Pour nos enfants — le programme intégral

PREMIÈRE PARTIE — INSTRUIRE, SOIGNER, UNIR

CHAPITRE II — ENSEIGNEMENT SUPÉRIEUR ET RECHERCHE : CHERCHER, TRANSMETTRE, INVENTER

Une puissance qui cesse de chercher finit par acheter aux autres ce qu’elle n’a pas découvert. La France conserve des universités, des grandes écoles, des organismes publics et des chercheurs capables de rivaliser avec les meilleurs. Mais elle souffre d’un paradoxe : elle forme des talents remarquables et regarde encore trop souvent partir ceux qu’elle a mis vingt-cinq ans à former.

Nous ne confondrons pas recherche fondamentale, recherche appliquée et innovation. La première explore ce dont personne ne connaît encore l’usage ; la deuxième transforme la connaissance ; la troisième met cette transformation dans le monde. Les trois ont besoin les unes des autres, mais elles n’ont ni les mêmes horizons, ni les mêmes indicateurs, ni les mêmes financeurs.

Proposition 7 — Porter l’effort français de recherche vers 3 % du PIB

La France consacre autour de 2,2 % de son PIB à la recherche et développement. Ce ratio stagne depuis des années alors que la compétition technologique accélère.

Ce que nous ferons. Nous viserons 3 % du PIB consacrés à la R&D à l’horizon 2037, par une montée conjointe de la recherche publique et privée. Le quinquennat 2027-2032 devra créer l’inflexion : financement public supplémentaire concentré sur les carrières, les équipements, la recherche fondamentale et les programmes à effet de levier ; fiscalité et commande publique mobilisées pour faire investir davantage les entreprises.

L’objectif n’est pas d’ajouter mécaniquement plus de vingt milliards de dépense publique annuelle. Il est que l’effort national — État, entreprises, Europe et partenaires — change d’échelle. Chaque année, nous publierons la dépense publique et privée, la part consacrée au fondamental, les doctorats, l’attractivité, les transferts et les résultats industriels lorsque ces indicateurs ont un sens.

Le coût de l’inaction. Une décennie supplémentaire autour de 2,2 %, ce sont des équipements qui vieillissent, des projets qui se déplacent, des chercheurs qui partent et des innovations françaises industrialisées ailleurs. La recherche coûte cher ; dépendre des découvertes des autres coûte davantage.

Proposition 8 — Payer la science comme une activité stratégique

Un pays qui affirme que la connaissance est stratégique doit commencer par mieux rémunérer ceux qui la produisent.

Nous engagerons une revalorisation pluriannuelle des chercheurs, enseignants-chercheurs, ingénieurs de recherche et doctorants, avec une attention particulière aux débuts de carrière. Surtout, nous accepterons de sortir partiellement des grilles habituelles pour les talents rares soumis à une compétition mondiale : IA, quantique, biotech, mathématiques, certaines spécialités médicales ou scientifiques.

Une institution française devra pouvoir proposer à un chercheur exceptionnel non seulement un salaire compétitif mais un package scientifique : équipe, budget de recherche, calcul, équipements, mobilité familiale et visibilité à cinq ou dix ans. Nous ne paierons pas demain tous les chercheurs 200 000 euros ; nous assumerons qu’un talent mondial puisse gagner ce niveau de rémunération lorsqu’il apporte avec lui un laboratoire, des doctorants, des découvertes et une capacité d’attraction que le pays perdrait sinon.

2027-2032. Une enveloppe supplémentaire de 2 à 3 milliards d’euros par an à terme sera instruite pour rémunérations, doctorats et attractivité, en partie compensée par la concentration de dispositifs aujourd’hui dispersés. L’objectif 2032 sera simple : quitter la France pour des raisons strictement salariales ne doit plus être le choix évident d’un chercheur d’excellence.

Proposition 9 — Protéger le fondamental, accélérer l’appliqué

L’État continuera de financer les mathématiques, la physique fondamentale, la biologie fondamentale, les sciences humaines et sociales et les recherches dont personne ne peut aujourd’hui prédire le produit. Leur évaluation restera scientifique : qualité, reproductibilité, publications, formation, reconnaissance internationale.

À côté, nous développerons fortement les programmes mixtes destinés à transformer la connaissance en usage. Pour ceux-là, un financement jusqu’à 75 % public / 25 % privé pourra être recherché lorsque le secteur privé partage réellement le risque scientifique. Ce ratio ne deviendra jamais une règle générale imposée aux laboratoires fondamentaux.

Les indicateurs dépendront de la mission : publications et doctorants ici ; prototypes, essais, brevets, licences, standards, créations d’entreprises ou impact sociétal ailleurs. Pas de ROI artificiel imposé à la science ; pas davantage de recherche appliquée éternellement « prometteuse » sans jamais produire de résultat observable.

