Pour nos enfants — le programme intégral

DEUXIÈME PARTIE — TRAVAILLER ET PRODUIRE

CHAPITRE XIII — L’ÉNERGIE ET LE NUCLÉAIRE : LA SOUVERAINETÉ PAR LE COURANT

Il n’y a pas de souveraineté sans énergie, pas d’industrie sans électricité abondante et bon marché, pas de décarbonation sans une source stable. La France détenait un trésor — le nucléaire civil — et a laissé sa politique hésiter trente ans durant. Dans la continuité de ce qui est fait depuis 8 ans, nous mettrons fin à l’hésitation. Notre doctrine : un pays qui produit chez lui son électricité décarbonée, en abondance, tient d’un seul geste son indépendance, sa compétitivité et le pouvoir d’achat de ses habitants. L’énergie n’est pas un sujet écologique parmi d’autres : c’est le nerf de tout le reste. Il faudra à cette occasion revoir les mécanismes de régulation tarifaires Européennes en la matière.

Proposition 85 — Doubler le nucléaire : installer une série de quatorze EPR2

Ce qui existe. La France a engagé un premier programme de six EPR2. Le programme est réel, mais toutes les décisions industrielles et financières ne sont pas encore équivalentes à quatorze chantiers ouverts. Le coût provisoire public de référence des six premiers a été estimé autour de 72,8 milliards d’euros 2020 ; il ne constitue ni un plafond garanti ni un prix définitif. Le premier béton à Penly est visé autour de 2029 et la première mise en service autour de 2038.

Ce que l’on constate. La faiblesse française des vingt dernières années n’est pas seulement d’avoir construit trop peu : elle est d’avoir cassé la série industrielle. Un réacteur isolé coûte cher ; une série permet de stabiliser compétences, fournisseurs, méthodes et cadences.

Ce qui nous menace. Électrifier transport, industrie, calcul et chaleur sans produire suffisamment d’électricité pilotable bas-carbone conduirait à choisir entre prix élevés, importations et rationnement. L’hydroélectricité reste un atout important et conserve encore un potentiel, notamment en STEP, mais elle ne suffira pas à elle seule à absorber les nouveaux besoins.

Ce que nous ferons. Confirmer les six EPR2 engagés et décider pendant le quinquennat la seconde série de huit EPR2, avec choix des sites, chaîne de fournisseurs, financement et calendrier permettant d’éviter une nouvelle rupture industrielle. L’objectif est une série de quatorze réacteurs, pas quatorze chantiers simultanés en 2028.

Nous planifierons ensemble production, réseau, stockage et demande : industrie électrifiée, mobilité, pompes à chaleur et montée du calcul. Les projets de data centers et d’IA seront accueillis lorsque leur implantation est compatible avec réseau, eau, souveraineté et bénéfice économique.

Les chiffres. Base : six EPR2 engagés ; coût provisoire public autour de 72,8 Md€2020 pour cette première série, soumis aux décisions et révisions industrielles. Cible politique : quatorze EPR2 au total. L’ancien ordre de grandeur de 150 Md€ pour quatorze ne sera pas présenté comme un coût consolidé : il devra être recalculé après la première série et l’effet de série constaté. Financement : dette, fonds propres, contrats longs et mécanismes publics selon l’architecture retenue ; aucune promesse que la dépense disparaît comptablement du déficit. Concrètement : remettre la France dans une logique de série nucléaire pour cinquante ans.

Proposition 86 — L’hydrogène bas-carbone : décarboner ce que l’électricité directe ne peut pas

Ce qui existe. Une partie de notre industrie lourde — chimie, engrais, sidérurgie — utilise déjà massivement de l’hydrogène, aujourd’hui encore largement produit à partir d’énergies fossiles. D’autres secteurs difficiles à électrifier directement auront besoin d’hydrogène ou de carburants de synthèse. La France a désormais une trajectoire nationale : jusqu’à 4,5 GW d’électrolyse en 2030 et 8 GW en 2035.

Ce que l’on constate. La bonne question n’est pas « où mettre de l’hydrogène ? », mais « où l’électron ne suffit-il pas ? ». Une batterie est souvent plus efficace quand elle peut faire le travail. L’hydrogène devient stratégique là où l’électricité directe ne peut pas remplacer facilement le carbone : hydrogène industriel existant, ammoniac et fertilisants, certaines voies de sidérurgie décarbonée, carburants de synthèse pour des usages lourds. Avec un système électrique français massivement bas-carbone, nous avons un avantage naturel pour produire cet hydrogène chez nous.

