CHAPITRE VII — LE TRAVAIL ET LA FICHE DE PAIE
L’école forme les talents ; encore faut-il que le travail les récompense. Or la France est le pays où l’écart entre ce que l’employeur paie et ce que le salarié touche est le plus béant d’Europe — et où l’on taxe l’usine avant même qu’elle ait produit. Ce chapitre repose sur une conviction simple, qui ordonnera tout le mandat : il faut créer la richesse avant de pouvoir la redistribuer. Dans cet ordre, et dans aucun autre.
Et cette fiche de paie illisible dit, à elle seule, le désordre que nous voulons réparer. La doctrine de l’« État-prévoyance » de Claude Tendil et Augustin de Romanet, que nous avons adoptée comme un fil de tout le livre, tient en une distinction que notre bulletin de salaire a fini par perdre : d’un côté l’impôt, qui finance la solidarité de la nation entière contre ce que nul ne peut maîtriser ; de l’autre la cotisation, qui ouvre des droits personnels contre les aléas d’un parcours. Tout mêler, comme nous le faisons depuis quarante ans, c’est rendre le travail à la fois trop cher et incompréhensible : nul ne sait plus ce qu’il paie, ni au bénéfice de qui. Remettre chaque prélèvement à sa place — l’impôt à la solidarité, la cotisation au droit — n’est pas une coquetterie comptable : c’est la condition pour que produire redevienne payant et que protéger redevienne lisible. Tout ce chapitre en découle.
Proposition 39 — Supprimer les impôts de production, contre engagement
Ce qui existe. La France prélève encore des impôts qui frappent l’acte de produire avant même le bénéfice : masse salariale, capital productif, chiffre d’affaires ou valeur ajoutée. La DGFiP chiffre l’ensemble des impôts de production à environ 96 milliards d’euros en 2024. Parmi eux, environ 12,1 milliards correspondent au versement mobilité, affecté au financement des transports publics.
Ce que l’on constate. Une entreprise installée en France supporte donc une fiscalité qui pèse sur sa production indépendamment de sa rentabilité. Nous voulons rompre avec cette logique, sans priver les territoires des ressources qui financent les mobilités permettant précisément aux salariés d’aller travailler.
Ce qui nous menace. Continuer à taxer l’acte de produire entretient un handicap de compétitivité, réduit les marges d’investissement et affaiblit l’attractivité industrielle. La fiscalité doit intervenir sur le revenu, le bénéfice, la consommation ou la rente — pas punir l’existence même de l’outil de production.
Ce que nous ferons. Nous supprimerons la quasi-totalité des impôts de production, à l’exception des versements explicitement affectés au financement des mobilités et transports publics. À structure 2024, cela représente un ordre de grandeur d’environ 84 milliards d’euros par an. La baisse sera montée progressivement de 2028 à 2032. Et cette remise sera conditionnée : une part devra se traduire en hausses de salaires et une part en compétitivité-prix, investissement, décarbonation ou modernisation productive. Pas de contrepartie, pas de baisse.
Qui y perd, qui y gagne. Y perd l’État et les collectivités qui bénéficiaient des autres prélèvements de production, compensés par la trajectoire générale du programme. Y perdent aussi les entreprises qui auraient voulu transformer la baisse en simple distribution financière : la condition l’interdit. Y gagnent les salariés, l’industrie, l’investissement productif et les territoires qui accueillent des activités.
Pourquoi tout le monde y gagne. Nous ne rabotons pas une fiscalité illisible : nous supprimons une catégorie de prélèvements qui taxe le fait même de produire. Seule exception : la contribution qui finance les transports collectifs, parce qu’elle soutient directement l’activité économique et la mobilité des salariés.
Les chiffres. Coût brut : environ 84 milliards d’euros par an à terme, sur la base de 96 milliards d’impôts de production en 2024 moins environ 12,1 milliards de versement mobilité, hors nouveaux versements régionaux à actualiser. Rapport : retour fiscal et macroéconomique simulé par le moteur, non présenté ici comme une constante universelle ; la contrepartie salariale et productive sera opposable. Inaction : maintien d’une fiscalité élevée sur la production indépendamment du bénéfice. Trajectoire : montée progressive 2028-2032 ; la marge budgétaire est améliorée d’environ 16 milliards par rapport à l’ancienne hypothèse de 100 milliards supprimés. Concrètement : tous les impôts de production disparaissent, sauf ceux qui financent directement les mobilités et transports publics.
