Pour nos enfants — le programme intégral

PREMIÈRE PARTIE — INSTRUIRE, SOIGNER, UNIR

CHAPITRE V — LA CULTURE, CIMENT ET PUISSANCE

La culture n’est pas la cerise sur le gâteau de la prospérité : elle est le ciment qui tient la nation et l’une de ses plus grandes industries d’exportation. De Aya Nakamura à Rabelais, la langue française porte tout ensemble : l’identité, le brassage, le commerce et l’influence. Pendant que nous débattions de notre déclin, le français devenait la quatrième langue du monde. Il est temps de regarder ce que nous possédons vraiment.

Proposition 38 — Porter la Culture au-dessus de cinq milliards, vers six

Ce qui existe. Le budget du ministère de la Culture oscille sous la barre des cinq milliards d’euros, ajusté chaque année comme une variable parmi d’autres. Pour un pays dont la culture est à la fois le ciment intérieur et la première carte de visite mondiale, c’est gérer un trésor comme une ligne de frais généraux. C’est catastrophique !

Ce que l’on constate. Chaque fois que la France investit dans sa culture, le retour dépasse la mise : fréquentation, tourisme, exportations, fierté. Chaque fois qu’elle rabote, elle perd plus qu’elle n’économise qu’il s’agisse du public, des créateurs, des parts de marché mondial que d’autres ramassent.

Ce qui nous menace. Une culture sous-financée dans la décennie où les plateformes mondiales redistribuent toutes les cartes, c’est une voix française qui s’éteint au moment précis où le monde écoute. Le vide culturel ne reste jamais vide : il se remplit d’autres récits.

Ce que nous ferons. Le budget de la Culture dépassera cinq milliards d’euros dès la première année du mandat, et atteindra six milliards en 2037 — trajectoire publiée, sanctuarisée même en cas de coup dur, tout comme celle du budget de l’école. En contrepartie, chaque euro sera classé selon notre règle : l’investissement qui crée — création, transmission, accès, exportation — avant le fonctionnement qui s’entretient lui-même. Pas un euro pour les structures sans public ; tout pour ce qui fait vivre la culture chez les Français et au-delà des mers.

Qui y perd, qui y gagne. Y perdent : les rentes de subvention reconduites par habitude, les structures qui vivent de la culture sans la faire vivre. Y gagnent : les créateurs, les territoires éloignés de l’offre culturelle, les industries culturelles qui exportent, et chaque enfant qui franchira pour la première fois la porte d’un théâtre.

Pourquoi tout le monde y gagne. La culture est l’investissement dont les dividendes se paient trois fois : en cohésion à l’intérieur, en influence à l’extérieur, en recettes partout. Un pays qui finance sa culture finance son avenir et son rang.

Les chiffres. Coût : +2,1 milliards par an à terme (levier « culture » du moteur) — de 3,9 vers 5 milliards dès 2028, puis 6 en 2037, trajectoire sanctuarisée comme l’école. Rapport : des dividendes payés trois fois — cohésion à l’intérieur, influence à l’extérieur, recettes partout (fréquentation, tourisme, exportations). Inaction : le vide culturel ne reste jamais vide ; il se remplit d’autres récits, au moment précis où les plateformes mondiales rebattent les cartes. Trajectoire : +2,1 milliards fléchés vers la création, pas le fonctionnement. Concrètement : pendant que nous débattions de notre déclin, le français est devenu la quatrième langue du monde — pas un euro pour les structures sans public, tout pour ce qui la fait vivre.

Proposition 39 — Le patrimoine rénové par l’argent privé, ouvert par l’argent public

Ce qui existe. Des milliers d’églises, de châteaux, de ponts, de halles attendent des restaurations que les budgets publics, seuls, ne pourront jamais financer. Pendant ce temps, le mécénat privé a prouvé sa puissance : Notre-Dame relevée en cinq ans, la Cité internationale de la langue française ouverte à Villers-Cotterêts ; sans que l’État en fasse une méthode, malheureusement.

