Pour nos enfants — le programme intégral

QUATRIÈME PARTIE — DÉFENDRE ET RAYONNER

CHAPITRE XVII — L’EUROPE PUISSANCE

L’Europe a réussi le marché ; elle n’a jamais osé la puissance. Notre projet tient en une image : poser sur le marché unique à 27 ou plus, qui ne change pas, une surcouche de défense et de diplomatie entre les États qui veulent agir. Et le dire avec une honnêteté que le débat des nations européennes n’a jamais connue : nous ne promettrons rien que les traités interdisent mais nous construirons ce qu’ils permettent.

Proposition 49 — Le traité du « noyau » : ceux qui veulent défendre l’Europe avanceront ensemble

Ce qui existe. En diplomatie et en défense, l’Union décide à l’unanimité. Le traité verrouille même la sortie : étendre le vote à la majorité en matière militaire exige une révision ratifiée par les vingt-sept parlements ; l’étendre en diplomatie exige… une décision unanime. Supprimer l’unanimité exige l’unanimité -voilà le paradoxe que tous les programmes taisent.

Ce que l’on constate. Des trains de sanctions retardés ou édulcorés par un seul veto. Des déclarations bloquées. À trente États et plus, demain, l’unanimité rendra l’Union mathématiquement ingouvernable.

Ce qui nous menace. Avec une Amérique qui se retire, une Europe incapable de décider n’est pas une puissance : c’est un agrégat de budgets et un otage collectif.

Ce que nous ferons. Un traité entre douze à quinze États -de prime abord, comptant ceux-ci : France, Allemagne, Benelux, Italie, Pologne, Royaume-Uni, Espagne, Portugal, Pays Scandinaves, Pays Baltes- signé hors du cadre de l’Union, comme Schengen le fut en 1985 avant d’être intégré aux traités en 1997. La voie est juridiquement sûre : la Cour de justice l’a validée, et le traité budgétaire de 2012 a été signé par vingt-cinq États en trois mois. Ce noyau décidera à la majorité qualifiée, élira son président, mutualisera renseignement et programmes avec un secrétariat de moins de cent personnes, pas une commission de plus. Le texte du traité sera publié pendant la campagne : la différence entre un discours et une politique, le trait d’union entre une UE incompétente sur ces sujets et l’OTAN qui se délite et qui perd de son sens à mesure que la relation transatlantique s’étiole !

Qui y perd, qui y gagne. Y perdent : les bloqueurs professionnels, qui ne bloqueront plus que leur propre absence ; et le confort des sommets sans suite. Y gagnent : les États qui veulent agir, et l’industrie de défense européenne.

Pourquoi tout le monde y gagne. Le marché unique reste intact, la porte du noyau reste ouverte à quiconque en accepte les règles. Nous ne demanderons plus à vingt-sept la permission d’être puissants diplomatiquement et militairement.

Les chiffres. Coût : un secrétariat de moins de cent agents, soit quelques dizaines de millions d’euros par an — à comparer aux ~9 milliards de fonctionnement annuel des institutions de l’Union. Rapport : le passage de l’unanimité à la majorité qualifiée sur la défense et la diplomatie du noyau. Inaction : à 27, un seul veto retarde un train de sanctions de plusieurs mois ; à 30 États et plus, le seuil d’une voix bloquante tombe sous 3,5 %. Trajectoire : négligeable pour la dette. Concrètement : deux précédents — Schengen signé à cinq en 1985 puis intégré aux traités en 1997 ; le traité budgétaire de 2012 ratifié par 25 États en moins de trois mois.

Proposition 50 — L’anti-blocage symétrique : la règle vaut aussi pour la France

Ce qui existe. Pour suspendre les droits de vote d’un État qui bafoue l’état de droit, l’Union exige l’unanimité moins l’État visé et il suffit d’un allié pour tout bloquer. Le mécanisme n’a jamais abouti.

Ce que l’on constate. Un seul État dérivant peut prendre vingt-six capitales en otage. Et chaque État jure que cela n’arrivera qu’aux autres.

Ce qui nous menace. Un noyau sans garde-fou contre ses propres dérives reproduirait le vice qu’il prétend corriger. Et nul pays n’est immunisé (pas même le nôtre) contre un changement radical de bord politique ou d’une arrivée populiste : une majorité autoritaire en France est une hypothèse, pas une impossibilité.

