CHAPITRE X — L’ÉTAT CATALYSEUR
L’État français ne manque ni de serviteurs dévoués ni de moyens : il manque d’une doctrine. La nôtre tient en une phrase : l’État ne doit pas diriger l’économie, il doit la faciliter par tous les moyens et cesser de se croire stratège là où il n’est que gestionnaire. Moins d’État-administration, plus d’État-service : ce chapitre dit comment. Poste par poste, strate par strate, norme par norme.
Proposition 60 — De 300 000 à 400 000 postes non renouvelés sur le quinquennat, zéro licenciement individuel
Ce qui existe. La fonction publique compte environ 5,9 millions d’agents et une part importante des effectifs approche de la retraite. Cette vague de départs est une occasion historique de redessiner l’État sans casser une seule carrière.
Ce que l’on constate. Le sujet n’est pas seulement « combien d’agents ? », mais « combien de travail humain faut-il pour produire le même service ? ». L’intelligence artificielle, l’automatisation documentaire, la donnée structurée et l’interopérabilité peuvent supprimer des ressaisies, préparer des décisions, traiter des dossiers et rendre du temps aux agents. Mais un outil sans agent formé ne produit aucune productivité : la transformation passe autant par la formation que par le logiciel.
Ce qui nous menace. Si chaque départ est remplacé mécaniquement, nous figeons pour trente ans des organisations conçues avant l’IA générative et nous nous interdisons de mieux payer ceux qui enseignent, soignent, jugent, protègent et accompagnent réellement le public.
Ce que nous ferons. Nous viserons 300 000 à 400 000 postes non renouvelés entre 2028 et 2032, exclusivement par attrition naturelle, suppression de doublons et transformation des processus — zéro licenciement individuel pour raison budgétaire. Professeurs devant élèves, policiers et gendarmes de terrain, soignants, magistrats et fonctions opérationnelles critiques seront sanctuarisés ou renforcés selon les besoins.
Chaque ministère devra d’abord équiper et former ses agents, redessiner ses procédures, puis publier le gain de productivité obtenu avant tout non-remplacement. Les tâches administratives répétitives, de saisie, de contrôle formel, de reporting et de traitement documentaire seront les premières visées.
Qui y perd, qui y gagne. Y perdent : les organigrammes construits autour de tâches que la machine peut absorber. Y gagnent : les agents de terrain, mieux équipés et débarrassés du répétitif ; l’usager, servi plus vite ; le contribuable, lorsque le progrès technique produit enfin un dividende public.
Pourquoi tout le monde y gagne. L’IA n’est pas un gadget posé sur l’État existant : c’est l’occasion de reconstruire ses processus. Faire mieux, plus vite, avec moins de monde là où la technologie le permet — et davantage d’humains là où seule la présence humaine produit le service.
Les chiffres. Objectif : 300 000 à 400 000 non-remplacements sur cinq ans. Économie brute théorique : à 55 000 € de coût chargé moyen, 350 000 postes représentent environ 19 Md€ annuels à plein effet ; l’économie nette sera inférieure après investissement numérique, formation, revalorisations, recrutements ciblés et transition. Condition : aucun poste supprimé sur un benchmark théorique ; le gain doit être mesuré sur le processus réel.
Proposition 61 — Fusionner les départements dans leurs métropoles
Ce qui existe. Sur le même territoire urbain coexistent commune, intercommunalité, département, région, et leurs satellites : quatre guichets, quatre fiscalités, quatre assemblées pour la même crèche, la même route, le même collège. La carte administrative date des calculs de distances à cheval sous Napoléon Ier !
Ce que l’on constate. Lyon a montré la voie en 2015 : la métropole y a absorbé les guichets du département sur son territoire, laissant le département gérer les 208 autres communes… et nul ne demande à revenir en arrière. Une couche en moins pour les 58 communes de Lyon Métropole… Partout ailleurs, le mille-feuille demeure — et chacun de ses étages se justifie par l’existence des autres. L’usager, lui, pleure !
Ce qui nous menace. Des décennies supplémentaires de doublons, de délais et de dilution des responsabilités : quand quatre collectivités sont compétentes, aucune n’est responsable.