Ce que l’on constate. La doctrine qui marche tient en une phrase : la rénovation par l’argent privé, l’accès par l’argent public. Les entreprises et les particuliers veulent attacher leur nom à la pierre de France ; les visiteurs du monde entier paient volontiers pour la voir. Ce que personne n’accepterait, c’est un patrimoine privatisé : il ne le sera pas.

Ce qui nous menace. Le patrimoine ne pardonne pas l’attente : ce qu’on ne restaure pas à temps coûte dix fois plus, plus tard, ou disparaît. Chaque clocher qui ferme est un morceau de France qui s’éteint et souvent dans les communes qui n’ont plus que lui.

Ce que nous ferons. Un cadre national simple et stable : mécénat facilité et sécurisé, concessions de restauration encadrées, recettes touristiques fléchées vers la pierre — et en échange de chaque euro privé investi, une garantie d’accès public inscrite dans le marbre du contrat. L’État reste propriétaire et garant ; le privé finance et restaure ; le public entre. Le modèle de Villers-Cotterêts sera dupliqué, pas admiré.

Qui y perd, qui y gagne. Y perdent : le monopole administratif sur la pierre, et le réflexe qui préfère une ruine publique à une restauration partagée. Y gagnent : les communes rurales, les artisans d’art et leurs savoir-faire, les mécènes honorés, et les visiteurs — c’est-à-dire tout le monde.

Pourquoi tout le monde y gagne. Chaque monument restauré attire des visiteurs qui financent le suivant : le patrimoine devient un cercle vertueux au lieu d’une charge infinie. La France n’a pas les moyens de tout restaurer seule ; elle a mieux : un patrimoine que le monde entier veut aider à sauver.

Les chiffres. Coût : marginal — une dépense fiscale de mécénat, plus que compensée par la restauration privée qu’elle déclenche et par les recettes touristiques fléchées. Rapport : la pierre rénovée par l’argent privé, ouverte par l’argent public. Inaction : ce qu’on ne restaure pas à temps coûte dix fois plus, plus tard, ou disparaît — chaque clocher fermé est un morceau de France en moins, souvent dans les communes qui n’ont plus que lui. Trajectoire : quasi neutre, voire positive (tourisme induit). Concrètement : Notre-Dame relevée en cinq ans, Villers-Cotterêts ouverte — un modèle à dupliquer, pas à admirer : l’État reste propriétaire et garant, le privé finance, le public entre.

Proposition 40 — Le tourisme, grande cause nationale : les visiteurs paieront les ponts et les cathédrales

Ce qui existe. La France est la première destination touristique du monde et considère ce rang comme un acquis. Le tourisme n’a ni pilotage stratégique à la hauteur, ni contribution organisée à l’entretien de ce qui l’attire : les monuments s’usent sous les pas de visiteurs qui ne participent presque pas à leur sauvegarde.

Ce que l’on constate. Nos voisins font payer intelligemment ce que nous offrons par distraction. Le visiteur étranger ne demande pas la gratuité : il demande la beauté, et comprend parfaitement qu’elle s’entretienne. Quelques euros bien placés, multipliés par des dizaines de millions de séjours, financent des cathédrales, des châteaux, des musées...

Ce qui nous menace. Un double décrochage : des infrastructures touristiques qui vieillissent pendant que la concurrence mondiale investit, et un patrimoine qui se dégrade sous sa propre fréquentation. Le rang de première destination n’est pas un droit acquis ; il se perd comme tous les autres. Et je ne parle pas de la sécurité du Louvres !

Ce que nous ferons. Le tourisme sera déclaré grande cause nationale : pilotage unifié, montée en gamme, étalement des flux vers les territoires qui n’attendent qu’eux. Et une règle claire, non confiscatoire : une contribution modeste et fléchée (sur la taxe de séjour, sur la billetterie des grands sites) dont chaque euro ira, visiblement, à l’entretien des ponts, des cathédrales et des monuments. Le visiteur saura ce qu’il finance ; la pierre lui dira merci par une plaque. Tous les visiteurs !