Ce que nous ferons. Le traité du noyau contiendra une clause symétrique : tout État membre dont les institutions dérivent -juges soumis, presse muselée, élections faussées, culture muselée, …- selon des critères objectifs constatés à la majorité qualifiée des autres, perd sa voix bloquante, sans perdre sa place. Y compris la France. Nous signerons une règle qui pourrait un jour s’appliquer contre nous : c’est précisément ce qui la rend crédible.

Qui y perd, qui y gagne. Y perdent : les apprentis autocrates de demain, d’où qu’ils viennent -y compris de chez nous. Y gagnent : les petits États, protégés du directoire des grands par la même clause qui protège les grands des dérives des petits ; et les citoyens de chaque État membre, dont les libertés deviennent l’affaire de tous.

Pourquoi tout le monde y gagne. Une règle qu’on accepte pour soi-même est la seule qu’on puisse imposer aux autres. C’est la différence entre une alliance de circonstance et un ordre de droit ; et les ordres de droit durent.

Les chiffres. Coût : nul — une clause de traité. Rapport : une voix bloquante retirée à tout État dérivant, sans l’exclure. Inaction : la procédure de l’article 7 du traité, ouverte depuis 2017-2018 contre deux États, n’a jamais abouti faute d’unanimité — zéro sanction en près de dix ans. Trajectoire : neutre. Concrètement : dérive constatée sur critères objectifs à la majorité qualifiée des autres ; la clause vaut aussi contre la France — c’est ce qui la rend opposable.

Proposition 51 — Le retour du Royaume-Uni : la maison commune d’abord, le déménagement ensuite

Ce qui existe. Un partenariat de sécurité et de défense entre Londres et l’Union, signé en mai 2025, même si c’est un cadre léger. Les négociations sur la participation britannique au grand programme d’armement européen ont échoué fin 2025, sur les questions d’argent. Aucun grand parti britannique ne porte la réadhésion pour l’instant, mais le peuple gronde de plus en plus souvent et de plus en plus fort.

Ce que l’on constate. Deuxième budget militaire d’Europe, puissance nucléaire, premier renseignement du continent : une défense européenne sans le Royaume-Uni n’est pas crédible. Et le retrait américain a fait plus pour l’européanisation des Britanniques que vingt discours français et allemands.

Ce qui nous menace. Attendre une réadhésion que personne ne décrète, c’est perdre dix ans. Punir le Brexit encore, c’est punir l’Europe avec.

Ce que nous ferons. Arrimer le Royaume-Uni au noyau dès sa fondation : le trio Paris-Berlin-Londres comme antichambre, un traité de défense bilatéral élargi, une place pleine dans les décisions du noyau -sans attendre Bruxelles. Et tenir la porte de l’Union grande ouverte pour une réadhésion pleine et définitive, sans statut spécial : la procédure ordinaire, quand Londres la demandera. C’est un cap, pas une promesse de mandat -et nous le disons.

Qui y perd, qui y gagne. Y perdent : les nostalgiques de la punition, et ceux qui s’étaient habitués à une Europe sans les Anglais. Y gagnent : la défense européenne, qui récupère sa pièce manquante ; et Londres, qui retrouve une influence à sa mesure.

Pourquoi tout le monde y gagne. L’histoire offre rarement une seconde chance aux divorces géopolitiques. Celle-ci est ouverte ; un pays sérieux la saisit.

Les chiffres. Coût : marginal — un traité de défense, pas une dépense nouvelle. Rapport : un partenaire qui pèse de l’ordre de 65 milliards d’euros de budget militaire (deuxième d’Europe), une dissuasion nucléaire et le premier service de renseignement du continent. Inaction : les négociations Londres–programme d’armement européen ont échoué fin 2025 sur l’argent ; chaque année perdue est une capacité commune en moins. Trajectoire : neutre pour la dette. Concrètement : le partenariat de sécurité UE–Londres signé en mai 2025 existe déjà — il s’agit de l’élargir au noyau, pas de le créer.