Ce que nous ferons. Le modèle lyonnais sera généralisé là où il s’impose : Paris et la petite couronne (les départements 75, 92, 93 et 94 fusionnés dans un Grand Paris de quarante districts comme le propose Clément Beaune en mai 2026), puis le Rhône dans Lyon, le Nord dans Lille, les Bouches-du-Rhône dans Marseille ou l’inverse, d’ailleurs. La carte préfectorale sera refondue en conséquence. Objectif : des métropoles de rang européen, comparables à Barcelone, Munich ou Milan. Mais aussi moins de départements, beaucoup moins de départements !
Qui y perd, qui y gagne. Y perdent : les assemblées départementales concernées, leurs exécutifs, leurs administrations — des mandats et des postes disparaîtront, par fusion et départs naturels, non par licenciement. Y gagnent : les habitants, qui sauront enfin qui décide ; les communes périurbaines et rurales, dont les départements maintenus retrouveront une vocation claire.
Pourquoi tout le monde y gagne. Une strate en moins, c’est un impôt local en moins à terme, des décisions plus rapides, et des métropoles assez fortes pour rivaliser avec leurs égales européennes — ce qui profite à tout le pays qu’elles entraînent. Et ce qui doit remonter à la Région ou redescendre à la ville ne sera pas à périmètre budgétaire constant ! Nous misons sur la technologie et le bon sens !
Les chiffres. Coût : marginal et transitoire (réorganisation), absorbé par les départs naturels. Rapport : une strate de moins, c’est un impôt local en moins à terme — l’économie est déjà comptée dans les ~110 000 postes de suppression de strates de la proposition 60, sans double compte. Inaction : quatre collectivités compétentes pour la même crèche, la même route — donc aucune responsable. Trajectoire : neutre pour la dette de l’État (portée par le levier effectifs) ; gain de lisibilité et de vitesse de décision. Concrètement : le modèle lyonnais de 2015 généralisé — Grand Paris de quarante districts, Lille, Marseille —, des mandats qui disparaissent par fusion, jamais par licenciement.
Proposition 62 — Fermer les agences, faire fondre les codes
Ce qui existe. Des centaines d’agences, d’opérateurs, d’autorités et de comités, créés au fil des ans pour contourner les ministères qu’on n’osait pas réformer. Et des codes juridiques devenus des monuments : nul ne peut plus dire qu’il connaît la loi de son propre pays.
Ce que l’on constate. Chaque agence produit les normes qui justifient son existence ; chaque norme appelle l’agent qui la contrôle. La complexité n’est pas un accident : c’est un écosystème qui se nourrit lui-même, aux frais du contribuable et de l’économie tout entière.
Ce qui nous menace. Un pays où construire une école prend dix ans, où l’artisan renonce à embaucher par peur du formulaire, où l’énergie nationale se dépense en conformité plutôt qu’en création. Et on y est déjà !
Ce que nous ferons. Premier gisement d’économies du mandat, à égalité avec la réduction des normes : la suppression des agences et des doublons, leurs missions utiles réintégrées dans les ministères, les autres éteintes. Et une méthode pour le droit lui-même, faire fondre les codes : pour chaque norme nouvelle, plusieurs supprimées ; chaque code devant être réécrit pour être lu et compris par un citoyen lambda, pas seulement par un cabinet de conseil. Toute mesure qui crée une administration supplémentaire ou produit plus de normes qu’elle n’en supprime sera rejetée d’office.
Qui y perd, qui y gagne. Y perdent : les directions d’agences, les jetons de présence, les rentes de complexité -avocats de la conformité, intermédiaires du formulaire. Y gagnent : les maires, les artisans, les entrepreneurs, les agents publics eux-mêmes, premiers prisonniers des procédures qu’ils appliquent… en gros, tous les Français !
Pourquoi tout le monde y gagne. La norme en moins ne coûte rien et rapporte deux fois : à l’État, qui cesse de payer son contrôle ; au pays, qui récupère le temps et l’argent de s’y conformer. La simplification est le seul impôt négatif qui existe.
