CHAPITRE XVI — L’OUTRE-MER : LES FRANCE D’AILLEURS
La France n’est pas seulement hexagonale. Des Caraïbes à l’océan Indien, de la Guyane au Pacifique, elle possède des territoires qui font d’elle une puissance maritime sur tous les océans et qu’elle traite trop souvent comme des problèmes lointains plutôt que comme des trésors. Nous changerons le regard : rapprocher les métropolitains de ces France d’ailleurs, casser la vie chère qui les étrangle, et ramener l’État là où il a reculé -Mayotte, Guyane- par l’exécution et non par la promesse. La Réunion, la Guadeloupe, la Guyane, la Nouvelle Calédonie sont des paradis sur terre ; il est temps de les traiter comme tels.
Proposition 108 — Rapprocher les France d’ailleurs : le tourisme et la continuité territoriale
Ce qui existe. Aller aux Antilles est un luxe, la Polynésie un rêve de millionnaire. La dotation de continuité territoriale plafonne autour de soixante-dix millions d’euros, et le prix des billets, tiré par le kérosène, met ces territoires hors de portée de la plupart des métropolitains.
Ce que l’on constate. On ne défend bien que ce que l’on connaît bien. Tant que la Réunion, la Guadeloupe ou la Nouvelle-Calédonie resteront, pour les métropolitains, des points lointains sur une carte, leurs crises — grèves, cyclones, émeutes — paraîtront étrangères, et les revendications de ces Français-là ne nous parleront pas. Et le premier responsable de cet éloignement est la classe politique elle-même, qui n’y va trop souvent qu’en pompier ou en visiteur de passage.
Ce qui nous menace. Une France qui s’ignore elle-même : un Hexagone qui ne sent plus ses outre-mer, et des outre-mer qui se sentent abandonnés — le terreau de tous les ressentiments et de toutes les tentations séparatistes.
Ce que nous ferons. Faire du rapprochement une politique. Renforcer nettement la continuité territoriale pour rendre les billets abordables — par la dotation, par la concurrence aérienne, par des dispositifs ciblés pour les jeunes, les familles et les étudiants. Promouvoir le tourisme métropolitain vers les outre-mer comme une grande cause : ces territoires sont parmi les plus beaux du monde, et leur économie touristique en vit. Et faire connaître, à l’école et dans les médias publics, la richesse de ces France d’ailleurs — leur histoire, leur géographie, leurs atouts.
Qui y perd, qui y gagne. Y perdent : l’indifférence hexagonale, et les rentes du transport aérien captif. Y gagnent : les métropolitains, qui découvrent leur propre pays ; les économies ultramarines, portées par le tourisme ; et l’unité nationale, qui se nourrit de liens réels.
Pourquoi tout le monde y gagne. Un pays qui visite ses outre-mer est un pays qui les défend. Le billet abordable n’est pas une dépense : c’est l’investissement le moins cher dans la cohésion d’une nation à cheval sur tous les océans.
Les chiffres. Coût : le renforcement de la continuité territoriale (dotée d’environ 73 millions aujourd’hui) — modéré. Rapport : rapprocher les métropolitains de leurs outre-mer (on ne défend que ce qu’on connaît), et un tourisme qui fait vivre ces économies. Inaction : une France qui s’ignore, des outre-mer qui se sentent abandonnés — le terreau du séparatisme. Trajectoire : dépense modérée, recettes touristiques induites. Concrètement : aller aux Antilles est un luxe, la Polynésie un rêve de millionnaire — des billets rendus abordables par la dotation, la concurrence aérienne et des dispositifs pour les jeunes et les familles.
Proposition 109 — La vie chère : casser les rentes, baisser les prix
Ce qui existe. Aux Antilles et à la Réunion, les prix sont en moyenne quarante-deux pour cent plus élevés qu’en métropole. Des monopoles d’importation, des chaînes logistiques captives et une fiscalité locale particulière y entretiennent une « vie chère » qui mine le quotidien et nourrit les explosions sociales.
Ce que l’on constate. La cherté n’est pas une fatalité géographique : c’est aussi le produit de rentes — quelques acteurs qui contrôlent l’importation et la distribution. L’octroi de mer, souvent accusé, pèse en réalité peu sur les prix (de l’ordre de quelques points) mais finance environ la moitié des recettes des communes : on ne peut donc le supprimer d’un trait sans assécher les collectivités.
Ce qui nous menace. Des prix qui restent insupportables, des colères qui reviennent à chaque rentrée, et le sentiment, fondé, d’une double peine ultramarine.
Ce que nous ferons. Attaquer la vie chère par ses vraies causes. Ouvrir à la concurrence les chaînes d’importation et de distribution, traquer les ententes, et exonérer durablement de taxe les produits de première nécessité — en pérennisant et en élargissant l’expérimentation engagée. Réformer l’octroi de mer avec précaution plutôt que le supprimer à l’aveugle : compenser à l’euro près les communes, pour ne pas réparer un problème en en créant un autre. Et soutenir les productions locales, pour réduire la dépendance aux importations qui font le prix.