Proposition 52 — Acheter européen : la commande publique comme arme industrielle

Ce qui existe. Environ 40 % seulement des achats de défense européens sont passés entre Européens ; le reste part, pour l’essentiel, outre-Atlantique. Les États-Unis, eux, réservent leurs marchés publics à leur industrie sans le moindre état d’âme.

Ce que l’on constate. La fragmentation des achats coûte environ 30 % de surcoût capacitaire à l’Europe. Chaque euro public parti ailleurs finance les usines, les emplois et la recherche des autres. Et l’on n’y gagne pas vraiment en cohérence, si l’on excepte le prohibitif coût du parapluie nucléaire US qui force à l’achat de F35 !

Ce qui nous menace. Un réarmement européen payé aux industriels américains : la vassalité reconduite pour trente ans, avec notre propre argent, l’épuisement de notre excellence en matière d’industrie de l’armement !

Ce que nous ferons. Une législation « Achetons européen » appliquée : préférence européenne assumée dans la commande publique, civile et militaire. Cible : 60 % puis 85 % d’achats de défense entre Européens, en restreignant ce que signifie « Européen » au territoire de l’UE (cf la catastrophique définition du « made in EU » adopté par l’industrie automobile en 2026 !!). La commande publique réelle deviendra un outil industriel -commander pour faire naître des champions, comme les grandes agences américaines le font depuis cinquante ans. La même règle vaudra pour le numérique de l’État : l’intelligence artificielle de nos administrations sera française et européenne… le cloud devra y migrer aussi, à terme !

Qui y perd, qui y gagne. Y perdent : les fournisseurs extra-européens, et les acheteurs publics habitués au catalogue américain. Y gagnent : l’industrie française -premier exportateur d’armes du continent, première bénéficiaire des séries longues- les emplois qualifiés, chaque État du noyau, chaque état de l’UE.

Pourquoi tout le monde y gagne. Les séries longues font baisser les prix : le contribuable paie moins cher des armes mieux faites. Et nos alliés eux-mêmes y gagnent un partenaire au lieu d’un client -on respecte ceux qui se respectent.

Les chiffres. Coût : nul — une réorientation de la commande publique. Rapport : aujourd’hui ~60 % des achats de défense européens partent hors d’Europe, et la fragmentation coûte ~30 % de surcoût capacitaire. Inaction : un réarmement payé aux industriels américains — usines, emplois et R&D financés ailleurs, avec l’argent du contribuable européen. Trajectoire : neutre pour la dette, fort gain industriel et fiscal par les séries longues. Concrètement : cible de 60 puis 85 % d’achats intra-européens, « Européen » restreint au territoire de l’UE ; même règle pour l’IA et le cloud de l’État.

Proposition 53 — La Chine : la réciprocité, ni naïveté ni rupture

Ce qui existe. Depuis quarante ans, la Chine impose aux entreprises étrangères des coentreprises et des transferts de technologie ; nous accueillons ses investissements sans condition. Nos dépendances sont connues : médicaments, terres rares, composants. Et aujourd’hui la Chine est un géant de l’innovation.

Ce que l’on constate. La Chine est les deux à la fois : rival systémique et partenaire commercial majeur. Toute politique qui n’assume qu’une moitié de cette phrase échoue.

Ce qui nous menace. Devenir le déversoir de la surproduction chinoise ; perdre l’automobile comme nous avons perdu les panneaux solaires par naïveté, pas par fatalité.

Ce que nous ferons. La réciprocité stricte : nos marchés s’ouvrent comme les leurs s’ouvrent. Tout investissement chinois stratégique ou d’innovation en Europe passera par une coentreprise détenue à 51 % par des Européens -des transferts de technologie, dès lors à notre avantage. Des droits de douane européens ciblés, et aucun rachat d’actif stratégique. La souveraineté sera obligatoire sur les médicaments ; les terres rares seront extraites en Europe, avec une exigence écologique qui fera référence. Enfin, la diplomatie de la puce : l’Europe détient, avec le néerlandais ASML, l’unique fournisseur mondial des machines de gravure les plus avancées. Qui veut nos machines installe des usines chez nous — la méthode chinoise, retournée. (sachant que les embargos US obligent déjà ASML à ne livrer que des machines vieilles de 10 ans à la Chine…)

Qui y perd, qui y gagne. Y perdent : les exportateurs qui sacrifiaient l’intérêt européen à leurs contrats trimestriels ; tant pis, à court terme, pour quelques berlines et quelques spiritueux. Y gagnent : l’industrie, la souveraineté sanitaire, et nos partenaires d’Asie qui cherchent une alternative.