Les chiffres. Coût : nul — une suppression d’agences et de normes. Rapport : agences, doublons et normes en moins pèsent environ −10 milliards par an en 2037 (levier « simplification », montée prudente d’un milliard par an). Inaction : un pays où construire une école prend dix ans, où l’énergie nationale se dépense en conformité plutôt qu’en création. Trajectoire : −10 milliards à terme, à égalité avec les effectifs ; effet de croissance potentielle de long terme capté par le moteur. Concrètement : pour chaque norme nouvelle, plusieurs supprimées ; toute mesure qui crée une administration ou produit plus de normes qu’elle n’en supprime, rejetée d’office.
Proposition 63 — La commande publique comme arme industrielle
Ce qui existe. L’État français achète chaque année pour des dizaines de milliards de biens et de services, en s’imposant des procédures si lentes et si timorées que ses achats n’orientent rien, quand ils ne vont pas, par défaut, à des fournisseurs étrangers. Par ailleurs les catalogues de fournisseurs publiques présentent des tarifs largement au-dessus de ceux pratiqués sur le marché au prétexte d’une « sélection » préalable !
Ce que l’on constate. Les États-Unis ont bâti leur avance technologique sur leur agence de recherche militaire, la DARPA, et sur des contrats publics massifs passés à leurs jeunes entreprises : l’État Fédéral américain est le premier client de son industrie d’avenir. L’État français, lui, se croit stratège et achète comme un comptable, des agrafeuses libellées « validées pour les ministères » !
Ce qui nous menace. Une souveraineté technologique qui s’évapore marché public après marché public : cloud, SaaS, logiciels, intelligence artificielle — chaque contrat passé ailleurs finance les champions des autres. On l’a bien senti en 2026 !
Ce que nous ferons. La commande publique deviendra un outil industriel assumé, sur le modèle de la DARPA ou de JEDI (en Europe) : des appels d’offres rapides, des prototypes payés, des contrats qui font grandir nos entreprises — avec une préférence nationale et européenne explicite. L’intelligence artificielle de l’État s’appuiera sur les champions français et européens, Mistral, OVH et d’autres en tête. Les procédures d’achat de la défense seront simplifiées en priorité.
Qui y perd, qui y gagne. Y perdent : les fournisseurs extra-européens installés dans nos ministères, et le confort juridique du moins-disant systématique. Y gagnent : les entreprises françaises et européennes de technologie, qui trouvent enfin un premier client de bonne taille et une expression du marché unique ; et l’État, qui cesse de financer sa propre dépendance.
Pourquoi tout le monde y gagne. Chaque euro public orienté vers notre industrie revient en emplois, en impôts et en souveraineté. L’Amérique ne s’en est jamais cachée ; il est temps de cesser d’être les seuls à jouer ce jeu sans les mêmes règles.
Les chiffres. Coût : nul en argent neuf — une réorientation de dizaines de milliards d’achats publics déjà engagés. Rapport : chaque euro fléché vers l’industrie française et européenne revient en emplois, en impôts et en souveraineté (effet diffus, non chiffré en recette directe). Inaction : une souveraineté technologique qui s’évapore marché après marché — cloud, logiciels, IA financent les champions des autres. Trajectoire : neutre pour la dette (même argent, mieux dépensé) ; gain industriel et de croissance. Concrètement : le modèle DARPA — appels d’offres rapides, prototypes payés, préférence européenne assumée —, et la fin des catalogues publics affichés au-dessus des prix du marché.
Proposition 64 — L’intelligence artificielle dans tous les ministères : équiper, former, transformer
Ce qui existe. L’État a franchi une étape : depuis le 16 juin 2026, un cadre interministériel commun encadre l’usage de l’IA générative par les agents. C’est nécessaire, mais ce n’est que le début. Donner accès à un chatbot ne transforme pas une administration ; il faut revoir les processus, connecter les données, équiper les métiers et former les personnes.