Qui y perd, qui y gagne. Y perdent : les monopoles d’importation et les ententes qui prospéraient sur l’éloignement. Y gagnent : les consommateurs ultramarins, d’abord les plus modestes ; et les producteurs locaux, encouragés.
Pourquoi tout le monde y gagne. Faire baisser les prix outre-mer, ce n’est pas une faveur : c’est rendre la République égale à elle-même sur tout son territoire. Là où le quotidien cesse d’étrangler, la colère reflue et la confiance revient.
Les chiffres. Coût : l’exonération de taxe sur les produits de première nécessité — une recette en moins, ciblée. Rapport : casser les rentes d’importation et soutenir les productions locales. Inaction : des prix +42 % par rapport à la métropole, une vie chère qui mine le quotidien et nourrit les explosions sociales. Trajectoire : coût fiscal ciblé, compensé par la concurrence et la production locale. Concrètement : concurrence ouverte sur l’import et la distribution, première nécessité détaxée, octroi de mer réformé avec prudence — il finance ~50 % des recettes des communes, donc compensé à l’euro près.
Proposition 110 — Mayotte : de l’argent promis à l’exécution tenue
Ce qui existe. Le cyclone Chido a dévasté Mayotte en décembre 2024. L’État a promis quatre milliards d’euros, voté une loi de refondation, présenté un plan 2026-2031 et durci l’accès à la nationalité. Mais un an après, à peine vingt-cinq millions ont été dépensés — soit zéro virgule six pour cent de l’enveloppe annoncée.
Ce que l’on constate. À Mayotte se concentrent tous les défis : immigration clandestine massive, services publics effondrés, insécurité, urgences sanitaires. Et le mal français y atteint son comble : après les annonces et les milliards promis, l’exécution ne suit pas. Le problème n’est plus l’argent décidé ; c’est l’argent dépensé.
Ce qui nous menace. Une promesse de plus non tenue, un département français qui s’enfonce, et la démonstration, faite à tous nos outre-mer, que la parole de l’État ne vaut rien.
Ce que nous ferons. Faire de Mayotte un test d’exécution. Un pilotage resserré, des objectifs datés et publiés, une reddition de comptes trimestrielle sur les sommes réellement dépensées — pas seulement annoncées. La reconstruction des infrastructures essentielles — eau, écoles, hôpital — menée comme un chantier d’urgence, au régime accéléré du chapitre X. Et, dans le même temps, stopper l’hémorragie migratoire : surveillance maritime et terrestre renforcée, état-major opérationnel dédié, application ferme du droit dérogatoire déjà voté. On ne reconstruit pas un seau percé sans en colmater le fond.
Qui y perd, qui y gagne. Y perdent : les filières d’immigration clandestine, et l’habitude des annonces sans suite. Y gagnent : les Mahorais, Français trop longtemps abandonnés ; et la crédibilité de l’État, qui prouve qu’il sait livrer.
Pourquoi tout le monde y gagne. Mayotte tenue, c’est la preuve que la République peut encore exécuter ce qu’elle promet. Ce n’est pas un fardeau : c’est une démonstration — pour Mayotte d’abord, pour tous nos outre-mer ensuite.
Les chiffres. Coût : les 4 milliards déjà promis après le cyclone Chido — dont 0,6 % seulement dépensés un an après : le problème est l’exécution, pas l’enveloppe. Rapport : un département français redressé, et la preuve que l’État sait livrer. Inaction : une promesse de plus non tenue, et la démonstration, faite à tous nos outre-mer, que la parole de l’État ne vaut rien. Trajectoire : dépense déjà budgétée, à exécuter. Concrètement : pilotage resserré, reddition trimestrielle sur les sommes réellement dépensées, reconstruction au régime d’urgence — et l’hémorragie migratoire stoppée (on ne reconstruit pas un seau percé sans en colmater le fond).
Proposition 111 — Guyane : éradiquer l’orpaillage illégal et les cartels
Ce qui existe. La Guyane, plus grand département français, frontière amazonienne, est rongée par l’orpaillage illégal qui empoisonne ses fleuves au mercure, et par des trafics (drogue, êtres humains) qui prospèrent sur l’immensité et la porosité des frontières.
Ce que l’on constate. L’État y dispose de moyens réels mais dispersés, face à des réseaux mobiles et déterminés. Le problème n’est pas tant l’absence de force que son emploi : il manque un inventaire précis des besoins militaires et policiers, et une stratégie qui frappe les filières à la racine, leur logistique et leur argent.
Ce qui nous menace. Un territoire grand comme le Portugal qui échappe par pans entiers à la loi, une catastrophe écologique silencieuse, et une base arrière pour le narcotrafic atlantique (chapitre XIV).
Ce que nous ferons. Dresser l’inventaire réel des besoins -hommes, hélicoptères, moyens fluviaux, renseignement- et concentrer la force pour éradiquer l’orpaillage illégal et démanteler les cartels. Tenir les fleuves et les pistes, frapper les filières par l’enquête financière et la saisie (méthode du chapitre XIV), coopérer avec le Brésil et le Suriname voisins. C’est dur, mais c’est possible : il faut d’abord faire mieux avec ce que nous avons, avant de demander davantage.
