Pour nos enfants — le programme intégral

CINQUIÈME PARTIE — TENIR PAROLE

CHAPITRE XXIII — LA MÉTHODE ET LE CONTRAT

Toutes les propositions de ce livre ne valent rien sans une question : qui vérifie, et que risquent ceux qui promettent ? Ce chapitre ne propose pas une politique de plus ; il propose le contrat qui rend toutes les autres exigibles. C’est le chapitre que les programmes n’écrivent jamais : celui où l’on s’engage à perdre quelque chose. Et il scelle la promesse qui tient tout le livre : tout le monde paiera un peu, et tout le monde y gagnera, pas tous en même temps, mais tous.

Proposition 158 — Des cibles publiées à cinq et dix ans : la courbe, pas le slogan

Ce qui existe. Des programmes qui promettent un chiffre à une date — souvent la fin du mandat — sans publier le chemin, les hypothèses ni les étapes intermédiaires.

Ce que l’on constate. Notre moteur de simulation peut nous contredire, et c’est précisément son intérêt. Ses résultats seront toujours présentés comme tels : des simulations dépendantes d’hypothèses publiées, jamais comme des lois économiques universelles. Les réformes structurelles produisent leurs effets sur des horizons différents : certaines en quelques mois, d’autres — école, démographie, capital humain — sur une décennie ou davantage.

Au 29 juillet 2026, la France est notamment notée A+ stable par S&P et Fitch, Aa3 avec perspective négative par Moody’s. Il n’existe donc pas une « note de la France » unique, mais plusieurs évaluations convergeant vers une dégradation de notre crédibilité relative.

Ce qui nous menace. La promesse à date unique fabrique mécaniquement des parjures — puis des abstentionnistes.

Ce que nous ferons. Nous publierons la courbe complète, à cinq et dix ans : un jalon de responsabilité en 2032 — dette en décrue, déficit ramené à −3,8 % du PIB (scénario réaliste, école consensus), budget en marche vers un retour à l’équilibre sous dix ans hors crise, croissance et emploi en redressement — et les cibles complètes en 2037. Chaque résultat issu du moteur sera accompagné de ses hypothèses.

Nous donnerons aussi à la crédibilité une cible extérieure : reconquérir une notation de haut niveau et retrouver au moins la zone AA chez les grandes agences qui nous ont dégradés.

Qui y perd, qui y gagne. Y perdent : les marchands de promesses calées sur le calendrier électoral, nous y compris si nous trichons. Y gagnent : les citoyens, qui peuvent enfin suivre ; et l’État emprunteur, dont la crédibilité influence le coût de financement parmi d’autres facteurs.

Pourquoi tout le monde y gagne. Une trajectoire honnête tenue vaut mieux que dix promesses brillantes trahies. Ce n’est pas de la « rigueur » : c’est du bon sens paysan.

Les chiffres. Dette : ordre de grandeur supérieur à 3 500 Md€ en 2026. Intérêts : 10 points de base appliqués à terme à un stock de 3 500 Md€ représentent 3,5 Md€ par an une fois la dette refinancée, mais l’effet est progressif et les taux dépendent de beaucoup plus que la notation. Simulation : les trajectoires 2032/2037 sont des sorties du moteur selon hypothèses publiées. Concrètement : aucun chiffre sans son chemin.

Proposition 159 — Le moteur de simulation, ouvert à tous les citoyens

Ce qui existe. Des programmes invérifiables, des chiffrages de campagne que chacun brandit et que personne ne peut reproduire. La canicule de juin 2026 en a donné une caricature : Jean-Philippe Tanguy a d’abord brandi dans le débat public un ordre de grandeur de 200 milliards d’euros autour d’un vaste plan de climatisation, avant que le RN ne présente à la hâte, le 30 juin, un dispositif très différent reposant surtout sur des prêts à taux zéro — environ 20 Md€ par an pour la rénovation auxquels s’ajoutaient 20 Md€ de capacité de prêts pour la climatisation, pour un coût budgétaire revendiqué autour de 1,3 Md€ par an. L’effet d’annonce initial et le chiffrage final n’étaient donc pas la même chose. C’est précisément le problème.

Source : déclarations publiques de juin 2026 ; Le Monde, 30 juin 2026, sur le « grand plan climatisation » du RN.