Ce que l’on constate. Le sujet tient en trois mots : données, outils, humains. Des données mal structurées donnent une mauvaise IA. Un excellent modèle sans intégration métier reste un gadget. Et un agent non formé n’emploie qu’une fraction de l’outil — ou l’emploie mal. La productivité naît de l’ensemble : dossiers préparés automatiquement, courriers et actes pré-rédigés, contrôles ciblés, synthèses instantanées, recherche documentaire, détection d’anomalies, agents conversationnels internes, automatisation des tâches répétitives et interopérabilité entre services.
Ce qui nous menace. Le pire scénario n’est pas que l’IA remplace l’administration ; c’est qu’elle transforme toute l’économie pendant que l’administration conserve les mêmes procédures, les mêmes formulaires et les mêmes effectifs pour produire le même service. Nous paierions alors deux fois : les outils et l’organisation ancienne.
Ce que nous ferons. Chaque ministère disposera d’une feuille de route IA transverse avec trois obligations.
Équiper. Chaque métier pour lequel un gain est démontrable disposera d’un assistant adapté : justice, finances publiques, police, préfectures, santé, ressources humaines, achats, contrôle, rédaction juridique, relation usager. Nous choisirons le meilleur outil compatible avec le niveau de sensibilité de la mission — Mistral, ChapsVision ou d’autres solutions européennes lorsqu’elles sont au meilleur niveau et que la souveraineté est nécessaire ; solutions internationales lorsque le risque l’autorise et qu’elles sont meilleures ; modèles open-weight exécutés sur nos propres infrastructures lorsqu’il faut conjuguer performance, maîtrise des données et indépendance.
Former. Tout agent équipé sera formé sur temps de travail : compréhension du modèle, vérification des résultats, protection des données, prompt et workflows métier, limites et responsabilités. La formation ne sera pas un MOOC envoyé par mail mais une compétence professionnelle évaluée et entretenue.
Transformer. Aucun ministère ne se contentera d’ajouter de l’IA à une procédure absurde. Les processus seront redessinés : une donnée saisie une fois, un dossier préparé automatiquement, une décision juridiquement sensible conservée sous responsabilité humaine. L’IA prépare, recherche, détecte, classe et propose ; l’humain décide lorsque des droits, une sanction ou une liberté sont en jeu.
Qui y perd, qui y gagne. Y perdent : la ressaisie, le formulaire, les tâches répétitives et les effectifs que ces tâches justifiaient. Y gagnent : les agents, rendus à leur expertise ; les usagers, servis en heures ou jours plutôt qu’en semaines ; et le contribuable, parce que les gains de productivité nourrissent directement la trajectoire de non-remplacement de la proposition 12.
Pourquoi tout le monde y gagne. C’est le levier transversal du programme. L’IA doit permettre à l’État de faire mieux, plus vite et, dans de nombreux processus, avec moins de monde. Mais ce dividende n’existe qu’après investissement dans les hommes : l’outil et la formation sont les deux faces de la même réforme.
Les chiffres. Coût : investissement significatif en licences, intégration, données, calcul, cybersécurité et formation ; pas une dépense marginale. Rapport : les gains ne sont pas additionnés deux fois ; ils permettent la simplification et le non-remplacement de 300 000 à 400 000 postes ciblés sur le quinquennat. Pilotage : chaque grand processus publiera avant/après — temps de traitement, taux d’erreur, satisfaction, coût unitaire et temps humain économisé. Concrètement : aucun agent sans outil lorsqu’il est utile ; aucun outil sans formation ; aucun poste supprimé sans productivité mesurée.
Proposition 65 — Le vote obligatoire, le vote blanc compté
Ce qui existe. L’abstention progresse scrutin après scrutin ; le vote blanc est compté à part mais ne produit aucun effet. Des élus tirent leur légitimité d’un électeur sur quatre, et chacun feint de l’ignorer.
Ce que l’on constate. L’abstention n’est pas seulement une fatigue : c’est une information que le système refuse d’entendre. Et le vote blanc — se déplacer pour dire « aucun » — est l’expression civique la plus exigeante qui soit ; nous la traitons comme un bulletin nul.
Ce qui nous menace. Une démocratie qui parle de moins en moins au nom de tous, où la légitimité des décisions s’érode jusqu’au jour où elle se conteste dans la rue plutôt que dans l’urne.
