Crash-test — la promesse contre les faits

La campagne 2027 produit chaque semaine des promesses chiffrées. Ici, on les passe au banc d'essai. Pas d'indignation, pas de dogme : chaque mesure est traduite en paramètres, injectée dans le moteur de simulation ouvert — le même qui audite notre propre programme — et confrontée aux faits économiques documentés.

Deux colonnes à chaque fois : la promesse telle qu'elle est vendue, les faits tels que la littérature économique et les précédents les documentent. Puis le verdict du moteur — que vous pouvez contester : chaque bouton charge la mesure dans le simulateur, où toutes les hypothèses sont modifiables. Aucun chiffre sans son chemin.

« Taxer les patrimoines de plus de 100 M€ à 2 % rapportera 20 milliards par an »

La « taxe Zucman » — proposée par l'économiste Gabriel Zucman, reprise par plusieurs candidats à gauche

La promesse

≈ 1 800 foyers concernés, une assiette de plus de 1 000 Mds€, un impôt plancher de 2 % : ≈ 20 Mds€/an, stables, sans effet sur l'économie.

Ce que disent les faits

  • L'assiette est illiquide : ces patrimoines sont surtout des titres d'entreprises. Payer 2 %/an exige de vendre ou de se verser des dividendes — l'assiette se restructure.
  • Les précédents documentés : l'ISF français a nourri un flux constant d'expatriations fiscales ; la Suède a abandonné son impôt sur la fortune (2007) après érosion de l'assiette ; la Norvège a vu partir plusieurs grandes fortunes après sa hausse de 2022.
  • Le risque constitutionnel : le Conseil constitutionnel censure l'impôt confiscatoire — un plancher sur patrimoine peut dépasser 100 % des revenus réels d'une année.
  • Les chiffrages indépendants convergent vers un rendement net de l'ordre de 5 Mds€/an — et un effet d'éviction sur l'investissement et les levées de fonds.
Effet sur la dette publique*203020332037
Si la promesse dit vrai (20 Mds stables)−59 Mds−110 Mds−189 Mds
Avec l'érosion documentée−33 Mds−45 Mds−64 Mds

* écart par rapport à la trajectoire sans la mesure, scénario réaliste, école consensus FMI.

Le verdict honnête : même érodée, la taxe rapporte — mais trois fois moins que promis (64 Mds cumulés au lieu de 189 d'ici 2037). Bâtir une trajectoire de redressement sur le chiffre d'affiche, c'est construire sur du sable ; et le prix caché — fuite des capitaux, frein au financement des entreprises en croissance — se paie sur la décennie.

« Le retour de la retraite à 60 ans est finançable »

Portée par La France insoumise et une partie de la gauche

La promesse

Retour à 60 ans avec 40 annuités, financé par des recettes nouvelles. Coût affiché par ses promoteurs : ≈ 15 Mds€/an.

Ce que disent les faits

  • Le double effet : chaque cotisant qui part plus tôt cesse de cotiser et commence à percevoir — le coût est double par construction.
  • Les chiffrages institutionnels (travaux du COR, administrations) situent le retour à 62 ans autour de 15 Mds/an… et le retour à 60 ans autour de 30 Mds€/an à terme.
  • Le piège du court terme : les premières années, l'argent distribué soutient la consommation — l'effet sur le ratio dette/PIB semble indolore. La facture arrive après 2030, quand la dépense est installée et l'effet de relance dissipé.
  • La démographie ne négocie pas : moins d'actifs par retraité chaque année — la mesure va à rebours de la seule variable qui compte.
Effet sur la dette publique*203020332037
Au chiffrage des promoteurs (15 Mds)+17 Mds+36 Mds+61 Mds
Au chiffrage institutionnel (30 Mds)+35 Mds+73 Mds+121 Mds

* écart par rapport à la trajectoire sans la mesure, scénario réaliste, école consensus FMI. Le déficit annuel se dégrade de ~12 Mds/an au chiffrage institutionnel.

Le verdict honnête : regardez la ligne 2030 puis la ligne 2037 — c'est la même mesure. L'effet immédiat paraît supportable parce que la relance masque le coût ; en 2037, c'est +121 Mds de dette. Une promesse dont le vrai prix n'apparaît qu'après l'élection suivante mérite d'être jugée sur 2037, pas sur 2028.

« La TVA à 0 % sur l'énergie et les produits essentiels rendra du pouvoir d'achat »

Défendue par le Rassemblement national

La promesse

TVA de 5,5 % → 0 % sur l'énergie et un panier de produits essentiels : ≈ 12 Mds€/an rendus « intégralement » aux consommateurs.

Ce que disent les faits

  • La transmission aux prix est incomplète : le précédent documenté de la TVA restauration (19,6 → 5,5 % en 2009) a montré qu'une large part de la baisse est captée par les marges, pas par les prix.
  • La mesure n'est pas ciblée : elle bénéficie à tous les ménages — y compris les plus aisés et les plus gros consommateurs — quand une aide ciblée concentre le même budget sur ceux qui en ont besoin.
  • Le droit européen l'encadre strictement : la directive TVA limite les taux zéro — la mesure promise se heurte au cadre juridique réel.
  • 12 Mds/an, tous les ans : c'est une dépense permanente financée à crédit, sans contrepartie de production.
Effet sur la dette publique*203020332037
Coût budgétaire de la mesure+31 Mds+58 Mds+98 Mds

* écart par rapport à la trajectoire sans la mesure, scénario réaliste, école consensus FMI.

Le verdict honnête : ~100 Mds de dette en dix ans pour une baisse de prix dont l'histoire montre qu'une bonne partie n'atteindra jamais le ticket de caisse. Si l'objectif est le pouvoir d'achat des ménages modestes, chaque euro ciblé fait le travail de deux euros saupoudrés.

Méthode — et comment nous contredire

Chaque mesure est traduite en leviers chiffrés (montant, montée en charge, érosion) puis simulée par le moteur ouvert du site — le même qui audite notre propre programme, sous trois écoles économiques. Les tableaux ci-dessus utilisent le scénario réaliste et l'école consensus FMI (multiplicateurs : dépenses ×0,9, recettes ×0,6).

Vous contestez une hypothèse — le rendement, l'érosion, le multiplicateur ? Tant mieux : c'est fait pour. Chargez la mesure dans le simulateur, changez les curseurs, et regardez ce que disent vos propres chiffres. Le moteur, les données et la méthode sont en accès libre.

Cette page s'enrichira au fil de la campagne, à mesure des annonces des candidats.