Pourquoi tout le monde y gagne. Même Pékin y gagne un partenaire prévisible : on négocie mieux avec un égal qu’avec un vassal. Le commerce continue partout et les grands marchés restent debout.

Les chiffres. Coût : nul — une politique commerciale, pas une dépense. Rapport : la réciprocité stricte sur l’accès au marché, les médicaments, les terres rares et les puces. Inaction : le précédent des panneaux solaires — un leadership industriel européen perdu en moins d’une décennie face à la surproduction subventionnée ; l’automobile est la suivante sur la liste. Trajectoire : neutre pour la dette, gain de souveraineté. Concrètement : coentreprise détenue à 51 % par des Européens pour tout investissement chinois stratégique ; levier ASML — monopole mondial de la gravure avancée — qui veut les machines installe les usines ici.

Proposition 82 — L’argent de l’Europe : la vérité des comptes, le retour par les projets

Ce qui existe. La France verse à l’Union plus qu’elle n’en reçoit : environ huit milliards d’euros par an de solde net en moyenne sur la dernière décennie -deuxième contributeur net depuis le Brexit, environ 0,3 % du revenu national. Et la facture monte : le prélèvement européen approchera trente milliards par an d’ici la fin de la décennie, remboursement du plan de relance commun compris. Ces chiffres existent dans une annexe budgétaire que personne ne lit.

Ce que l’on constate. Deux discours également faux se partagent le débat : « l’Europe nous coûte une fortune », qui oublie que la France est aussi le premier bénéficiaire en volume des dépenses européennes, agriculture en tête, et que le marché unique rapporte à notre économie dix à trente fois le solde comptable selon toutes les études sérieuses ; et « le sujet est tabou », qui interdit de poser une question pourtant légitime : un pays endetté à 117 % de son PIB peut-il continuer à signer des chèques sans conditions ?

Ce qui nous menace. Le piège du « juste retour » à l’anglaise, qui a empoisonné l’Europe pendant quarante ans et l’a menée au Brexit ; ou, à l’inverse, la résignation du payeur silencieux pendant que des bénéficiaires nets bloquent la diplomatie commune.

Ce que nous ferons. Trois exigences. La transparence : le solde net publié chaque année, lisiblement, avec ses deux faces (ce que nous versons, ce que le marché unique nous rapporte) ; les Français sont adultes. Le retour par les projets : notre contribution cessera d’être un chèque pour devenir un investissement, fléchée par la négociation vers ce qui construit la puissance commune dont la France bénéficie au premier rang : défense, technologie, la place boursière de la proposition 81, les clauses miroirs du chapitre XII. Et la conditionnalité symétrique de la proposition 50 : la solidarité budgétaire européenne vaut pour les pays qui respectent les règles communes ; on ne finance pas ceux qui bloquent. Enfin, pour le remboursement de la dette commune : de vraies ressources propres européennes -taxe carbone aux frontières, profits des géants numériques, douanes réelles sur les petits colis chinois, etc…- plutôt qu’une hausse des contributions nationales que notre dette ne permet pas.

Qui y perd, qui y gagne. Y perdent : le confort du chèque silencieux, et les bénéficiaires nets qui voudraient l’argent sans les règles. Y gagnent : les contribuables français, qui sauront enfin ce qu’ils paient et pourquoi ; et l’Europe elle-même — un payeur qui s’assume est un partenaire plus solide qu’un payeur qui rumine.

Pourquoi tout le monde y gagne. La vérité des comptes est le contraire de l’euroscepticisme : c’est elle qui désarme les démagogues. Quand chaque euro versé sera visible et chaque euro investi traçable, la contribution française cessera d’être un grief pour redevenir ce qu’elle est : la cotisation d’un pays fondateur à sa propre puissance.