Ce que nous ferons. Le vote sera obligatoire, comme en Belgique, et le vote blanc pleinement reconnu, selon une règle claire. Lors d’un référendum : si le blanc est majoritaire, le scrutin est annulé — le peuple a répondu « ni l’un ni l’autre », et cette réponse s’impose. Lors des élections : le résultat demeure, mais le score du blanc est publié comme une information clé sur la légitimité des élus — un mandat acquis avec un tiers de bulletins blancs ne se gouverne pas comme un mandat plébiscité.
Qui y perd, qui y gagne. Y perdent : les machines électorales qui prospèrent sur la démobilisation adverse, et le confort de l’abstention comme refuge sans conséquence. Y gagnent : les citoyens qui votaient déjà, dont la voix cesse d’être noyée dans le silence des autres ; et ceux qui ne votaient plus, à qui l’on rend un instrument pour dire « non » sans déserter. Voire pour les faire retourner aux urnes !
Pourquoi tout le monde y gagne. Un pays où tout le monde vote est un pays où chaque colère est chiffrée, où chaque adhésion se mesure. La démocratie ne craint pas l’expression du désaccord ; elle meurt de son enfouissement.
Les chiffres. Coût : marginal — l’organisation d’un vote qui existe déjà, de l’ordre de quelques dizaines de millions d’euros. Rapport : aucune recette, un gain de légitimité démocratique non monétisable. Inaction : des élus tirant leur mandat d’un électeur sur quatre, et une légitimité qui s’érode jusqu’à se contester dans la rue plutôt que dans l’urne. Trajectoire : négligeable pour la dette. Concrètement : au référendum, le blanc majoritaire annule le scrutin ; aux élections, son score est publié comme mesure de la légitimité — un mandat acquis avec un tiers de blancs ne se gouverne pas comme un plébiscite.
Proposition 66 — Le droit que chacun peut lire : reconstruire par les principes
Ce qui existe. La France compte des centaines de milliers de normes empilées, et nul (ni le citoyen, ni l’entrepreneur, ni souvent l’administration elle-même) ne peut prétendre connaître la loi de son pays. Depuis Pompidou demandant qu’on « cesse d’emmerder les Français », chaque gouvernement a promis la simplification ; aucun n’a osé la méthode qui l’obtiendrait.
Ce que l’on constate. Toutes les politiques de simplification échouent pour la même raison : elles partent des normes à retirer, une à une, et se noient dans l’inventaire. Pendant qu’une commission débat de la suppression d’un décret, dix naissent ailleurs. On taille les branches d’un arbre qui repousse plus vite qu’on ne l’élague.
Ce qui nous menace. Un pays où construire une école prend dix ans, où l’artisan renonce à embaucher par peur du formulaire, et où la complexité, loin d’être un accident, protège ceux qui savent en jouer contre ceux qui la subissent.
Ce que nous ferons. Renverser la méthode, sur une idée empruntée à Gaspard Koenig : ne plus décider ce qu’on retire, mais ce qu’on garde. On remontera aux principes de chaque code — eux seuls auront valeur de loi —, et l’on traitera les centaines de milliers de normes comme un échafaudage que l’on retire pour revoir la maison. Au terme d’un travail de deux à trois ans, chaque grand domaine du droit tiendra dans un texte de principes qu’un citoyen peut lire et comprendre — pas seulement un cabinet de conseil. Entre particuliers, on se réglera sur ces principes clairs, dans un espace de confiance et non de soupçon ; le juge n’interviendra qu’en cas d’erreur ou de litige manifeste. Une exception, et elle est de principe : le droit pénal gardera sa complexité procédurale — car cette complexité protège le plus faible et l’accusé. Simplifier n’est pas déréguler ; c’est rendre la règle lisible à ceux qui doivent y obéir.
Qui y perd, qui y gagne. Y perdent : les rentes de l’illisibilité — l’intermédiaire du formulaire, le spécialiste de la niche, l’administration qui se justifie par la norme qu’elle produit. Y gagnent : le citoyen, qui retrouve un droit qu’il peut connaître ; l’entrepreneur, qui ose ; et l’agent public, premier prisonnier des procédures qu’il applique. Tout comme l’action collective qui peut reprendre de la vitesse.