Proposition 40 — La TVA sociale : faire payer les importations, alléger le travail
Ce qui existe. Notre protection sociale est financée d’abord par des cotisations assises sur les salaires. Plus on emploie, plus on paie ; plus on importe, moins on contribue. C’est très bête !
Ce que l’on constate. Un produit fabriqué en France porte dans son prix le financement de notre modèle social. Le même produit importé n’en porte rien. Nous avons construit, sans le vouloir, une prime fiscale à la délocalisation.
Ce qui nous menace. Un cercle vicieux : moins d’emplois en France, donc moins de cotisations, donc des taux plus lourds sur les emplois restants, donc encore moins d’emplois. Ce mécanisme tourne depuis quarante ans.
Ce que nous ferons. Trois points de TVA supplémentaires, montés progressivement sur le quinquennat, intégralement affectés à la baisse des cotisations pesant sur le travail. Le financement de la protection sociale glissera, pour partie, du salaire vers la consommation — y compris la consommation de produits importés, qui contribueront enfin.
Qui y perd, qui y gagne. Y perdent, et il faut le dire sans détour : les consommateurs, qui verront certains prix monter modérément, et notamment les retraités, qui consomment sans cotiser sur un salaire. Y gagnent : tous les actifs, dont le travail coûte moins cher et rapporte davantage ; les producteurs installés en France, qui cessent d’être pénalisés face à l’importation.
Pourquoi tout le monde y gagne. L’Allemagne a fait ce choix en 2007 et son industrie s’en souvient. Quand le travail redevient compétitif, l’emploi remonte, les salaires suivent, et la consommation -un temps freinée- repart plus fort qu’elle n’avait ralenti. On déplace l’impôt ; on ne l’alourdit pas.
Les chiffres. Coût : un effet-prix transitoire (+1,0 à +1,3 point cumulé du fait du troisième point, senti surtout des retraités, qui consomment sans cotiser sur un salaire), en partie compensé par la baisse des coûts de production de la proposition 6. Rapport : trois points de TVA (~31 milliards) affectés à la baisse des cotisations ; conditionnée aux hausses de salaire et à l’investissement, elle déclenche ~30 % de retour fiscal → +9 milliards nets à terme. Inaction : la prime fiscale à la délocalisation, et le cercle vicieux de l’emploi érodé depuis quarante ans. Trajectoire : +9 milliards nets montant de 2028 à 2032 ; dette 2037 autour de 108 %. Concrètement : l’Allemagne a fait ce choix en 2007, son industrie s’en souvient — on déplace l’impôt du travail vers la consommation, importations comprises, on ne l’alourdit pas.
Proposition 41 — Plafonner les prélèvements au-dessus de 7 000 euros par mois
Ce qui existe. Au-delà d’un certain revenu, chaque euro supplémentaire gagné en France est majoritairement capté par les prélèvements. Le pays affiche les taux marginaux parmi les plus élevés du monde développé.
Ce que l’on constate. Nos ingénieurs, nos médecins, nos chercheurs, nos créateurs d’entreprise reçoivent des offres de Londres, de Zurich, de Dubaï ou de Boston. Beaucoup partent. Nous formons des talents à grands frais publics, puis nous organisons fiscalement leur départ.
Ce qui nous menace. Un pays qui perd ses talents perd ses centres de décision, ses laboratoires, ses sièges sociaux — puis ses recettes fiscales elles-mêmes. L’exil des plus productifs est l’impôt le plus coûteux de tous : il ne rapporte rien et il nous appauvrit tous !
Ce que nous ferons. Au-dessus de 7 000 euros de revenu mensuel, les prélèvements seront plafonnés. Le message tient en une phrase : en France, réussir par son travail ne sera plus puni. Cette mesure entrera en vigueur dès 2028, parmi les premières du mandat, parce qu’elle conditionne le retour des talents et des sièges.