Les chiffres. Coût : ~8 milliards d’euros de solde net par an (deuxième contributeur depuis le Brexit, ~0,3 % du revenu national), et un prélèvement qui approchera 30 milliards par an d’ici 2030, remboursement du plan de relance compris. Rapport : premier bénéficiaire en volume (PAC en tête), et un marché unique qui rapporte 10 à 30 fois le solde net selon les études. Inaction : le « juste retour » à l’anglaise — quarante ans de grief, jusqu’au Brexit. Trajectoire : pas un coût nouveau — la même contribution, fléchée et conditionnée. Concrètement : solde net publié chaque année, et de vraies ressources propres (carbone aux frontières, géants numériques, douanes sur les petits colis) pour rembourser la dette commune sans hausse des contributions nationales.

Proposition 86 — Le 28e régime : une entreprise, un droit, tout le marché

Ce qui existe. Le marché unique est réputé « unique », mais une entreprise qui veut le conquérir doit composer avec vingt-sept droits des sociétés, vingt-sept droits des faillites, vingt-sept fiscalités de l’épargne et de l’investissement. Pour vendre dans toute l’Europe, elle crée des filiales pays par pays, là où une entreprise américaine déploie une seule société sur un état fédéral continental.

Ce que l’on constate. C’est l’épargne européenne qui en paie le prix : faute de cadre commun, environ 300 milliards d’euros partent chaque année financer l’économie américaine plutôt que les entreprises du continent (rapport Letta), tandis que le stock considérable de l’épargne des ménages -de l’ordre de 35 000 milliards- dort en produits garantis au lieu d’irriguer nos entreprises. Les rapports Letta et Draghi de 2024 ont posé le diagnostic et le remède sous un nom : l’union de l’épargne et de l’investissement et sa pièce maîtresse, un « 28e régime », un droit européen optionnel dans lequel une entreprise peut choisir de naître et d’opérer partout comme une entité unique… on en est aux prémices !

Ce qui nous menace. Une Europe qui invente et que d’autres capitalisent -nos meilleurs fondateurs européens faisant grandir leurs entreprises innovantes sous droit américain (les fameuses Delaware Corps.) parce que notre droit change à chaque frontière intérieure.

Ce que nous ferons. Porter le 28e régime et le faire aboutir : un statut européen unique -droit des sociétés, droit des faillites, volets clés du droit du travail et de la fiscalité- qu’une entreprise adopte une fois pour opérer dans toute l’Union, sans filiale par pays. C’est le versant « offre » dont la place boursière de la proposition 81 est le versant « marché » : une forme juridique unique, une épargne profonde, une place pour se coter, voilà les trois étages qui manquent à l’Europe. Et nous le ferons par la voie que les traités permettent : un règlement européen optionnel, fondé sur la compétence du marché intérieur -l’article 114-, qui n’oblige personne et ne demande aucune révision, à la différence d’une fusion forcée des vingt-sept droits des faillites, qui resterait un vœu. L’option, pas la contrainte ; ce qui se construit, pas ce qui se promet.

Qui y perd, qui y gagne. Y perdent : la rente des vingt-sept guichets, et l’habitude de tenir le marché unique pour achevé alors qu’il est inachevé. Y gagnent : les entreprises qui veulent grandir à l’échelle du continent ; l’épargne européenne, qui trouve enfin où s’investir chez elle ; et la France, dont les fondateurs cessent d’émigrer juridiquement.

Pourquoi tout le monde y gagne. Suivre Draghi, ici, ce n’est pas un slogan fédéraliste : c’est rendre tangible une promesse déjà faite, celle d’un marché vraiment unique. Une entreprise, un droit, tout le marché : l’Europe l’a promis en 1957 ; il est temps de le livrer.

Les chiffres. Coût : nul pour les finances publiques — un règlement optionnel fondé sur l’article 114, pas une dépense. Rapport : retenir les ~300 milliards d’euros d’épargne européenne qui fuient chaque année vers les États-Unis (rapport Letta), et réveiller le stock dormant des ménages, de l’ordre de 35 000 milliards. Inaction : nos meilleurs fondateurs s’immatriculent en « Delaware Corp. » faute de droit commun — l’Europe invente, d’autres capitalisent. Trajectoire : neutre budgétairement, fort effet sur le financement des entreprises. Concrètement : un statut unique (sociétés, faillites, volets clés) adopté une fois pour tout le marché — sans révision des traités.

