés.

Et surtout : une DARPA européenne à l’échelle de la menace. La Commission a créé AGILE, programme de 115 millions d’euros destiné à faire passer les technologies de défense du laboratoire au terrain en semaines ou mois. C’est une excellente méthode ; 115 millions n’est pas encore une puissance. Nous voulons faire de JEDI — Joint European Disruptive Initiative — le cœur d’un dispositif européen de rupture articulé avec AGILE, l’European Defence Fund, l’EIC, les armées et les agences nationales.

Notre cible : environ 3,5 milliards d’euros sur la première programmation, soit de l’ordre de trente fois l’enveloppe initiale d’AGILE. Ce budget n’est pas destiné à financer cent programmes administratifs : il doit acheter du risque.

JEDI fonctionnera selon cinq règles :

Priorités : cyber offensif et défensif, IA militaire, quantique, guerre électronique, drones autonomes et anti-drones, spatial, nouveaux matériaux, robotique, biotech militaire, énergie, senseurs et systèmes attritables.

AGILE devient le mécanisme de passage rapide du démonstrateur à l’usage ; l’EIC et les fonds européens accompagnent la scale-up ; la commande militaire européenne devient le débouché. JEDI prend le risque que les autres institutions ne peuvent pas prendre.

Qui y perd, qui y gagne. Y perdent : les programmes de recherche qui survivent dix ans sans produire de capacité et les doublons nationaux protégés par inertie. Y gagnent : chercheurs, startups, armées, industriels et souveraineté européenne.

Pourquoi tout le monde y gagne. L’Europe possède les chercheurs. Elle doit désormais posséder la machine qui transforme une idée risquée en avantage militaire avant les autres.

Les chiffres. Cyber JO 2024 : 548 événements, 83 incidents, aucun impact majeur sur le déroulement. AGILE : 115 M€ dans son lancement 2026-2027. Cible JEDI : 3,5 Md€, ordre de grandeur 30× AGILE, avec portefeuille à haut risque et haut rendement stratégique. Espace : intégrer les +3,9 Md€ supplémentaires de l’actualisation LPM 2026. Concrètement : faire de l’exception cyber des JO une permanence, et de l’innovation de rupture une industrie européenne.

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