Qui y perd, qui y gagne. Y perd : l’apparence d’une progressivité sans limite, à laquelle certains tiennent comme à un symbole — quitte à ce qu’elle ne s’applique plus qu’à ceux qui sont restés. Y gagnent : les hauts salaires, évidemment ; mais surtout le pays, qui retient et attire ceux dont l’activité en fait vivre beaucoup d’autres. Et les salaires médians qui perdent de leur intérêt quand on peut payer mieux, à charges proportionnellement décroissantes !
Pourquoi tout le monde y gagne. Un talent qui reste paie ses impôts ici, emploie ici, investit ici. Un talent qui part ne paie rien du tout. Entre un taux théorique élevé sur une assiette qui fuit et un taux plafonné sur une assiette qui revient, le choix n’est pas idéologique : il est arithmétique.
Les chiffres. Coût : environ −4 milliards (coût statique, seuil abaissé à 7 000 euros), assumé dès 2028. Rapport : un retour d’attractivité — talents, sièges, laboratoires retenus ou rapatriés —, diffus mais réel, capté par les multiplicateurs du moteur. Inaction : l’exil des plus productifs — un talent qui part ne paie rien du tout, là où un talent qui reste paie, emploie et investit ici. Trajectoire : −4 milliards, modéré, engagé dès 2028 car il conditionne le retour des sièges. Concrètement : entre un taux théorique élevé sur une assiette qui fuit et un taux plafonné sur une assiette qui revient, le choix est arithmétique, pas idéologique.
Proposition 42 — Alléger les bas salaires : que le travail paie toujours plus que l’inactivité
Ce qui existe. Autour du salaire minimum, les prélèvements et la perte des aides sociales se conjuguent : pour beaucoup de salariés modestes, travailler davantage rapporte à peine plus — parfois moins — que rester au seuil.
Ce que l’on constate. Des employeurs qui ne trouvent pas de bras, des salariés qui refusent des heures, des temps partiels subis qui n’osent pas devenir des temps pleins : ce n’est pas de la paresse, c’est du calcul. Le système rend le calcul rationnel.
Ce qui nous menace. Une société coupée en deux : ceux qui travaillent et ont le sentiment de payer pour tout, ceux qui n’y trouvent plus d’intérêt et qu’on assigne à la lisière. C’est le terreau de tous les ressentiments politiques.
Ce que nous ferons. Dès 2028, des allègements ciblés sur les bas salaires, pour que chaque heure travaillée se traduise par un gain net, visible sur la fiche de paie. La question qui guidera chaque arbitrage est celle-ci : qu’est-ce qui change pour l’aide-soignante, le chauffeur, l’artisan ? Si la réponse est « rien », la mesure ne passera pas.
Qui y perd, qui y gagne. Y perd : le budget de l’État, à court terme, qui devra compenser par les économies décrites au chapitre suivant. Y gagnent : les millions de salariés modestes, premiers concernés ; les employeurs, qui retrouvent des candidats ; les comptes sociaux, que chaque heure travaillée en plus vient nourrir.
Pourquoi tout le monde y gagne. Un pays où le travail paie est un pays où l’on travaille. Chaque trappe refermée transforme une dépense sociale en cotisation, un découragement en projet. C’est la réforme la plus populaire de ce livre — et l’une des plus rentables.
Les chiffres. Coût : −4 milliards à terme (allègements ciblés au-delà des quelque 80 milliards par an déjà existants), dès 2028. Rapport : chaque heure travaillée en plus se transforme en cotisation, et des candidats reviennent pour les employeurs. Inaction : autour du SMIC, travailler davantage rapporte parfois moins que rester au seuil — ce n’est pas de la paresse, c’est un calcul que le système rend rationnel. Trajectoire : −4 milliards à court terme, parmi les dépenses les plus vite remboursées du livre (emploi et cotisations enclenchés). Concrètement : un gain net visible sur la fiche de paie de l’aide-soignante, du chauffeur, de l’artisan — sinon la mesure ne passe pas.
Proposition 43 — Raboter les niches qui ne servent à rien : douze milliards récupérés
Ce qui existe. Des centaines de niches fiscales, sédimentées au fil des alternances, dont personne n’évalue plus le rendement. Certaines sont utiles. D’autres ne sont que des rentes : on les maintient parce qu’elles existent.