Qui y perd, qui y gagne. Y perdent : les orpailleurs illégaux et les réseaux qui empoisonnaient le fleuve et la population. Y gagnent : les Guyanais, leur santé, leur environnement ; et l’État, qui réoccupe son territoire.
Pourquoi tout le monde y gagne. Reprendre la Guyane à l’illégalité, c’est sauver un joyau écologique, protéger une population française, et fermer une porte au narcotrafic. La forêt, la santé et la loi y gagnent ensemble.
Les chiffres. Coût : un inventaire et une concentration des moyens militaires et policiers — d’abord mieux employer l’existant. Rapport : éradiquer l’orpaillage illégal (qui empoisonne les fleuves au mercure) et démanteler les cartels, reprendre le territoire. Inaction : un territoire grand comme le Portugal qui échappe par pans entiers à la loi, base arrière du narcotrafic atlantique. Trajectoire : redéploiement d’abord, puis moyens ciblés. Concrètement : tenir les fleuves et les pistes, frapper les filières par l’enquête financière et la saisie, coopérer avec le Brésil et le Suriname.
Proposition 112 — Nouvelle-Calédonie : la présence, le nickel, le dialogue
Ce qui existe. La Nouvelle-Calédonie sort meurtrie de l’insurrection de mai 2024. L’accord de Bougival, puis l’accord Élysée-Oudinot de janvier 2026, dessinent un « État de Nouvelle-Calédonie » à souveraineté limitée mais les principales forces indépendantistes refusent de le signer. Et le nickel, poumon économique du territoire, est en crise : une usine fermée, une autre en quête de repreneur, la Société Le Nickel sous perfusion de l’État et d’Eramet.
Ce que l’on constate. Dans le Pacifique, rien n’est neutre : un territoire français affaibli est une porte ouverte aux appétits des puissances de la zone. Parler d’indépendance dans ce contexte n’est ni sain ni responsable mais ignorer l’aspiration kanak ne l’est pas davantage. La sortie ne sera ni la sécession, ni le statu quo.
Ce qui nous menace. Un territoire qui décroche économiquement, se fracture politiquement, et bascule sous influence étrangère — la France perdant d’un coup une économie, une population et une position stratégique majeure dans l’Indo-Pacifique au profit de la Chine, dont l’appétit ne se dément pas dans la région, au regard des incursions de juin 2026 dans les eaux territoriales de Nouvelle Zélande !!
Ce que nous ferons. Trois fers au feu. La présence : faire de la Nouvelle-Calédonie un point d’appui assumé de notre stratégie indo-pacifique — aux côtés de nos partenaires australien, néo-zélandais, indonésien et singapourien —, face à une Chine qui a les moyens financiers d’une séduction mortifère et qu’il est hors de question de laisser s’emparer du territoire. Cela peut justifier, dans une prochaine loi de programmation militaire (chapitre XVIII), le renforcement de nos moyens navals dans la zone — jusqu’à l’étude d’un port en eau profonde capable d’appuyer notre marine ; quant à y projeter une composante de la dissuasion, c’est un choix doctrinal lourd, à peser pour ce qu’il serait — un signal stratégique majeur — et non à décréter à la légère. Le nickel : sauver et moderniser la filière (Eramet, Société Le Nickel), car sans économie il n’y a pas de paix sociale, et faire du nickel calédonien un atout de la souveraineté minière européenne (chapitre XVII). Le dialogue : reprendre le fil patiemment, sans imposer ni céder, pour bâtir un statut durable qui reconnaisse l’identité kanak dans l’ensemble français. Refaire de ces territoires des territoires riches — ce que les Jeux de 2024 ont donné à voir, poursuivons-le.
Qui y perd, qui y gagne. Y perdent : les puissances qui guettent notre recul, et les jusqu’au-boutistes des deux camps. Y gagnent : les Calédoniens de toutes communautés, si l’économie repart et le dialogue tient ; et la France, qui garde sa place dans le Pacifique.
Pourquoi tout le monde y gagne. La Nouvelle-Calédonie n’est pas un fardeau colonial : c’est une chance stratégique et humaine, à condition de la traiter avec sérieux avec de l’argent qui sauve le nickel, une présence qui rassure, un dialogue qui respecte l’Histoire des lieux. La fermeté sans mépris, encore une fois.
Les chiffres. Coût : le sauvetage de la filière nickel (Eramet, Société Le Nickel) et, via une prochaine loi de programmation, le renforcement naval (jusqu’à un port en eau profonde) — un investissement stratégique, le volet militaire hors trajectoire ordinaire. Rapport : garder une économie, une population et une position majeure dans l’Indo-Pacifique ; ne pas livrer le territoire à la Chine. Inaction : un territoire qui décroche et bascule sous influence étrangère — la Chine, dont les incursions de juin 2026 dans les eaux néo-zélandaises rappellent l’appétit. Trajectoire : dépense stratégique (nickel + loi de programmation). Concrètement : présence confortée, nickel sauvé et modernisé (atout de souveraineté minière européenne, chapitre XVII), dialogue qui reconnaît l’identité kanak dans l’ensemble français.