Pour nos enfants — le programme intégral

QUATRIÈME PARTIE — DÉFENDRE ET RAYONNER

CHAPITRE XXII — LA FRANCE, PUISSANCE D’ÉQUILIBRE : VERS UNE DIPLOMATIE EUROPÉENNE

La politique étrangère et la défense sont, depuis 1958, le domaine réservé du président. C’est un héritage qu’il faut assumer sans l’idolâtrer : car ce domaine-là, tôt ou tard, devra se confondre avec celui de l’Europe. La tâche est rude. Nos alliances historiques ne se ressemblent pas, nos liens avec nos anciennes colonies non plus, ni nos accords commerciaux ou militaires : l’Espagne et l’Allemagne ne lisent pas Gaza de la même façon, la France et la Pologne n’ont pas la même Afrique. Mais sur les grands pôles — les États-Unis, la Chine, la Russie, et l’« axe » des régimes dangereux —, les Européens n’ont plus le luxe de la dispersion. L’alignement n’est pas une abdication : c’est la seule façon de peser. Ce chapitre dessine la diplomatie d’une France qui ne choisit ni la vassalité ni la naïveté — une puissance d’équilibre.

Proposition 152 — Aligner les Européens sur les grands pôles, converger partout ailleurs

Ce qui existe. L’Union possède déjà un Haut représentant, un service diplomatique, des sanctions et une politique commerciale commune. Elle sait donc parler ensemble ; elle le fait de manière inégale dès que l’unanimité ou des intérêts nationaux profondément divergents entrent en jeu.

Ce que l’on constate. Les pressions américaines autour du Groenland en janvier 2026 ont montré qu’un allié peut aussi employer la menace commerciale. Face aux États-Unis, à la Chine, à la Russie et aux régimes ou réseaux coercitifs, les Européens ne peuvent pas improviser vingt-sept doctrines à chaque crise.

Ce que nous ferons. Les membres du noyau de la proposition 49 adopteront des positions communes contraignantes entre eux sur les grands pôles stratégiques, destinées à devenir le centre de gravité de la position européenne. L’Afrique, l’Indo-Pacifique et l’Amérique latine feront l’objet d’une répartition plus intelligente du travail diplomatique entre Européens ; la Pologne, qui dispose déjà d’une politique africaine, pourra notamment être davantage mobilisée face aux réseaux russes et aux enjeux de sécurité du continent.

Les chiffres. Coût propre : faible mais non nul — coordination, renseignement et secrétariat. Concrètement : pas 27 diplomaties abolies ; un noyau qui force la convergence sur les dossiers où la division coûte de la puissance.

Proposition 153 — Chine : la réciprocité commerciale comme doctrine européenne

Ce qui existe. La proposition 53 traite de l’investissement, des JV et des transferts de technologie. Ici, le sujet est la relation commerciale. En 2025, l’Union a importé 559,4 Md€ de biens chinois et n’en a exporté que 199,6 Md€, soit un déficit de 359,8 Md€.

Ce que l’on constate. La Chine a longtemps utilisé accès au marché, contenu local et coentreprises comme instruments de montée en puissance. Son droit s’est ouvert depuis, mais l’Europe continue de subir des surcapacités, subventions et dépendances sur plusieurs filières stratégiques.

Ce que nous ferons. Utiliser sans naïveté les instruments européens : anti-subventions, anti-dumping, filtrage, commande publique, mécanisme anti-coercition, carbone aux frontières et exigences sectorielles. L’accès au marché européen pourra être conditionné à des normes produit, carbone, sécurité, données et concurrence compatibles avec le droit européen et international.

La logique industrielle de JV/localisation/transferts reste celle de la proposition 53 ; ici, l’objectif est un rapport commercial réciproque.

Les chiffres. 2025 : déficit UE–Chine 359,8 Md€. Coût : certains prix peuvent augmenter et des représailles sont possibles ; ce n’est pas une politique « à coût nul ». Concrètement : moins de plaintes sur la réciprocité, davantage d’instruments réellement utilisés.

Proposition 154 — Les États-Unis : alliés, partenaires, et jamais propriétaires de notre souveraineté

Ce qui existe. Les relations économiques transatlantiques sont beaucoup plus équilibrées que ne le suggère le seul commerce de marchandises. En 2025, l’UE affiche environ 199,6 Md€ d’excédent sur les biens avec les États-Unis ; sur les services, la dernière année consolidée disponible donne un déficit européen d’environ 178,4 Md€ en 2024. La France elle-même conserve un excédent de biens avec les États-Unis selon les séries américaines.