Pourquoi tout le monde y gagne. Un peuple qui connaît sa loi est un peuple qui peut à la fois lui obéir et la contester ; les deux supposent qu’on la comprenne. Rendre le droit lisible n’est pas une affaire de paperasse : c’est, comme le dit Koenig, un projet de civilisation, celui d’une République qui fait de nouveau confiance à ses citoyens plutôt qu’à ses contrôleurs.
Les chiffres. Coût : nul — une méthode de gouvernement, pas une dépense ; un travail politique de deux à trois ans. Rapport : elle démultiplie la « simplification » (proposition 62) en s’attaquant au stock entier plutôt qu’aux normes une à une ; économies de conformité diffuses, au-delà des −10 milliards budgétaires. Inaction : un droit que nul ne connaît plus, où la complexité protège ceux qui savent en jouer contre ceux qui la subissent. Trajectoire : renforce la trajectoire de la proposition 62, sans double compte. Concrètement : Notre-Dame rebâtie en moins de cinq ans en faisant fi de certaines complexités — la preuve, à l’échelle, qu’on peut décider ce qu’on garde plutôt que ce qu’on retire.
Proposition 67 — La souveraineté de l’intelligence artificielle : choisir, posséder, pouvoir changer
Ce qui existe. Les modèles les plus puissants viennent encore largement des États-Unis et de Chine, tandis que l’Europe dispose désormais d’acteurs de haut niveau — Mistral, des spécialistes de la donnée et du traitement souverain comme ChapsVision, des fournisseurs de calcul et de cloud comme OVHcloud, et une chaîne industrielle en construction. Surtout, la frontière entre modèle propriétaire et modèle contrôlable bouge à une vitesse spectaculaire.
Le 27 juillet 2026, Moonshot AI a publié les poids de Kimi K3, un modèle de 2,8 billions de paramètres dont environ 104 milliards sont actifs par token. Les poids publiés représentent de l’ordre de 1,56 téraoctet : ce n’est pas un modèle que chaque fonctionnaire fera tourner sur son PC, mais c’est un modèle frontière que des organisations peuvent télécharger et exécuter sur leur propre infrastructure, sans envoyer leurs données à une API distante. L’événement montre à quelle vitesse la performance de pointe devient déployable hors des plateformes fermées.
Ce que l’on constate. La souveraineté ne consiste pas à tout acheter français. Elle consiste à ne jamais dépendre d’un fournisseur que l’on ne peut ni remplacer, ni auditer, ni faire fonctionner sans sa permission lorsque la mission est critique. Pour un brouillon administratif banal, le meilleur modèle mondial peut être le bon choix. Pour du renseignement, une base de santé, une politique industrielle ou des secrets d’entreprise, le contrôle de l’inférence, des données et des clés devient décisif.
Et il faut distinguer les mots : open-weight ne signifie pas toujours open source intégral. Les poids téléchargeables permettent toutefois une chose essentielle : héberger, adapter, quantifier, fine-tuner et construire sur le modèle sans dépendre à chaque requête du fournisseur d’origine, sous réserve de la licence et des moyens de calcul.
Ce qui nous menace. Deux erreurs symétriques : la naïveté du « tout cloud américain » et le nationalisme technologique qui imposerait un outil français inférieur à tous les usages. Dans les deux cas, l’État sacrifie soit son autonomie, soit sa productivité.
Ce que nous ferons. Une doctrine par niveau de risque.
- Usage courant non sensible : concurrence ouverte ; le meilleur rapport performance/coût gagne.
- Données sensibles ou missions critiques : préférence forte pour les solutions européennes de haut niveau et les architectures où nous contrôlons données, clés et exploitation.
- Secret, défense, santé critique, renseignement, cœur de l’État : modèles et systèmes exploitables sur infrastructure souveraine, avec possibilité d’exécution locale/on-premise et sans dépendance opérationnelle à une API tierce.