Ce que l’on constate. Le pacte Dutreil exonère la transmission d’entreprises bien au-delà de ce qu’exige la survie des entreprises familiales. La TVA réduite de la restauration n’a tenu ni ses promesses de prix ni ses promesses d’emploi. La défiscalisation des heures supplémentaires coûte plus qu’elle ne crée. Les remboursements de taxe sur les carburants subventionnent, à contre-courant de tous nos engagements, la consommation d’énergies fossiles.
Ce qui nous menace. Un impôt général élevé pour financer des exemptions particulières : c’est l’exact contraire d’une fiscalité juste. Tant que les niches prospèrent, les taux ne peuvent pas baisser pour tout le monde.
Ce que nous ferons. Un rabot ciblé sur ces quatre niches — Dutreil ramené à sa vocation, TVA de la restauration partiellement relevée, défiscalisation des heures supplémentaires réduite, remboursements de carburants fossiles éteints progressivement — pour un rendement de douze milliards d’euros, intégralement affectés au financement des baisses de ce chapitre.
Qui y perd, qui y gagne. Y perdent, nommément : les héritiers des plus grosses transmissions, les restaurateurs, les salariés qui défiscalisaient leurs heures supplémentaires, les transporteurs au gazole détaxé. Ce livre ne le leur cache pas. Y gagnent : tous les contribuables qui ne logeaient dans aucune niche — c’est-à-dire l’immense majorité.
Pourquoi tout le monde y gagne. Une niche rabotée, c’est un taux général qui peut baisser. À terme, mieux vaut pour chacun un impôt simple et modéré qu’un impôt lourd percé d’exceptions réservées aux mieux conseillés.
Les chiffres. Coût : nul — c’est une recette. Rapport : +12 milliards à terme — Dutreil recentré ~3, TVA de la restauration ~3, heures supplémentaires ~2, gazole professionnel ~2,5, divers ~1,5 —, sur un gisement documenté de 15 à 20 milliards (Cour des comptes, Conseil des prélèvements obligatoires, Institut des politiques publiques). Inaction : un impôt général élevé pour financer des exemptions particulières réservées aux mieux conseillés. Trajectoire : +12 milliards montant de 2028 à 2032, fléchés au financement des baisses du chapitre. Concrètement : quatre niches nommées — Dutreil, restauration, heures supplémentaires, gazole détaxé — ; l’immense majorité, qui ne logeait dans aucune, y gagne un impôt plus simple.
Proposition 44 — Aller au bout des niches : pensions, domicile, diesel et pavillon
Ce qui existe. Après les quatre niches de la proposition précédente, un second gisement demeure — plus délicat, parce qu’il touche des contribuables plus nombreux et plus sympathiques. Un abattement de 10 % sur les pensions (4,8 milliards) qui imite une déduction de frais professionnels que les retraités n’ont pourtant pas. Un crédit d’impôt pour l’emploi à domicile (environ 7,2 milliards en 2026) qui bénéficie autant aux foyers très aisés qu’aux familles qui en ont besoin pour travailler. Des tarifs réduits de taxe sur les carburants qui subventionnent encore le diesel. Et un régime du tonnage qui laisse de très profitables armateurs payer un impôt sur les sociétés quasi nul.
Ce que l’on constate. Tant qu’on épargne les niches confortables, on demande tout l’effort aux mêmes -au travail, à l’entreprise- et l’on entretient l’idée que jamais l’effort n’est partagé. Or « tout le monde paiera un peu » n’est une promesse tenue que si elle vaut aussi pour les retraités aisés, le diesel professionnel et le pavillon de cargos.
Ce qui nous menace. Une fiscalité qui frappe toujours la production et jamais la rente confortable finit par dresser les actifs contre les inactifs, et par nourrir le sentiment d’un effort à sens unique — le carburant des colères.