Proposition 10 — Transformer vingt ans d’expérimentation en vingt écosystèmes scientifiques de rang mondial

Depuis le milieu des années 2000, la France a lancé les pôles de compétitivité, les Idex et I-Site, les IRT, les SATT, les regroupements universitaires puis les pôles universitaires d’innovation. Tout n’a pas échoué : les pôles ont renforcé certaines dépenses de R&D des entreprises, Saclay a démontré la puissance de la concentration scientifique, Grenoble, Toulouse, Lyon ou Strasbourg ont consolidé des spécialités reconnues. Mais nous avons aussi empilé labels, gouvernances et dispositifs sans toujours transformer l’excellence scientifique en puissance économique.

Nous ne créerons donc pas « vingt Saclay » administratifs. Nous transformerons les écosystèmes déjà forts en une vingtaine de pôles de rang européen ou mondial, chacun construit autour de ses forces réelles : santé, spatial, quantique, semi-conducteurs, matériaux, agronomie, maritime, robotique, énergie, sciences sociales ou autres.

L’État financera d’abord ce que les acteurs isolés ne peuvent payer efficacement : salles blanches, plateformes biologiques, supercalculateurs, centres d’essais, grands équipements et infrastructures mutualisées. Les contrats seront à dix ans, évalués internationalement, sans créer une nouvelle couche administrative lorsque les structures existent déjà.

Investissement. Une capacité de 10 à 15 milliards d’euros sur dix ans pourra être mobilisée, dont la tranche 2027-2032 devra être concentrée sur les projets prêts à atteindre une masse critique. Une partie proviendra du regroupement de dispositifs existants ; les projets appliqués devront rechercher cofinancements privés et européens. Le coût de l’inaction n’est pas zéro : c’est continuer à financer partout un peu, sans être excellent nulle part.

Proposition 11 — Faire de la France la grande destination universitaire européenne

La France accueille déjà plusieurs centaines de milliers d’étudiants étrangers et possède encore un prestige éducatif considérable. Il faut l’utiliser avant de le laisser s’éroder.

Nous créerons des procédures accélérées pour les étudiants, doctorants, postdoctorants et chercheurs internationaux à très haut potentiel admis dans les établissements et programmes sélectionnés. Les meilleurs diplômés étrangers dans les secteurs stratégiques pourront rester plus simplement pour travailler, rechercher ou créer une entreprise. Les cursus internationaux en anglais seront développés lorsqu’ils améliorent l’attractivité, avec apprentissage du français et intégration culturelle : attirer n’est pas s’effacer.

L’enseignement supérieur devient ainsi un instrument de soft power. Un étudiant qui passe cinq années à Lyon, Toulouse, Grenoble ou Paris et retourne ensuite diriger une entreprise, un laboratoire ou une administration dans son pays repart avec davantage qu’un diplôme : il repart avec une partie de la France.

Proposition 12 — Faire du doctorat un diplôme de puissance

Un doctorant produit de la recherche. Il ne doit plus être considéré comme un étudiant qui aurait simplement prolongé son séjour à l’université.

La rémunération doctorale sera revalorisée, les doctorats financés devront disposer d’un financement clair sur leur durée, et les situations de travail scientifique durable non rémunéré devront disparaître. Les doctorats en entreprise et laboratoires communs seront développés sans transformer la thèse en prestation de conseil.

Les passages public-privé seront rendus beaucoup plus simples : un chercheur public pourra passer quelques années en entreprise puis revenir sans détruire sa carrière ; un chercheur privé pourra rejoindre temporairement un laboratoire public. Le doctorat sera mieux reconnu dans la haute fonction publique et les grandes entreprises.

Proposition 13 — Transformer davantage nos découvertes sans transformer les chercheurs en commerciaux

La France sait produire de la science ; elle doit mieux transformer ses découvertes en médicaments, matériaux, logiciels, standards, entreprises et emplois.

Les fonctions de transfert seront professionnalisées autour d’équipes capables de comprendre simultanément science, propriété intellectuelle, industrie et capital. Les chercheurs n’auront plus à devenir seuls juristes, commerciaux et leveurs de fonds pour qu’une découverte sorte du laboratoire. Les établissements pourront prendre des participations selon des règles simples et transparentes ; les brevets sans débouché après une période donnée seront proposés plus largement aux entreprises françaises et européennes.

Le coût de l’inaction est connu : financer la découverte en France, financer la formation de ceux qui la réalisent, puis regarder l’industrialisation, la propriété intellectuelle et la croissance partir ailleurs. Nous voulons que lorsqu’une découverte française peut changer le monde, elle ait une chance raisonnable de devenir d’abord une entreprise française ou européenne.

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