Qui y perd, qui y gagne. Y perdent : presque personne, et c’est rare dans ce livre — quelques euros par séjour pour les visiteurs, l’inertie pour les administrations du secteur. Y gagnent : le patrimoine, les régions sous-visitées, les emplois touristiques montés en gamme, le contribuable français déchargé d’une partie du fardeau.

Pourquoi tout le monde y gagne. C’est le plus naturel des financements : ceux qui viennent pour la beauté de la France contribuent à la perpétuer. Le touriste paie peu, le patrimoine reçoit beaucoup, et la première destination du monde se donne enfin les moyens de le rester.

Les chiffres. Coût : nul — c’est une recette. Rapport : +2 milliards par an à terme (levier « tourisme »), contribution modeste et fléchée (taxe de séjour, billetterie des grands sites) entièrement affectée à l’entretien des ponts et des cathédrales. Inaction : des infrastructures qui vieillissent et un patrimoine qui se dégrade sous sa propre fréquentation — le rang de première destination mondiale n’est pas un droit acquis. Trajectoire : +2 milliards de recettes fléchées. Concrètement : quelques euros par séjour multipliés par des dizaines de millions de séjours — des cathédrales entretenues, et une plaque qui dit au visiteur ce qu’il a financé.

Proposition 41 — La francophonie des métropoles : Kinshasa, Alger, Abidjan, Montréal, Hô Chi Minh-Ville

Ce qui existe. Le français compte 396 millions de locuteurs : quatrième langue du monde, désormais devant l’arabe standard, en route vers 590 millions en 2050, dont neuf sur dix en Afrique. Dès juillet 2026, le premier pays francophone du monde n’est plus la France : c’est la République démocratique du Congo. Et face à ce trésor, la France consacre à l’organisation internationale de la francophonie des sommes dérisoires : le budget total de l’OIF atteint 68,6 millions d’euros ! Pendant que d’autres puissances investissent massivement dans leur langue, dans ce soft power si élégant !

Ce que l’on constate. La francophonie d’État, celle des sommets et des communiqués, s’essouffle ; la francophonie réelle, celle des villes, explose. C’est à Kinshasa, Abidjan, Alger, Montréal, Hô Chi Minh-Ville que le français se parle, se chante, se code et s’invente. La géographie a changé ; notre politique, pas encore.

Ce qui nous menace. Une langue en pleine expansion démographique peut quand même perdre la bataille de l’influence : si la France n’investit pas dans les sociétés, les écoles et les créateurs francophones, d’autres récits — russes, chinois, anglophones — occuperont l’espace que notre indifférence leur laisse.

Ce que nous ferons. Une francophonie de réseau, de métropole à métropole : partenariats directs avec Kinshasa, Alger, Abidjan, Montréal, Hô Chi Minh-Ville — écoles, festivals, coproductions, maisons de la francophonie sur le modèle de Villers-Cotterêts. Le réseau des plus de 830 Alliances françaises dans 130 pays sera consolidé ; les écoles françaises de l’étranger passeront de 390 000 à 700 000 élèves ; l’effort global montera vers 540 millions d’euros par an, financé par redéploiement, pas par dette. Et chaque initiative sera cosignée avec un partenaire africain ou québécois : la France n’est plus la propriétaire de la francophonie mais elle en redevient le premier investisseur, avec fierté.

Qui y perd, qui y gagne. Y perdent : la nostalgie comme politique, la diplomatie des sommets sans lendemain, et les puissances qui comptaient sur notre absence. Y gagnent : la jeunesse francophone des cinq continents, les créateurs d’Abidjan comme de Montréal, les entreprises françaises sur un marché de 400 millions de personnes, les étudiants francophones accueillis chez nous et qui rapportent à l’économie française plus qu’ils ne lui coûtent.

Pourquoi tout le monde y gagne. Le vent démographique souffle pour nous : c’est la seule politique de ce livre dont la croissance est garantie. Encore faut-il hisser la voile.