Ce que nous ferons. Quatre gestes, et une chose que nous ne ferons pas. Premier geste : la fin de l’abattement de 10 % sur les pensions — la contribution des retraités d’aujourd’hui à la retraite de ceux qui le seront demain, aux mêmes conditions. Elle ne touche que les retraités imposables, soit la moitié supérieure ; les pensions modestes, non imposables, n’y perdent rien. Deuxième geste : le crédit d’impôt pour l’emploi à domicile reciblé — son taux ramené de 50 à 40 %, supprimé au-dessus du seuil des hauts revenus (de l’ordre de 9 000 euros par mois pour une famille de deux enfants), mais majoré pour les foyers monoparentaux, qui ne travaillent souvent que parce qu’ils font garder leurs enfants. Troisième geste : l’extinction complète, en cinq ans, des tarifs réduits sur les carburants fossiles. Quatrième geste : le régime du tonnage maritime ne sera pas supprimé -il est européen, et le défaire seul ferait fuir le pavillon France- mais sa faveur sera conditionnée, à l’échelle de l’Union, au réinvestissement dans la décarbonation de la flotte et les commandes passées dans les chantiers navals européens : le privilège se mérite. Et la chose que nous ne ferons pas : toucher au mécénat. Le don des particuliers et le soutien aux associations restent intacts — on ne taxe pas la générosité.
Qui y perd, qui y gagne. Y perdent, nommément : les retraités imposables, d’un dixième de leur abattement ; les foyers très aisés qui défiscalisaient un emploi de maison ; le diesel professionnel ; l’armateur qui ne réinvestit pas. Y gagnent : les familles monoparentales, dont l’aide est majorée ; les actifs, à qui l’on cesse de tout demander ; le climat ; et les chantiers navals européens.
Pourquoi tout le monde y gagne. Le partage de l’effort n’est crédible que s’il atteint aussi les niches confortables. C’est une question de cohérence autant que de recettes : on ne peut pas demander à l’usine de payer et laisser la rente tranquille. Modeste pour chacun, l’effort devient juste parce qu’il n’épargne personne — sauf le don, qui n’est pas une niche mais une vertu.
Les chiffres. Coût : nul — c’est une recette. Rapport : environ +7 milliards bruts à terme (abattement des pensions ~4, sur les seuls retraités imposables ; crédit d’impôt domicile reciblé, net ~2 ; carburants fossiles éteints en totalité ~1), soit ~+5 milliards nets de l’effet de demande, en plus des douze de la proposition précédente ; le tonnage reste neutre pour le budget, mais son privilège finance désormais la décarbonation maritime. Inaction : tout l’effort demandé au travail et à l’entreprise, les niches confortables intactes, et le sentiment d’une justice à sens unique. Trajectoire : +5 milliards nets montant de 2028 à 2032 ; au moteur, la dette 2037 s’abaisse d’un peu moins d’un point (vers 108 %), pour un surcroît de tension sociale modéré — l’abattement ne frappant que les retraités aisés. Concrètement : fin de l’abattement de 10 % sur les pensions (retraités imposables, contribution intergénérationnelle), crédit d’impôt domicile reciblé (50 → 40 %, supprimé au-dessus de ~9 000 euros par mois, majoré pour les monoparentaux), carburants fossiles éteints en cinq ans, tonnage maritime conditionné à la décarbonation à l’échelle européenne — et le mécénat préservé.
Proposition 45 — La donnée contre la fraude : récupérer la TVA sans lever un impôt
Ce qui existe. La Commission européenne estime à environ 12,1 milliards d’euros l’écart de conformité à la TVA en France pour 2023. Tout n’est pas de la fraude : ce chiffre comprend aussi erreurs, insolvabilités, sous-déclarations et défauts de paiement. Mais il donne enfin un ordre de grandeur sérieux du manque à gagner sur lequel la technologie et le contrôle peuvent agir.
Ce que l’on constate. La fraude carrousel n’est qu’une partie du problème, mais c’est l’une des plus sophistiquées : une société achète hors taxe dans un autre pays de l’Union, revend avec TVA, encaisse la taxe et disparaît avant de la reverser. S’y ajoutent l’économie non déclarée, l’e-commerce sous-déclaré, les fausses factures et les défauts de conformité. La faiblesse historique du système tenait au délai et à l’opacité : deux failles que la donnée peut réduire brutalement.
Ce qui nous menace. Tant qu’une partie de la TVA due s’évapore, ce sont les contribuables honnêtes et les entreprises transparentes qui supportent la différence. Et plus les taux sont élevés, plus l’acceptabilité de l’impôt exige que chacun paie réellement ce qu’il doit.