Proposition 140 — La règle d’or productive : sortir l’investissement d’avenir du déficit, sous une définition stricte et commune

Ce qui existe. Depuis la réforme de 2024, le Pacte de stabilité ne regarde plus la dette brute mais la trajectoire de dépenses nettes propre à chaque État, et il valorise désormais l’investissement et l’effort de défense. Mieux : l’Union a créé en 2025 une clause dérogatoire nationale qui autorise chaque pays à consacrer jusqu’à un point et demi de PIB par an de dépenses de défense supplémentaires, pendant quatre ans, sans que cela compte dans le déficit excessif. Le principe d’exclure une dépense stratégique du calcul du déficit existe donc déjà — pour les canons.

Ce que l’on constate. L’Europe a déjà cessé de compter toutes les dépenses de la même façon : elle distingue la bonne dette, celle qui prépare l’avenir, de la mauvaise, celle qui finance le présent à crédit. Mais le mot « investissement » est une étiquette élastique, et les États rigoureux ont raison de s’en méfier : mal définie, une règle d’or devient une passoire qui ruine la crédibilité de la règle — et de l’euro.

Ce qui nous menace. Deux dangers symétriques. Sans souplesse, la règle force à couper l’investissement — l’avenir — pour protéger le fonctionnement — le présent. Avec une souplesse floue, chacun repeint ses dépenses courantes en « investissement » et le sérieux budgétaire s’effondre. Il faut trancher entre les deux, pas choisir un camp.

Ce que nous ferons. Porter une règle d’or productive, et la rendre acceptable par sa rigueur même. Sortir du calcul du déficit une liste fermée, stricte et identique pour les Vingt-Sept d’investissements réellement productifs : l’énergie décarbonée dont le nucléaire, les infrastructures transfrontalières, la défense déjà admise, les technologies de rupture et la puissance de calcul. Aux partenaires qui craignent l’abus, nous offrons les garanties qu’ils réclameraient eux-mêmes : une définition volontairement étroite et universelle, la même pour tous, sans exception nationale ; une certification par une autorité budgétaire européenne indépendante, qui dit ce qui entre et ce qui n’entre pas ; une clause d’extinction, car une dérogation permanente n’est plus une dérogation ; et une condition absolue — la dérogation ne vaut que si la trajectoire de dépenses de fonctionnement reste tenue et la dette globale sur une pente descendante. La France s’imposera cette discipline avant de la demander aux autres, comme pour l’anti-blocage symétrique de la proposition 50. Nous le porterons par le noyau (proposition 49) et l’adosserons à l’argent de l’Europe (proposition 82).

Qui y perd, qui y gagne. Y perdent : les maquilleurs de comptes, qui ne pourront pas repeindre du fonctionnement en investissement ; et le court-termisme qui sacrifie les centrales et les trains pour tenir un ratio à la décimale. Y gagnent : les États qui investissent, le climat, la défense commune, et la crédibilité de l’euro, qu’une règle intelligente sert mieux qu’une règle aveugle.

Pourquoi tout le monde y gagne. Sortir un réacteur nucléaire du calcul du déficit tout en gardant le fonctionnement sous discipline, ce n’est pas du laxisme : c’est dire la vérité sur ce qui construit l’avenir. Une règle étroite, auditée et commune renforce le Pacte au lieu de l’affaiblir. La formule tient en une phrase : on ne demande pas de dépenser plus, on demande de cesser de compter une centrale comme on compte une allocation de fonctionnement — l’Europe l’a admis pour ses canons, qu’elle l’admette pour ses centrales, ses trains et ses calculateurs.

Les chiffres. Coût : nul en propre — une réforme de règles, pas une dépense ; le carve-out est neutre pour le solde de fonctionnement. Rapport : financer l’investissement d’avenir sans sacrifier la discipline courante, en prolongeant un précédent réel (la clause défense, +1,5 point de PIB par an sur quatre ans). Inaction : couper les EPR2, les réseaux et le calcul pour tenir un ratio — l’avenir rogné pour le présent. Trajectoire : notre garant reste intact — le fonctionnement demeure soumis à l’équilibre en temps de paix et aux contraintes fondatrices ; seul l’investissement productif certifié en est distingué. Concrètement : liste fermée et universelle d’actifs éligibles, certifiée par une autorité européenne indépendante, avec clause d’extinction et condition de dette descendante.