Ce que l’on constate. Nous avons construit un moteur alimenté par des séries publiques historiques, capable de tester chaque mesure sous plusieurs écoles économiques. Il sait nous contredire : c’est une condition de crédibilité, pas un bug.

Ce qui nous menace. Une démocratie où le chiffre le plus spectaculaire gagne avant d’avoir été testé.

Ce que nous ferons. Le moteur sera public, en ligne, gratuit. Chaque citoyen pourra modifier les hypothèses, durcir ou adoucir nos mesures et lire leurs conséquences simulées : déficit, dette, croissance, emploi et conflictualité. Les jeux de données, règles de calcul, hypothèses, versions et limites seront publiés afin que la reproductibilité ne repose jamais sur la confiance accordée à une IA.

L’objectif est une analyse rapide ; nous ne promettrons « trente secondes » que si le temps réel de calcul le confirme dans les tests publics. L’IA utilisée pourra être française ou souveraine lorsque la sensibilité l’exige, mais elle n’aura jamais le monopole du calcul ni de l’explication.

Qui y perd, qui y gagne. Y perdent : les programmes à chiffres fantômes, et nous-mêmes chaque fois que l’outil nous donne tort. Y gagnent : électeurs, journalistes, enseignants, économistes et débat public.

Pourquoi tout le monde y gagne. On ne peut plus mentir aussi facilement à un pays qui possède la calculatrice, les données et les hypothèses.

Les chiffres. Coût : hébergement, maintenance, sécurité et données — faible à l’échelle de l’État, mais non nul. Rapport : rendre chaque programme testable et ses hypothèses visibles. Cas d’école : distinguer l’annonce politique « 200 Md€ » du dispositif finalement présenté. Concrètement : code, données, versions et hypothèses audités publiquement.

Proposition 160 — Des députés qui répondent de leurs résultats

Ce qui existe. Un élu peut échouer politiquement et solliciter de nouveau les électeurs. La Constitution protège à juste titre son indépendance : son article 27 dispose que « tout mandat impératif est nul ».

Ce que l’on constate. Cette indépendance ne doit pas devenir irresponsabilité politique. Au second tour des législatives de 2022, l’abstention atteignait 53,77 %.

Ce que nous ferons. Un engagement d’honneur, public et signé : si les cibles à cinq ans ne sont pas atteintes — dette qui n’a pas commencé à refluer, budget qui ne converge pas vers l’équilibre structurel — les députés de notre majorité s’engagent personnellement à ne pas solliciter une nouvelle investiture et le mouvement ne les réinvestira pas.

Aucune déchéance automatique, aucun tribunal des promesses et aucun mandat impératif : la sanction est politique et volontaire, donc compatible avec la liberté du parlementaire.

Qui y perd, qui y gagne. Y perdent : le confort du carriérisme. Y gagnent : les électeurs et les élus eux-mêmes, dont la parole retrouve un prix.

Les chiffres. Coût : nul. Indicateur : cibles publiques à cinq ans. Concrètement : pas de résultat = pas d’investiture et engagement de non-candidature ; la Constitution reste intacte.

Proposition 161 — L’équilibre dans la Constitution, l’investissement dans la règle d’or

Ce qui existe. La France n’a plus voté de budget de l’État à l’équilibre depuis le projet de loi de finances pour 1975, voté en 1974. Un demi-siècle de déficits a progressivement transformé l’exception en habitude.

Ce que l’on constate. Un équilibre annuel strict serait une mauvaise règle : en récession, il obligerait à augmenter les impôts ou couper les dépenses au pire moment. Notre discipline doit donc porter sur le solde structurel et le fonctionnement, tout en laissant jouer les stabilisateurs automatiques et la règle d’or productive de la proposition 140.

Ce qui nous menace. Sans règle, chaque génération vote des dépenses permanentes que la suivante finance. Avec une règle mal conçue, on empêche l’État d’investir et d’amortir une crise.

Ce que nous ferons. Inscrire dans la Constitution :

Nous assumons aussi le séquençage : créer la richesse avant de redistribuer durablement ses fruits.

Qui y perd, qui y gagne. Y perdent : les gouvernements qui transforment la dépense courante en dette permanente. Y gagnent : les jeunes, l’investissement productif et la capacité de l’État à affronter une vraie crise.