Ce qui nous menace. Importer demain notre hydrogène ou nos molécules décarbonées comme nous importons aujourd’hui notre gaz, après avoir laissé fermer les usines qui en avaient besoin. Nous aurions décarboné nos statistiques en délocalisant notre industrie.

Ce que nous ferons. Bâtir une filière française d’hydrogène bas-carbone, adossée au nucléaire, aux renouvelables utiles et au réseau, au plus près des grands sites industriels. Nous réserverons l’hydrogène aux usages où il crée réellement de la valeur et de la décarbonation. Les électrolyseurs seront pilotables afin de profiter des périodes d’électricité abondante et peu chère et de contribuer à l’équilibre du système.

Et nous préparerons l’étape suivante. Des projets émergent autour du couplage direct entre production nucléaire, chaleur industrielle et électrolyse à haute température. La technologie SOEC — électrolyse à oxyde solide — permet d’utiliser de la vapeur à haute température pour réduire la quantité d’électricité nécessaire à la production d’hydrogène. Lorsque le type de réacteur et la chaleur disponible s’y prêtent, notamment avec de futurs concepts de réacteurs avancés ou de SMR, nous expérimenterons ces couplages sur des hubs industriels français. Nous ne promettons pas une filière encore inexistante ; nous voulons être le pays où elle se construit.

Le biométhane agricole du chapitre XII complétera, de son côté, notre mix de gaz décarbonés : il ne sera pas artificiellement compté comme de l’hydrogène.

Qui y perd, qui y gagne. Y perdent : les importateurs de combustibles fossiles et la décarbonation par fermeture d’usines. Y gagnent : la sidérurgie, la chimie, les fertilisants, les industriels des électrolyseurs et les territoires qui accueillent ces nouveaux actifs.

Pourquoi tout le monde y gagne. L’électron partout où il peut aller directement ; l’hydrogène là où l’électron ne suffit pas. C’est la façon la moins coûteuse de décarboner sans désindustrialiser.

Les chiffres. Point de départ : trajectoire française jusqu’à 4,5 GW d’électrolyse en 2030 et 8 GW en 2035. Coût : investissement industriel significatif, mêlant capitaux privés, contrats de long terme et infrastructures énergétiques. Rapport : substitution ciblée de l’hydrogène fossile et des molécules carbonées, maintien de l’industrie en France. Trajectoire : montée en puissance autour des grands bassins industriels, avec démonstrateurs SOEC et couplages chaleur-électricité lorsque la technologie le permet. Concrètement : pas d’hydrogène partout — de l’hydrogène là où il est irremplaçable, produit avec notre électricité bas-carbone.

Proposition 87 — Le courant pour tout : mobilité, calcul, usages

Ce qui existe. La voiture passe à l’électrique, le camion s’y met, les usages quotidiens s’électrifient, et un nouvel ogre apparaît : les fermes de calcul de l’intelligence artificielle, qui dévorent l’électricité par gigawatts.

Ce que l’on constate. Toute notre souveraineté technologique -l’IA de l’État (chapitre IX), nos champions, notre défense- suppose une puissance de calcul, donc une électricité abondante et bon marché. Les pays qui auront le courant auront les calculateurs ; les autres loueront ceux des premiers.

Ce qui nous menace. Voir nos données et nos calculs partir vers les pays qui ont l’énergie, faute d’avoir su alimenter nos propres centres — une dépendance numérique aussi grave que la dépendance énergétique.

Ce que nous ferons. Faire de l’électricité décarbonée et abondante l’avantage compétitif de la France pour le siècle. Accueillir sur notre sol les fermes de calcul souveraines, adossées au parc nucléaire ; l’électricité comme argument d’attractivité, là où d’autres n’ont que le charbon ou le gaz. Déployer les infrastructures de recharge pour la mobilité électrique, accompagner l’électrification des usages urbains et industriels, et planifier le réseau pour absorber cette demande nouvelle. Le courant n’est pas une contrainte à subir : c’est une carte maîtresse à jouer.

Qui y perd, qui y gagne. Y perdent : les pays qui pensaient nous louer leur puissance de calcul, et le réseau sous-dimensionné d’hier. Y gagnent : nos entreprises de technologie, alimentées chez elles ; les territoires qui accueillent ces investissements ; et la souveraineté numérique du pays.

Pourquoi tout le monde y gagne. L’électricité décarbonée est le pétrole du XXIᵉ siècle, à ceci près qu’on peut le produire chez soi, proprement, indéfiniment. Le pays qui en a fait son abondance attire l’industrie et le calcul du monde entier. C’est notre chance — saisissons-la.

