Pour nos enfants — le programme intégral

POUR NOS ENFANTS — LE PROGRAMME

CONCLUSION — DU LABEUR, DE L’ADVERSITE, MAIS LA VICTOIRE

Au terme de ce livre, je ne veux pas vous mentir par optimisme, comme on a tant menti par démagogie. Les pages qui précèdent ne promettent pas de miracle ; elles promettent de l’effort. Je n’ai, pour commencer, presque rien d’agréable à vous offrir : du travail, de la patience, quelques renoncements, et la fierté difficile des choses qui durent. Les premières années seront les plus rudes — c’est la loi des redressements, et nous l’avons assumée plutôt que de la farder. On ne relève pas un pays en lui promettant le repos ; on le relève en lui rendant le goût de l’effort.

Mais l’effort n’est pas la peine : c’est une espérance qui retrousse ses manches. Car voici ce que ce livre vous propose vraiment — non pas une saison de réformes, mais un horizon. Le droit, redevenu rare, de penser à trente ans tout en étant dans une démocratie. On admire, chez d’autres peuples, cette capacité à dérouler des plans sur des décennies, à bâtir pour des petits-enfants qu’on ne connaîtra pas. On a tort de croire que cela exige un maître et le silence, un autocrate ou une dictature. Cela n’exige qu’une chose : un cap qui ne change pas à chaque humeur. Nous planterons des arbres dont nous ne verrons pas l’ombre : l’école d’aujourd’hui formera les ingénieurs de 2040, le fonds souverain d’aujourd’hui paiera les retraites d’après-demain, les réacteurs d’aujourd’hui produiront le courant d’un demi-siècle. C’est cela, le long terme à la française : non la patience résignée des sujets, mais la patience choisie des citoyens.

Et puisqu’il faut être franc jusqu’au bout, disons la chose que les hommes politiques ne disent jamais. Ce long terme, je ne le suspends pas à ma personne. Ma réélection n’est pas mon projet ; elle n’est même pas mon souci. Il paraît qu’un candidat qui annonce d’emblée qu’il n’est pas indispensable commet une faute professionnelle : soit, je la commets de bon cœur — c’est peut-être la seule promesse que je sois absolument certain de tenir. Le pouvoir a ceci de commun avec le sel : il donne du goût à tout, et il finit par conserver ceux qui s’y accrochent. J’aimerais qu’on se souvienne de ce que nous aurons fait, non du temps que je serai resté en charge.

Car tout, dans ce livre, est bâti pour vous passer de moi. Les cibles sont publiées, datées, opposables ; les députés de la majorité ont engagé leur propre avenir sur les résultats, et non sur ma longévité. Si, dans cinq ou dix ans, vous êtes lassés de mon visage, remplacez-le : la trajectoire, elle, ne tient pas à un homme. Elle tient à un contrat. C’est la réponse libre à la question que d’autres résolvent par la contrainte -vous pourrez penser loin sans avoir à me garder longtemps.

Alors ne vous laissez pas vendre l’inverse. Méfiez-vous de quiconque vous promettra la récolte pour dans cinq ans : il ment, ou il n’a rien compris à la terre, à l’Homme ni à l’économie. Ce premier mandat est celui des semailles et de la sueur ; la moisson viendra après — peut-être avec moi, probablement sans, et ce sera très bien ainsi. Un pays sérieux ne se juge pas à la vitesse de ses cadeaux, mais à la solidité de ses fondations et à la puissance de ce qu’il transmet.

Le reste, nous savons déjà le faire. Nous avons rebâti une cathédrale en cinq ans, sous les yeux d’un monde qui nous croyait incapables de réparer quoi que ce soit. Ce que nous avons fait pour des pierres, nous saurons le faire pour une nation et sans la brûler d’abord, ni mépriser personne en chemin. Nous ne sommes pas un empire qui commande ; nous sommes une vieille nation qui se relève, et qui a cessé d’avoir honte de vouloir être à nouveau grande.

Il y faudra du sang et des larmes — non ceux que l’on verse, ceux que l’on retient quand l’effort est long et la récompense lointaine. Et puis, au bout, il y aura la victoire. Pas la mienne : la vôtre. Celle de la France ! La seule qui mérite qu’on s’y donne pleinement !

Voilà le sursaut. À vous, maintenant, d’en décider.