- Open-weight : priorité lorsque la performance le permet, afin de pouvoir changer d’hébergeur, adapter le modèle et maintenir le service même si un fournisseur change de politique.
Nous soutiendrons Mistral, ChapsVision, OVHcloud et les acteurs européens du calcul lorsqu’ils sont compétitifs, non parce qu’ils portent un drapeau mais parce qu’un écosystème européen puissant nous donne le choix. La commande publique achètera de la souveraineté là où elle a une valeur ; elle n’achètera jamais de la médiocrité au nom de la souveraineté.
Qui y perd, qui y gagne. Y perdent : les monopoles et le verrouillage fournisseur. Y gagnent : les agents publics, les entreprises, les chercheurs et les citoyens, qui bénéficient de modèles de pointe sans avoir à céder partout le contrôle de leurs données.
Pourquoi tout le monde y gagne. La vraie souveraineté est une option de sortie. Pouvoir exécuter le modèle ailleurs, changer de fournisseur, conserver les poids et les données, voilà ce qui transforme une technologie louée en infrastructure maîtrisée.
Les chiffres. Coût : investissement réel dans le calcul, l’hébergement, l’intégration et les compétences ; mutualisé avec le cloud, la commande publique et le fonds souverain. Rapport : accès aux meilleurs modèles sans dépendance unique, et possibilité de déploiement local pour les usages sensibles. Concrètement : souveraineté lorsque le risque l’exige, performance partout — jamais l’une contre l’autre.
Proposition 68 — Le cloud souverain : réserver la souveraineté aux données qui la nécessitent, construire la capacité pour toutes
Ce qui existe. Les trois grands hyperscalers américains représentent l’essentiel du marché cloud européen. La localisation d’un datacenter en Europe ne suffit pas à éliminer le risque juridique d’extraterritorialité lorsque le fournisseur reste soumis au droit d’un pays tiers. En parallèle, l’essor des modèles open-weight rend le contrôle de l’infrastructure de calcul encore plus stratégique : posséder les poids n’a de valeur que si l’on peut réellement les exécuter.
Ce que l’on constate. Toutes les données n’ont pas besoin du même niveau de souveraineté. Imposer le cloud souverain à tout bout de champ ralentirait la transformation et renchérirait inutilement certains usages. À l’inverse, placer des données de santé critiques, du renseignement, des secrets industriels ou le cœur administratif de l’État dans une architecture que nous ne maîtrisons pas est une dépendance stratégique.
Ce que nous ferons. Classer les usages par criticité. Pour les données ordinaires : concurrence, performance et coût. Pour les données sensibles : exigences renforcées de contrôle juridique et opérationnel. Pour les données critiques : hébergement et exploitation sous juridiction européenne, contrôle des clés, chaîne de sous-traitance maîtrisée et capacité à fonctionner sans autorisation d’une société hors d’Europe.
Nous investirons dans un marché européen de cloud et de calcul, et dans des infrastructures capables d’héberger les modèles de nouvelle génération — propriétaires européens ou open-weight mondiaux — afin qu’une administration, un hôpital, une banque ou une entreprise puisse utiliser un modèle frontière chez elle ou sur un cloud européen contrôlé lorsque le risque l’exige.
Qui y perd, qui y gagne. Y perdent : le verrouillage systématique et l’achat par habitude. Y gagnent : nos organisations, qui choisissent l’architecture en fonction du risque plutôt que du logo du fournisseur.
Pourquoi tout le monde y gagne. La souveraineté bien conçue n’est pas un frein à l’IA : elle élargit les cas d’usage possibles. Plus les modèles open-weight deviennent performants, plus la capacité européenne de calcul devient une assurance d’indépendance et un accélérateur de déploiement.
Les chiffres. Coût : investissement significatif dans les centres de données, le calcul, le réseau, la cybersécurité et les migrations ; une partie remplace des dépenses cloud existantes. Rapport : réduction du risque juridique et possibilité de déployer localement des modèles de haut niveau sur les données que l’on ne veut jamais voir quitter l’organisation. Concrètement : souveraineté ciblée sur les données critiques, liberté de choix ailleurs.