Les chiffres. Coût : l’adaptation du réseau et le déploiement de la recharge — un investissement. Rapport : l’électricité décarbonée et abondante comme avantage compétitif pour attirer les fermes de calcul et l’industrie. Inaction : nos données et nos calculs loués aux pays qui ont l’énergie — une dépendance numérique aussi grave que l’énergétique. Trajectoire : investissement réseau, rendement d’attractivité. Concrètement : les pays qui auront le courant auront les calculateurs ; nous accueillerons les fermes de calcul souveraines adossées au parc nucléaire.

Proposition 88 — Les renouvelables utiles : éolien en mer, solaire urbain, toits froids, géothermie

Ce qui existe. La France développe l’éolien en mer et le solaire, mais l’intérêt des renouvelables dépend de leur implantation, de leur raccordement et du service qu’ils rendent au système. Sur la géothermie, en revanche, nous disposons déjà d’une réussite spectaculaire qu’il faut arrêter de sous-estimer : l’Île-de-France est l’un des principaux territoires européens de géothermie profonde.

Ce que l’on constate. Le nucléaire fournit le socle ; les renouvelables utiles fournissent le complément. Le solaire en toiture produit au plus près de la consommation ; l’éolien en mer bénéficie de vents plus réguliers ; la géothermie fournit une chaleur locale, pilotable et stable.

Et sur ce dernier point, les chiffres sont là : selon l’ADEME Île-de-France, en mai 2026, la région compte 54 installations de géothermie profonde en activité, plus de 310 000 équivalents-logements chauffés — près d’un million d’habitants — et 1,974 TWh de chaleur géothermale profonde produits en 2024. Elle évite environ 400 000 tonnes de CO₂ par rapport à des chaufferies gaz. C’est précisément la preuve que le modèle fonctionne sur du bâti existant et à l’échelle d’une métropole. Source : ADEME Île-de-France, « Géothermie profonde en Île-de-France », mai 2026 — https://www.ademe.fr/presse/communique-regional/geothermie-profonde-en-ile-de-france/

Ce qui nous menace. Le gâchis des deux dogmatismes : poser des renouvelables n’importe où au mépris des habitants et des réseaux, ou refuser des solutions efficaces simplement parce qu’elles ne sont pas nucléaires. Nous avons besoin de watts, de chaleur et de résilience — pas de religions énergétiques.

Ce que nous ferons. Généraliser ce qui marche. Géothermie : prolonger le succès francilien vers les zones encore sous-exploitées, raccorder du bâti existant et prévoir systématiquement les réseaux de chaleur dans les grands projets urbains. Solaire : priorité aux toits, parkings, friches et surfaces déjà artificialisées. Toits froids : revêtements réfléchissants et solutions de rafraîchissement passif lorsque le climat, le bâtiment et le patrimoine s’y prêtent. Éolien en mer : poursuivre les projets là où la ressource, le réseau, le coût et l’acceptation rendent le bilan convaincant.

Avec les Architectes des Bâtiments de France, nous ne choisirons ni le bulldozer ni le musée immobile : les centres historiques doivent rester beaux et habitables quand les canicules se multiplient.

Qui y perd, qui y gagne. Y perdent : le dogmatisme et les projets décidés sans regarder leur rendement réel. Y gagnent : les habitants, les villes, le réseau, les industriels et les collectivités qui transforment une ressource locale en énergie.

Pourquoi tout le monde y gagne. Bien placés, les renouvelables ne concurrencent pas le nucléaire : ils utilisent intelligemment des ressources que le réacteur n’a aucune raison de produire lui-même. Une nappe qui chauffe un quartier, un toit qui produit ou évite une climatisation, c’est du courant nucléaire libéré pour l’industrie et les usages électriques.

Les chiffres. Géothermie francilienne : 54 installations actives, >310 000 équivalents-logements, près d’un million d’habitants, 1,974 TWh de chaleur profonde en 2024 et ~400 000 tonnes de CO₂ évitées face au gaz — source ADEME Île-de-France, mai 2026. Coût : CAPEX ciblé pour réseaux de chaleur, solaire urbain, efficacité passive et raccordements ; le coût marginal du soleil, du vent ou de la chaleur géologique est faible, mais l’infrastructure ne l’est pas. Trajectoire : démultiplier les réussites existantes plutôt qu’inventer des filières de papier. Concrètement : le bassin parisien n’est pas une ressource endormie — c’est notre démonstrateur grandeur nature.