Ce que l’on constate. L’ère Trump 2 a rappelé que l’alliance n’abolit ni la puissance ni les intérêts. Sur le numérique, le CLOUD Act démontre qu’une donnée stockée physiquement en Europe n’est pas automatiquement hors d’atteinte d’une procédure américaine lorsqu’un fournisseur reste soumis à la juridiction des États-Unis.

Ce que nous ferons. Négocier avec Washington comme un partenaire indispensable, pas comme un protecteur auquel tout est dû. Et bâtir une souveraineté numérique graduée : pour les données critiques, fournisseur européen ou architecture dans laquelle le contenu sensible est inaccessible au fournisseur lui-même, clés détenues en Europe, administration séparée, métadonnées et dépendances opérationnelles maîtrisées. Pour les usages non critiques, concurrence ouverte sous droit européen.

Cloud, calcul, paiements, semi-conducteurs et réseaux nécessitent un investissement européen de très grande échelle ; nous ne lui attribuerons pas un chiffre global « centaines de milliards » sans programme consolidé.

Pourquoi tout le monde y gagne. L’autonomie européenne ne détruit pas l’alliance transatlantique ; elle la rend plus équilibrée.

Les chiffres. Biens UE–US 2025 : +199,6 Md€ pour l’UE ; services UE–US 2024 : −178,4 Md€. Concrètement : localisation seule ne suffit pas ; contrôle des clés, du contenu, des métadonnées et des opérations critiques.

Proposition 155 — Proche-Orient : faire produire des effets à la reconnaissance de la Palestine

Ce qui existe. Le 22 septembre 2025, la France a officiellement reconnu l’État de Palestine. La Déclaration de New York, portée notamment par la France et l’Arabie saoudite et endossée par 142 États en septembre 2025, combine solution à deux États, libération des otages, condamnation du Hamas pour le 7-Octobre, désarmement du Hamas et exclusion de celui-ci de la gouvernance de Gaza.

Ce que l’on constate. Le symbole est donc acquis. La question française de 2027 est l’après-reconnaissance : comment contribuer simultanément à la sécurité d’Israël et à la viabilité d’un État palestinien ?

Ce que nous ferons. Défendre une solution à deux États sur la base des lignes de 1967 avec arrangements négociés entre les parties ; contribuer à une architecture régionale garantissant le droit d’Israël à vivre en sécurité ; obtenir la libération des otages ; conditionner toute reconstruction politique de Gaza à une gouvernance palestinienne sans Hamas armé ; mobiliser l’Europe, les États arabes et les partenaires régionaux autour d’un dispositif de sécurité, de reconstruction et d’État viable.

Les chiffres. Diplomatie : la reconnaissance ne coûte presque rien ; aide, reconstruction et sécurité ont un coût réel. Concrètement : Israël en sécurité, Palestine viable, Hamas désarmé et hors gouvernement.

Proposition 156 — L’Inde et les non-alignés : transformer l’avance française en stratégie européenne

Ce qui existe. La France n’a pas découvert l’Inde hier : le partenariat stratégique franco-indien date de 1998 et couvre défense, nucléaire civil, espace, cyber et Indo-Pacifique. En janvier 2026, l’UE et l’Inde ont franchi une nouvelle étape avec la conclusion des négociations de l’accord de libre-échange et un partenariat sécurité-défense.

Ce que l’on constate. L’Inde est la plus grande démocratie électorale du monde et l’une des grandes économies à croissance la plus rapide, sans être pour autant un marché automatiquement simple ou prévisible. Elle assume son autonomie stratégique et ne se laissera enfermer ni dans un bloc occidental ni dans un bloc chinois.

Ce que nous ferons. Faire de l’avance franco-indienne le moteur du rapprochement UE–Inde : défense, nucléaire, spatial, technologies, universités, infrastructures, industrie et Indo-Pacifique. Le même principe guidera nos relations avec les grandes puissances non alignées : partenariat sans alignement automatique, réciprocité sans leçon de morale permanente.

Les chiffres. Coût : diplomatie et coopérations ont un coût réel ; les investissements sont arbitrés projet par projet. Concrètement : Paris ne « découvre » pas Delhi ; Paris entraîne l’Europe vers Delhi.

Proposition 157 — Réarmer le multilatéralisme : élargir l’ONU et casser le veto solitaire

Ce qui existe. Le Conseil de sécurité reste organisé autour du monde de 1945 : cinq membres permanents disposent d’un veto qui peut bloquer une décision même lorsqu’une immense majorité des États souhaite agir. La Russie, la Chine, les États-Unis, la France et le Royaume-Uni disposent tous de ce pouvoir. La France défend déjà l’entrée de l’Allemagne, du Japon, de l’Inde et du Brésil parmi les membres permanents, ainsi qu’une représentation permanente accrue de l’Afrique.