Pourquoi tout le monde y gagne. La discipline budgétaire n’est pas « zéro déficit à chaque instant ». C’est l’interdiction de vivre structurellement au-dessus de ses moyens tout en gardant le droit d’investir et d’affronter les tempêtes.

Les chiffres. Référence historique : dernier budget de l’État voté à l’équilibre = PLF 1975, voté en 1974. Coût administratif : faible ; contrainte économique : majeure. Concrètement : fonctionnement structurellement équilibré, dette en baisse hors crise, CAPEX stratégique strictement encadré.

Proposition 162 — L’exemplarité d’abord : aucun privilège acquis par le passage au pouvoir

Ce qui existe. L’architecture de l’État se défait et se refait à chaque gouvernement — ministères créés, fusionnés, renommés, cabinets et périmètres mouvants. Les assemblées publient aujourd’hui beaucoup plus d’informations sur leurs frais, rémunérations et pensions qu’autrefois, mais la lisibilité peut encore progresser. Depuis la loi de décembre 2025, l’indemnité maximale d’un maire d’une commune de moins de 500 habitants est de l’ordre de 1 155 euros bruts par mois.

Un point doit être dit précisément : un ministre ou un Premier ministre n’acquiert pas un régime spécial de retraite du seul fait de sa fonction. Les membres du Gouvernement sont affiliés, pour cette activité, au régime général et au régime complémentaire applicable aux agents non titulaires de l’État. En revanche, certaines fonctions au sommet de l’État ont historiquement ouvert des avantages, moyens ou dispositifs post-fonction spécifiques ; les anciens Premiers ministres peuvent notamment bénéficier, sous conditions et désormais pour une durée limitée, de moyens matériels de l’État.

Ce que l’on constate. On ne peut demander au pays l’effort sans s’appliquer une règle simple : aucun passage bref au pouvoir ne doit créer un privilège viager ou un avantage non contributif particulier. Ce principe vaut davantage que la chasse aux faux privilèges.

Ce que nous ferons. Quatre gestes.

Un : stabilité gouvernementale. Fixer un maximum de vingt ministères de plein exercice, aux grands périmètres stabilisés ; les secrétariats d’État permettent l’adaptation sans reconstruire l’État à chaque remaniement.

Deux : transparence. Frais, moyens, pensions et avantages des pouvoirs exécutif et législatif publiés dans un format simple, comparable et annuel.

Trois : aucun droit spécial acquis par un passage éclair au sommet. Les fonctions de ministre et de Premier ministre n’ouvriront que les droits contributifs ordinaires correspondant aux cotisations réellement versées. Tout avantage post-fonction, dotation, secrétariat, véhicule, protection ou moyen financé par l’État devra être justifié par un besoin objectif de sécurité ou de service, limité dans le temps et publié. Aucun dispositif non contributif ne pourra être créé simplement parce qu’une personne a exercé quelques mois une fonction gouvernementale. Les régimes spécifiques existants des autres anciennes hautes fonctions seront examinés selon le même principe.

Quatre : le sommet aide la base. Poursuivre et évaluer la revalorisation commencée en 2025 pour les maires des petites communes. Leur indemnisation sera financée explicitement par l’État ; les économies constatées sur l’organisation centrale pourront y contribuer, mais nous ne leur inventerons pas à l’avance « quelques dizaines de millions ».

Et nous ne baisserons pas symboliquement la rémunération du Président de la République — autour de 16 000 euros bruts mensuels. La question n’est pas de rendre la fonction moins bien payée pour faire un titre ; elle est de rendre chaque euro et chaque avantage lisibles et justifiables.

Qui y perd, qui y gagne. Y perdent : les privilèges non contributifs, les avantages sans durée et le bal permanent des organigrammes. Y gagnent : les maires de terrain, les contribuables et la crédibilité démocratique.

Pourquoi tout le monde y gagne. L’exemplarité n’est pas la démagogie. Elle consiste à ne demander aux autres aucune règle que l’on refuse pour soi.

Les chiffres. Maire <500 habitants : ~1 155 € bruts/mois au barème 2026. Président : ordre de grandeur ~16 000 € bruts/mois. Coût : revalorisation des élus locaux explicitement budgétée ; économies centrales comptées seulement lorsqu’elles sont constatées. Concrètement : vingt ministères maximum, transparence annuelle, aucun avantage viager ou droit spécial non contributif acquis par un passage bref au gouvernement.

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