Proposition 89 — Sortir du fossile importé : la souveraineté et le prix

Ce qui existe. La France importe massivement pétrole et gaz, au prix fort, au gré des crises et des chantages géopolitiques. Notre facture énergétique extérieure pèse sur notre commerce, notre industrie et le pouvoir d’achat des ménages.

Ce que l’on constate. Chaque euro envoyé acheter du gaz ou du pétrole à l’étranger est un euro qui ne finance ni notre industrie ni nos emplois et qui nous lie à des fournisseurs que nous ne choisissons pas. À l’inverse, l’électricité décarbonée produite chez nous est un atout de prix : c’est la compétitivité de notre industrie, juste après la suppression des impôts de production (chapitre VI).

Ce qui nous menace. Rester dépendants des combustibles fossiles importés, c’est subir leurs prix et leurs maîtres — et continuer de polluer la planète en délocalisant nos émissions sans les réduire.

Ce que nous ferons. Faire de la sortie du fossile importé une stratégie de souveraineté autant que de climat. Substituer, partout où c’est possible, l’électricité et l’hydrogène nationaux aux énergies carbonées achetées au-dehors, et développer le stockage (batteries, stations de transfert d’énergie par pompage, hydrogène) pour valoriser notre propre énergie décarbonée aux heures de pointe plutôt que d’importer du fossile pour les combler. Assumer, pour les métaux du stockage et des batteries — le lithium en tête —, une part d’extraction et de raffinage sur le sol européen, dont le gisement de l’Allier offre l’occasion : mieux vaut une pollution ciblée, encadrée et localisée, que la dépendance totale à des importations dont nous ne maîtrisons ni le prix ni les conditions (chapitre XVII). Et porter au niveau européen une électricité bon marché comme avantage compétitif commun.

Qui y perd, qui y gagne. Y perdent : les fournisseurs étrangers de pétrole et de gaz, et les chantages qui allaient avec ; il faut aussi le dire, les territoires qui accueilleront une extraction minière, dont la charge sera réelle et devra être compensée. Y gagnent : l’industrie, la balance commerciale, le climat, et l’indépendance du pays.

Pourquoi tout le monde y gagne. La souveraineté énergétique réconcilie ce qu’on croyait opposé : l’indépendance, la compétitivité, le pouvoir d’achat et le climat. Produire chez soi une énergie propre, c’est cesser à la fois de polluer la planète et de financer ceux qui nous tiennent. Le courant est une arme de paix.

Les chiffres. Coût : le stockage (batteries, stations de transfert par pompage, hydrogène) et une part d’extraction de métaux (lithium, gisement de l’Allier) — un investissement, au coût local assumé. Rapport : chaque euro non envoyé acheter du gaz ou du pétrole reste dans l’économie ; l’électricité bon marché, c’est la compétitivité de l’industrie, juste après les impôts de production. Inaction : subir les prix et les chantages des fournisseurs fossiles, et délocaliser nos émissions sans les réduire. Trajectoire : investissement, fort effet de balance commerciale et de souveraineté. Concrètement : stocker notre énergie pour les pointes plutôt qu’importer du fossile, et extraire en Europe les métaux des batteries — une pollution ciblée et encadrée plutôt qu’une dépendance totale.

Proposition 90 — Le juste prix de l’électricité : transformer notre avantage nucléaire en avantage français

Ce qui existe. La France possède l’un des systèmes électriques les plus décarbonés du monde : en 2025, 95,2 % de la production était bas-carbone et le nucléaire a fourni environ deux tiers de l’électricité. Pourtant, le coût économique de notre parc et le prix de marché sont deux choses différentes. La Commission de régulation de l’énergie évalue le coût complet du parc nucléaire historique à 60,3 euros 2026 par mégawattheure sur 2026-2028, puis 63,4 euros sur 2029-2031. Depuis la fin de l’ARENH au 31 décembre 2025, EDF vend sa production nucléaire historique sur le marché.

Le nouveau Versement nucléaire universel ne constitue pas un prix stable pour les Français : c’est un mécanisme asymétrique de récupération d’une partie des revenus élevés. En 2026, le premier seuil de taxation est fixé à 78 €/MWh, le seuil d’écrêtement renforcé à 110 €/MWh ; les revenus nucléaires d’EDF ayant été estimés autour de 66 €/MWh, la minoration reversée aux consommateurs a été fixée à zéro.