Ce que l’on constate. Le problème n’est pas seulement la composition du Conseil ; c’est aussi qu’un seul État permanent peut paralyser l’action collective. Ajouter de nouveaux permanents sans revoir cette mécanique risquerait de rendre le Conseil plus représentatif mais pas plus capable d’agir.

Ce qui nous menace. Une ONU qui représente de moins en moins le monde et qui, face aux crimes les plus graves, peut rester paralysée par le veto solitaire d’une puissance. À terme, l’illégitimité produit la substitution : coalitions ad hoc, rapports de force et institutions parallèles.

Ce que nous ferons. La France proposera une révision de la Charte des Nations Unies, assumée comme telle, portant simultanément sur la composition du Conseil et le veto.

Premier pilier : élargir les permanents. Allemagne, Japon, Inde et Brésil, ainsi que deux sièges permanents africains désignés par l’Union africaine, plutôt qu’un pays choisi par Paris au nom du continent.

Deuxième pilier : aucun veto solitaire face aux atrocités de masse. Pour une résolution concernant un génocide, des crimes contre l’humanité ou des crimes de guerre massifs, un veto d’un membre permanent ne deviendrait bloquant que s’il était rejoint par au moins un second membre permanent. Un P5 seul ne pourrait plus empêcher l’action collective.

Troisième pilier : le veto devient suspensif. Tout veto déclencherait automatiquement une réunion de l’Assemblée générale dans un délai maximal de quinze jours. Dans les matières définies par la Charte révisée, l’Assemblée pourrait renverser le veto par une double supermajorité :

Cette double clé évite deux dérives : la domination des seules grandes puissances et, à l’inverse, qu’une majorité de très petits États puisse seule engager une décision de sécurité mondiale.

Quatrième pilier : responsabilité du veto. Tout État permanent opposant un veto devra produire une motivation publique et juridique. En cas d’atrocités de masse, il devra expliquer pourquoi son veto est compatible avec la Charte, le droit international humanitaire et les engagements de prévention des crimes internationaux.

Cette réforme nécessite de modifier notamment les articles relatifs à la composition et au vote du Conseil. La Charte le permet. Son article 108 prévoit qu’un amendement entre en vigueur après adoption par les deux tiers de l’Assemblée générale puis ratification par les deux tiers des États membres, y compris les cinq membres permanents. L’article 109 permet également une conférence générale de révision. Le verrou est donc politique, pas juridique : il faudra convaincre les puissances qui disposent du veto d’accepter qu’il ne soit plus absolu. Source : Charte des Nations Unies, articles 108 et 109.

La France lancera pendant le quinquennat une coalition diplomatique formelle en faveur de cette réforme, avec le G4, l’Union africaine et les États qui soutiennent déjà l’encadrement du veto en cas d’atrocités de masse. L’objectif de 2045 reste le centenaire de l’ONU ; le jalon 2032 sera d’avoir un texte de réforme soutenu par une coalition transrégionale clairement identifiée.

En parallèle, nous utiliserons les outre-mer comme plateformes régionales : coopération civile et militaire avec Brésil, Suriname, Australie, Nouvelle-Zélande, Caraïbes, Canada, Madagascar, Maurice et voisins du Pacifique et de l’océan Indien.

Qui y perd, qui y gagne. Y perdent : le veto solitaire, la représentation figée de 1945 et ceux qui prospèrent dans le blocage. Y gagnent : les grandes démocraties et puissances émergentes sous-représentées, l’Afrique, les petites nations protégées par la double majorité, et l’ONU elle-même si elle retrouve la capacité d’agir.

Pourquoi tout le monde y gagne. Le monde de 1945 avait cinq puissances capables de bloquer les autres. Le monde de 2045 doit avoir davantage de puissances représentées, mais moins de puissances capables de bloquer seules le monde.

Les chiffres. Réforme : Conseil permanent élargi ; deux sièges africains désignés par l’UA ; veto atrocity-blocking uniquement à deux P5 ; renversement possible par 2/3 des États représentant ≥60 % de la population mondiale. Coût : diplomatie et coopération — non nul mais faible face à l’enjeu ; les programmes régionaux sont chiffrés séparément. Verrou juridique : amendement de la Charte selon l’article 108, donc ratification des cinq P5. Concrètement : le veto reste une protection des grandes puissances, mais cesse d’être l’arme solitaire capable d’immobiliser toute la planète.

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