Ce que nous ferons. Nous accélérerons et exploiterons à plein la réforme déjà engagée. À partir du 1er septembre 2026, toutes les entreprises devront être capables de recevoir des factures électroniques ; les grandes entreprises et ETI devront émettre électroniquement et transmettre les données de transaction, puis les PME et microentreprises suivront au 1er septembre 2027. L’e-reporting, le croisement des flux et le data-mining fiscal permettront de détecter beaucoup plus tôt les anomalies, les sociétés éphémères et les schémas transfrontaliers. L’intelligence artificielle hiérarchisera les contrôles ; l’administration enquêtera.
Qui y perd, qui y gagne. Y perdent : les fraudeurs organisés, les sociétés-écrans, les plateformes et entreprises qui sous-déclarent. Y gagnent : les finances publiques et tous ceux qui paient déjà correctement.
Pourquoi tout le monde y gagne. Récupérer le dû avant de réclamer un euro de plus est la première règle d’une fiscalité légitime. La technologie ne rendra jamais la fraude impossible ; elle la rendra plus visible, plus rapide à détecter et plus risquée.
Les chiffres. Coût : limité, le socle numérique étant déjà financé par la réforme 2026-2027 ; coûts supplémentaires de data, contrôle et enquête intégrés à la DGFiP. Rapport : nous retenons une trajectoire prudente de +1 milliard en 2028, +1,5 en 2029, +2 en 2030, +2,5 en 2031 et +3 milliards par an à partir de 2032. Ce montant représente environ un quart de l’écart de conformité mesuré en 2023, et non les deux tiers. Inaction : environ 12 milliards d’euros d’écart de conformité à la TVA selon la dernière estimation européenne disponible. Trajectoire : +3 milliards par an à terme, sans hausse de taux. Concrètement : facturation électronique, e-reporting, croisement des données et ciblage par IA — on ne promet pas de supprimer la fraude, on rend sa vie beaucoup plus courte.
Proposition 46 — Le barbell des cotisations : protéger le bas, dégonfler le milieu, libérer le haut
Ce qui existe. Environ quatre-vingts milliards d’euros par an d’allègements de cotisations patronales, empilés en trois étages : sur les bas salaires autour du SMIC, puis un bandeau jusqu’à deux SMIC et demi, un autre jusqu’à trois SMIC et demi. C’est la plus grosse dépense de l’État pour l’emploi.
Ce que l’on constate. Le rapport Bozio-Wasmer de 2024 l’établit sans ambiguïté : près du SMIC, l’allègement crée vraiment de l’emploi ; mais au-delà de deux SMIC et demi, il ne fait plus qu’un effet d’aubaine — et, pire, il fabrique une « trappe à bas salaires ». L’employeur tasse les rémunérations sous le seuil pour ne pas perdre l’avantage : l’aide censée soutenir l’emploi finit par geler les augmentations.
Ce qui nous menace. Un système qui décourage les hausses de salaire au nom d’une aide qui ne crée plus d’emploi : l’exact inverse de ce que nous voulons — un pays où le travail progresse.
Ce que nous ferons. Un barbell, en trois temps qui se tiennent. On protège le bas : l’allègement autour du SMIC est maintenu intégralement, car il fonctionne — la proposition 9 le complète encore. On dégonfle le milieu : l’aubaine de la bande moyenne est progressivement supprimée, ce qui débloque la progression salariale au lieu de la punir. Et on libère le haut : le plafonnement des prélèvements sur les hauts salaires (proposition 41) est abaissé à sept mille euros bruts mensuels, pour rendre le travail très qualifié plus attractif et inciter à faire monter ceux qui le peuvent. Bas protégé, milieu assaini, haut relâché : l’effet devient vertueux là où il était vicieux.
Qui y perd, qui y gagne. Y perdent : les employeurs qui tassaient les salaires sous le seuil pour capter l’aubaine, et la facilité d’une aide jamais réexaminée. Y gagnent : les salariés du milieu, dont les augmentations cessent d’être pénalisées ; les talents, mieux retenus ; et les comptes publics, d’environ six à sept milliards — une dépense mieux ciblée, pas un impôt de plus.