Ce que l’on constate. Le marché européen reste indispensable : il dit quelle centrale doit produire à chaque instant, organise les échanges avec nos voisins et garantit la sécurité du système. Mais le prix horaire de marché n’a aucune raison d’être le seul horizon économique d’un parc nucléaire construit pour fonctionner soixante ans. Aux heures de tension, le gaz peut encore tirer le prix marginal européen vers le haut ; aux heures très solaires, les prix peuvent s’effondrer, parfois devenir négatifs. Ce signal est utile pour exploiter le réseau. Il est mauvais comme unique modèle de financement d’un actif de très long terme et comme unique référence pour l’industrie.

Notre objectif n’est donc pas de sortir du marché européen. Il est de transformer la stabilité physique du nucléaire français en stabilité économique pour la France.

Ce qui nous menace. Deux absurdités symétriques. Quand le marché flambe, ménages et usines paient une volatilité qui ne correspond pas au coût de notre parc. Quand le marché s’effondre, EDF voit ses recettes chuter alors qu’il doit financer maintenance, prolongation du parc et relance nucléaire. Dans les deux cas, un actif stratégique de soixante ans est géré comme une cargaison achetée pour demain matin.

Ce que nous ferons. Nous porterons au niveau français et européen une régulation symétrique de long terme du parc nucléaire historique, conçue autour d’un corridor de prix objectivé par la CRE.

Le principe est simple : le marché continue de fixer le prix physique de gros ; un mécanisme financier corrige ensuite l’écart pour la part nucléaire française. Nous viserons un prix de référence initial dans la zone 65–70 €/MWh, recalé périodiquement sur les coûts complets constatés par la CRE, les investissements de prolongation et une rémunération normale du capital. Ce n’est pas un prix politique gravé pour trente ans : c’est un contrat de stabilité auditable.

Lorsque les revenus de marché du nucléaire sont durablement supérieurs au corridor, l’essentiel du surplus revient aux consommateurs français. Lorsqu’ils tombent durablement en dessous du plancher, le mécanisme complète les revenus d’EDF. La symétrie est la condition de l’honnêteté : on ne peut pas exiger qu’EDF rende les surprofits tout en lui laissant seul les années mauvaises.

Pour les industries électro-intensives, les data centers et les grands projets industriels, nous développerons en parallèle des contrats de fourniture très longs — dix, quinze, vingt ans — adossés à la production française, afin qu’un industriel puisse décider une usine en connaissant son prix d’électricité de long terme.

Les futurs EPR2 auront leur propre économie et leur propre mécanisme de financement : le coût complet de 60,3 €/MWh concerne le parc historique, pas les nouveaux réacteurs. Nous ne financerons pas quatorze EPR2 en prétendant qu’ils coûtent le prix comptable d’un parc déjà amorti.

Qui y perd, qui y gagne. Y perdent : la rente de pure volatilité et l’idée qu’un marché de l’heure doit décider seul du financement d’un actif nucléaire de soixante ans. Y gagnent : les ménages, protégés contre les emballements de la composante énergie ; les industriels, qui retrouvent de la visibilité ; EDF, dont les revenus deviennent investissables ; et l’Europe, qui conserve l’interconnexion et ses signaux de marché.

Pourquoi tout le monde y gagne. Le nucléaire français ne doit être ni bradé à 42 euros comme hier, ni vendu aux Français comme si chaque électron avait été produit par la dernière centrale à gaz appelée. Il doit être payé à un prix qui couvre son coût, son entretien et son avenir, puis rendre son avantage compétitif à ceux qui ont financé le parc.

Les chiffres. Référence factuelle : 60,3 €2026/MWh, coût complet du parc nucléaire historique retenu par la CRE pour 2026-2028 ; 63,4 €2026/MWh pour 2029-2031. Situation 2026 : VNU avec taxation à partir de 78 €/MWh et écrêtement renforcé à 110 €/MWh ; minoration 2026 nulle compte tenu de revenus nucléaires estimés autour de 66 €/MWh. Cible politique : corridor initial autour de 65–70 €/MWh pour la composante nucléaire, révisé périodiquement par une autorité indépendante. Ce n’est pas le prix TTC de la facture finale, qui comprend aussi réseau, taxes, commercialisation et autres composantes d’approvisionnement. Coût public : mécanisme symétrique ; il peut recevoir de l’argent lorsque les marchés sont hauts et en verser lorsqu’ils sont bas. Son équilibre s’apprécie sur longue période, pas année par année. Concrètement : le marché européen organise le courant ; la régulation de long terme organise le prix du nucléaire.

Mentions légales & confidentialité