Les chiffres. Coût : un effort porté vers 540 millions par an, financé par redéploiement et non par la dette. Rapport : le seul levier du livre dont la croissance est garantie — 396 millions de locuteurs, 590 en 2050 (neuf sur dix en Afrique) ; les étudiants francophones accueillis rapportent plus qu’ils ne coûtent, et le français est un marché de 400 millions de personnes. Inaction : une langue en pleine expansion qui perd quand même la bataille de l’influence, d’autres récits — russes, chinois, anglophones — occupant l’espace laissé vide. Trajectoire : neutre budgétairement (redéploiement), recettes induites. Concrètement : dès juillet 2026, le premier pays francophone du monde n’est plus la France mais la République démocratique du Congo — une francophonie de métropole à métropole, 700 000 élèves dans les écoles françaises, quand l’OIF n’est dotée que de 68,6 millions.

Proposition 42 — Les industries culturelles, exportation stratégique de la France

Ce qui existe. La musique, le cinéma, le jeu vidéo, l’édition, les formats audiovisuels français s’exportent déjà (plus d’un milliard et demi d’euros par an pour la seule musique et l’audiovisuel) mais en ordre dispersé, sans stratégie d’État, pendant que les plateformes mondiales livrent une guerre de catalogues où chaque langue joue sa survie.

Ce que l’on constate. Aya Nakamura est l’artiste francophone la plus écoutée du monde ; nos studios de jeu vidéo, nos séries, nos auteurs trouvent leur public partout. La création française n’a pas un problème de talent : elle a un problème « d’artillerie ». Et un risque nouveau, silencieux : dans l’intelligence artificielle, une langue qui n’entraîne pas les modèles disparaît des modèles ou au mieux, s’abîme !

Ce qui nous menace. Un monde culturel réduit à deux ou trois langues de machine, où la création française deviendrait un artisanat régional ; et une jeunesse mondiale francophone consommant des récits produits ailleurs. Un pays décline quand la jeunesse préfère d’autres drapeaux au tricolore — cela vaut aussi pour les drapeaux culturels.

Ce que nous ferons. Les industries culturelles et créatives seront traitées comme l’aéronautique : une exportation stratégique. Un fonds d’exportation de cent millions d’euros par an (pour moitié en avances remboursables) armera le cinéma, la musique, le jeu vidéo et l’édition à la conquête des catalogues mondiaux. La découvrabilité des œuvres francophones sur les plateformes sera négociée au niveau européen, avec nos alliés belges, suisses, québécois et africains. Et un corpus francophone pour l’intelligence artificielle sera constitué avec Mistral, OVH et d’autres champions nationaux : la langue de Rabelais apprendra aux machines, ou les machines l’oublieront.

Qui y perd, qui y gagne. Y perdent : la sous-traitance culturelle, le réflexe de la subvention sans ambition, et les plateformes qui comptaient régler seules la place du français. Y gagnent : les créateurs, des studios aux librairies ; les industries techniques ; la balance commerciale ; et le rayonnement, qui ramène tout : touristes, étudiants, contrats.

Pourquoi tout le monde y gagne. La culture est la seule industrie dont l’exportation enrichit aussi ceux qui restent : chaque succès mondial renforce le ciment national qui l’a produit. De Aya Nakamura à Rabelais, c’est le même trésor — et il est temps de le faire fructifier.

Les chiffres. Coût : un fonds d’exportation de 100 millions par an, dont la moitié en avances remboursables. Rapport : plus d’un milliard et demi déjà exporté (musique, audiovisuel) ; la seule industrie dont l’exportation enrichit aussi ceux qui restent. Inaction : un monde culturel réduit à deux ou trois langues de machine — une langue qui n’entraîne pas les modèles d’intelligence artificielle disparaît des modèles. Trajectoire : dépense modérée, en partie remboursable, à fort effet de balance commerciale. Concrètement : les industries culturelles traitées comme l’aéronautique, et un corpus francophone constitué avec Mistral — la langue de Rabelais apprend aux machines, ou elles l’oublient.