Pourquoi tout le monde y gagne. Une aide qui ne crée plus d’emploi mais bloque les salaires n’est pas une aide : c’est un piège. La redéployer vers le bas, où elle est efficace, et alléger le haut, qu’on veut retenir, c’est rendre service à ceux-là mêmes qu’on prétendait protéger.
Les chiffres. Coût : l’abaissement du plafond des hauts salaires à 7 000 euros (environ un milliard de coût statique de plus que la proposition 41). Rapport : environ +7 milliards par an à terme du recentrage de la bande moyenne — une réduction de dépense, pas une hausse d’impôt —, soit ~+6 milliards nets après l’allègement du haut. Inaction : la trappe à bas salaires qui gèle les augmentations, et quatre-vingts milliards dépensés sans pilotage. Trajectoire : +6 à 7 milliards nets montant de 2028 à 2032. Concrètement : SMIC protégé, aubaine moyenne supprimée, plafond des hauts salaires abaissé à 7 000 euros — la progression salariale enfin débloquée.
Proposition 47 — Créer la richesse avant de la redistribuer : l’ordre du mandat, gravé
Ce qui existe. Depuis quarante ans, chaque campagne promet la redistribution avant la production : on partage des fruits qu’on n’a pas fait pousser, et l’écart se règle par la dette…et souvent l’impôt !
Ce que l’on constate. Plus de 1 250 milliards d’euros prélevés chaque année, un record du monde développé — et pourtant le sentiment unanime que ça ne suffit pas du tout. Quand la production stagne, la redistribution devient une querelle de pénurie.
Ce qui nous menace. Le moment où les créanciers de la France décideront du contenu de sa politique sociale à notre place. Ce moment a un nom dans l’histoire récente de la Grèce, de l’Italie, du Royaume-Uni. Il n’arrive jamais par surprise ; il arrive par habitude. Et le FMI a beau ne pas jouer les alarmistes, il ne se prive pas de nous pointer du doigt dès qu’il le peut au rang des mauvais élèves de l’OCDE !
Ce que nous ferons. Un séquençage public, opposable, en trois temps. Dès 2028 : les mesures qui créent la richesse — impôts de production, bas salaires, plafonnement, simplification. Ensuite, et seulement après la réforme des retraites : les baisses d’impôts plus larges. Enfin : la redistribution des fruits — jamais promise avant d’être produite. Cet ordre sera affiché, daté, et les écarts expliqués chaque année devant les Français.
Qui y perd, qui y gagne. Y perdent : les impatients de tous bords, et les habitudes électorales qui consistent à acheter le présent avec l’argent de nos enfants. Y gagnent : ceux qui produisent, servis d’abord ; puis ceux qui ont besoin de la solidarité, servis durablement — car une redistribution assise sur de la croissance réelle ne se renie pas à la première tempête.
Pourquoi tout le monde y gagne. C’est la différence entre une promesse et un contrat. La promesse distribue ce qu’elle n’a pas ; le contrat dit quand, comment, et à quelle condition. Un pays qui retrouve cet ordre retrouve, avec lui, la confiance — la sienne et celle des autres.
Les chiffres. Coût : nul — un ordonnancement, pas une dépense. Rapport : la crédibilité se paie en taux d’intérêt plus bas ; le moteur le chiffre à l’envers — au-delà de 115 % de dette, chaque point supplémentaire renchérit l’emprunt d’environ trois points de base. Inaction : le jour où les créanciers décident de la politique sociale à notre place — la Grèce, l’Italie, le Royaume-Uni l’ont connu ; le FMI nous range déjà parmi les mauvais élèves de l’OCDE. Trajectoire : c’est le séquençage qui rend tout le reste soutenable ; le déficit repasse sous 3 % en 2034, sous 1 % en 2036 et frôle l’équilibre en 2037 (−0,2 % du PIB), la dette refluant vers 108 % — le cap des 95 % est franchi en 2036 en scénario optimiste, au début de la décennie suivante en scénario réaliste ; la courbe, pas le slogan. Concrètement : un calendrier public et daté — la création de richesse d’abord (2028), les baisses larges après les retraites, la redistribution des fruits en dernier.